lundi 18 janvier 2021
Emmanuel de Vaucelles

Emmanuel de Vaucelles

Âgé de 45 ans, ingénieur agricole, diplômé de l’IHEDREA (Institut des Hautes Etudes de Droit Rural et d’Economie Agricole en 1995), j’ai poursuivi mes études par un master de Gestion, Droit et Marketing du secteur Vitivinicole et des Eaux de Vie dépendant l’Université de Paris 10 Nanterre et de l’OIV (Organisation Internationale de la Vigne et du Vin - 1997). Lire la suite...

Pandémie oblige, les organisateurs de la Percée du Vin Jaune ont dû faire preuve d’imagination début février pour cette future édition qui gagne en popularité chaque année.

La prochaine manifestation, qui attire tous les ans environ 32 000 visiteurs durant un week-end, n’aura pas lieu sous sa forme habituelle. Au lieu de se retrouver dans les caves d’un seul village désigné pour l’occasion, les amateurs et professionnels du vin sont invités à rejoindre les vignerons jurassiens directement sur leur domaine à l’occasion de portes-ouvertes organisées les 6 et 7 février 2021.

En France, il y a de nombreuses fêtes des vins populaires. La plus célèbre est sans doute la Saint-Vincent Tournante en Bourgogne. Depuis quelques années, une autre manifestation rencontre un succès grandissant au-delà de sa région, la Percée du Vin Jaune. Jusqu’à l’an dernier, elle est une grande fête viticole annuelle qui a lieu chaque premier week-end de février, à tour de rôle dans un village producteur de vin jaune et de vin du Jura. Elle célèbre la mise en perce, après six ans et trois mois d'élevage oxydatif en fût, et la dégustation des premiers tonneaux de vin jaune avant l'embouteillage. Le public est invité avec un verre à aller déguster vins jaunes et vins du Jura dans de nombreux caveaux ouverts où s'installent l'essentiel des producteurs de la région pour l'occasion.

Appellation située à l’ombre et à l’est de la Bourgogne, marquée par une personnalité typique et représentant environ 2 000 hectares sur une longueur de 70 Km environ, le Jura est l’un des plus petits vignobles français, mais sans doute l’un des plus originaux. Existant depuis des siècles sur des coteaux entre 250 et 400 mètres d'altitude, la culture de la vigne se développe de nouveau aujourd’hui avec pour particularité ses petites exploitations et ses coopératives. L'appellation générique du vignoble jurassien est le Côtes-du-Jura (20-25 000 hectolitres par an, dont 80% de vins blancs), mais il existe des appellations de terroir comme Arbois, la plus vaste sur près de 850 hectares produisant plus de 40 000 hl, Château-Chalon et l’Etoile, ainsi que l'appellation crémant du Jura et le Macvin obtenu par la distillation du marc du Jura. La production annuelle s’élève à environ 100 000 hl, dont 25% de rouges et de rosés, 50% de blancs, dont le vin jaune, et 20% de crémant du Jura, auxquels il faut ajouter le macvin (3%) et le liquoreux vin de paille produit avec des raisins desséchés.

Ces vins sont issus de différents cépages liés à la variété des sols et aux microclimats. La production de vins blancs étant largement dominante, le cépage le plus répandu est le chardonnay, qui représente 50% de l’encépagement du vignoble jurassien. Adapté aux sols calcaires et marneux, il donne des vins blancs secs aptes au vieillissement. Cependant, le cépage phare du Jura est le savagnin (près de 20% de l'encépagement) : très ancien, adapté aux terroirs marneux, très qualitatif et d'un rendement peu élevé, il donne des vins blancs de garde, puissants et originaux, aux arômes de noix et de pierre à fusil. Il entre aussi dans des assemblages avec le chardonnay, souvent appelés « Côte du Jura Tradition ». En vendanges tardives et après une longue vinification de six ans sans ouillage et permettant la formation d’un voile entre le bois et le vin, il donne le fameux vin jaune, objet de la manifestation annuelle qui fait la gloire de l’appellation et qui est vendu dans une bouteille de 62 cl appelée « clavelin » (1 500 hl par an). Les vins rouges ou rosés du Jura, produits notamment dans le secteur Arbois-Pupillin, sont obtenus à partir des cépages poulsard (20% de l'encépagement) et trousseau (5%). Le pinot noir est également présent dans le vignoble jurassien, avec 10% de l'encépagement, et est utilisé principalement en assemblage.

À l’occasion de cette manifestation début février, les visiteurs pourront ainsi découvrir le millésime 2014 du vin jaune et échanger avec les vignerons “dans le strict respect des conditions sanitaires”, ont indiqué les Ambassadeurs du vin jaune dans un communiqué. “Ces portes ouvertes permettront aux visiteurs de plonger dans l’histoire de l’or jaune du Jura”, surnom donné au vin jaune, au sein d’une trentaine de domaines participants, ont-ils précisé à l’AFP.

Au programme de cette Percée revisitée : dégustations et visites des domaines, diverses animations et clavelinage (concours traditionnel réservé aux vins jaunes). La très attendue vente aux enchères de vins jurassiens se tiendra pour sa part en mars, dans des conditions qui restent encore à définir, selon les organisateurs. Il n’est pas précisé si la traditionnelle messe du dimanche célébrée par l’évêque pour bénir les mythiques fûts de savagnins aura lieu ou non.

Grâce à la persévérance des organisateurs et en espérant que d’ici-là, le « maudit virus » ne reparte pas en flèche, c’est une belle proposition qui est faite aux amateurs et consommateurs. En 2022, si tout est redevenu normal, la Percée du vin jaune doit se dérouler à Cramans les samedi 6 et dimanche 7 février. Le millésime 2015 de ce vin mythique sera alors « dévoilé » au public, à vos agendas.

Source: McViti

Partout le secteur viticole est en crise du fait du coronavirus. Mais il y a parfois un rayon de soleil dans ce ciel crépusculaire qui illumine un coin de notre planète. Ce pourrait être le cas pour le vin argentin en Chine, qui connait une croissance sensationnelle en dépit de la conjoncture.

La Chine, depuis la fin des années 1990, connait une très forte croissance de sa consommation de vin. Les opérateurs du vin du monde entier se sont tournés vers ce marché en plein développement. La France et l’Australie sont deux pays qui ont bien réussi. Mais la concurrence est forte. L’Australie aujourd’hui pâtit de taxes à l'importation par l’État chinois, la France tente de renforcer ses positions, mais depuis quelque temps, un pays d’Amérique latine pointe le bout de son nez. Et pour une fois, ce n’est pas le Chili qui fait la une, mais l’Argentine. Le Malbec plus fort que le Carmener au Pays de Mao ?

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : l'Argentine a quintuplé en 2020 les volumes de vin vendu à la Chine. Selon Wine of Argentina (WOFA), les exportations totales dans le monde du vin argentin, entre janvier et octobre 2020, ont représenté 146 148 806 litres, dont 2 151 940 litres ont été expédiés en Chine en bouteille. Le vrac a quant à lui représenté, sur la même période, 26 783 485 litres pour ce même pays.

Les variétés de vins argentins les plus demandées par les Chinois sont assez proche que ceux des autres marchés. Bien sûr, la première place est incontestablement le Malbec, le porte-drapeau de ce pays, suivi du Cabernet Sauvignon et à la troisième place, le Chardonnay en blanc. Le top cinq est complété par le Merlot et la Syrah.

« Les relations commerciales avec la Chine ont progressé notablement ces dernières années. Ce pays est devenu un marché stratégique pour nous en raison de la croissance soutenue de ses importations. À savoir, en 2000, la Chine n'importait que peu de vins et elle est devenue le troisième importateur au monde en 2019. En octobre 2020, ce pays se classe comme la cinquième destination d'exportation du vin argentin en termes de volume, devenant ainsi une excellente opportunité pour notre industrie. Il y a encore un long chemin à parcourir, mais nous sommes attachés à ce défi », résume Maximiliano Hernández Toso, président de la WOFA.

S'il y a un vigneron argentin pionnier, sans aucun doute, c’est la maison Luigi Bosca. « Il y a plus de 20 ans, nous avons commencé à exporter vers Hong Kong, un marché qui à l'époque paraissait très convivial et ouvert, malgré le fait que ce soit un marché très concurrentiel, se souvient Alberto Arizu, PDG de Luigi Bosca, et ajoute: Puis nous sommes arrivés en Chine continentale, d'abord main dans la main avec notre importateur à Hong Kong et finalement, nous avons décidé d'établir un plan de travail avec un importateur local. Nous avons eu quelques succès dans certaines provinces et régions et, depuis 3 ans, nous travaillons avec une entreprise française avec trois bureaux à Shanghai, Pékin et Guangzhou. »

Sur la carte des vins importés en Chine, l'Argentine occupe la septième place. « Nous avons atterri en Chine en 2001. Et jusqu'en 2007, c'était un marché au volume peu attractif où la filière et le produit vin n'étaient pas bien connus. Ils ne savaient pas le boire, il y avait de nombreux mystères à son sujet et l'ouverture vers l'industrie, ce n'était pas du tout évident, se souvient Sol Ascencio, directeur export de Rutini Wines et ajoute: Cependant, en 2007, avec l'émergence du marché chinois et le réveil du géant asiatique, le vin a commencé à prendre une place prépondérante. Ils ont copié la façon de boire de l’occident. »

Leonardo Bonomo, propriétaire de la Bodega Valle del Indio, affirme que sa relation commerciale avec la Chine remonte à 10 ans. « À ce moment-là, nous avons commencé à envoyer des échantillons, à parler... C'est une très longue construction pour pouvoir établir des liens avec la Chine. Ce n'est pas quelque chose d’immédiat. En fait, nous travaillons depuis longtemps avec la communauté chinoise en Argentine », résume Bonomo et rappelle que le grand saut s'est produit en 2018 avec la présence de la « Bodega » au sommet du G20 en Argentine. « Nous étions l'un des cinq vignobles invités et cela les a amenés à nous faire confiance, car ils sont très méfiants; d'une certaine manière, cette présence leur a donné des garanties pour enfin établir la relation commerciale. »

À l’instar de la Sopexa en France, l’Argentine soutient ses producteurs via la WOFA: « Cette année, nous avons approfondi la mission de positionnement du vin argentin en présentant un business plan visant à guider la stratégie d'exportation du secteur à travers la mise en œuvre d'actions de marketing digital innovantes et en générant des opportunités commerciales pour nos partenaires, mettant l'accent sur la premiumisation de la catégorie et la démonstration de la grande diversité et de l'excellent rapport qualité/prix de notre production national », ajoute Hernández Toso de WOFA, et souligne que le principal objectif de l'année était le marché chinois.

« Par conséquent, nous avons mis en œuvre différentes actions telles que l'accord avec GRAPEA & CO, une organisation fondée par Yang Lu, le premier et le seul maître sommelier chinois, pour que l'Argentine rejoigne la New World Alliance spécifiquement dirigée vers ce marché. Ce projet réunit pour la première fois 6 pays et régions viticoles (Argentine, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Chili, Canada et Californie) autour d'un objectif commun : montrer la richesse de leurs vins aux amateurs et aux consommateurs de vins en Chine à travers un plan de contenu multidimensionnel et activités. »

Mais la tâche n’est pas simple. Le marché chinois est très complexe. Il est lié à une grande diversité : « Il est si grand qu'il ne peut pas être inclus dans un marché unique. Je dirais qu'il y a plusieurs marchés parce que la Chine est très divisée; on ne peut pas comparer le sud avec le nord, l'est avec l'ouest. Culturellement, géographiquement et gastronomiquement, il y a une diversité importante et cela se reflète également dans les goûts et les tendances de consommation envers l'industrie du vin », explique Ascencio de Rutini. Il précise que dans le centre-ouest, la nourriture est beaucoup plus épicée, dans le sud il y a beaucoup de fruits de mer. Si entre 80 et 85% de la consommation de vin est destinée au vin rouge, les blancs et les rosés sont plus présents, surtout dans ces régions un peu plus chaudes où les fruits de mer ont une plus forte empreinte.

Si maintenant les producteurs argentins semblent avoir trouvé un nouveau débouché pour leur vins pendant que la consommation domestique s’écroule, la concurrence sera difficile et il ne faudra pas faire de faux pas afin d’éviter la mésaventure de l’Australie. La Chine, en effet, fait peu de cas des règles de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Pour mémoire, dénonçant un "préjudice important', le gouvernement de Xi Jinping a annoncé une mesure emblématique début décembre, dans un contexte de tensions diplomatiques croissantes. Elle va désormais imposer de lourdes mesures antidumping contre les vins australiens importés. Les relations bilatérales ont commencé à se détériorer en 2018, lorsque Canberra a exclu le géant chinois des télécoms Huawei de la construction de son réseau 5G, au nom de la sécurité nationale. Elles se sont depuis encore tendues lorsque le premier ministre australien Scott Morrison s'est aligné sur les États-Unis, en appelant en avril à une enquête internationale sur les origines de l'épidémie de COVID-19. Cette tension pourrait être facilitatrice pour l’accroissement des vins argentins sur ce jeune marché, qui est presque maintenant la première puissance économique mondiale.

Source: McViti

L’inquiétude planait autour de la 160e vente des Hospices de Beaune. La crise sanitaire allait-elle impacter les enchères?

La vente des Hospices de Beaune aurait dû se tenir le 15 novembre. Mais à la dernière minute, les Pouvoirs Publics l’avait suspendue à cause de la pandémie. Finalement, après de longues négociations, la date du dimanche 13 décembre a été retenue avec un protocole sanitaire particulier. Seuls 171 professionnels pouvaient être présents dans la salle, contre 600 habituellement. Les autres devaient enchérir par téléphone ou Internet. Néanmoins, la filière, tout comme les organisateurs, s’inquiétaient quelques heures encore avant le début des enchères: la limitation du nombre d’acheteurs et les atermoiements quant à sa tenue, ne doucheront-elles pas l’envie d’enchérir?

« Il y aura un impact pour les clients particuliers qui aiment vivre la vente et qui pouvaient se laisser porter par l’ambiance pour acheter », reconnaissait non sans inquiétude auprès de l’AFP Albéric Bichot, patron de la Maison éponyme, premier acheteur de la vente des Hospices.

À cela s’ajoutera la crise économique: « On sent une certaine frilosité de la part des acheteurs professionnels, français ou étrangers. Les gens mettent un budget moins élevé et certains vont passer leur tour », craignait-il.

Mais à 20h15, la vente est terminée et tout le monde est rassuré. L’heure des comptes a sonné et le produit des enchères des vins du domaine des Hospices de Beaune a récolté 12 776 600 € (- 0,75% par rapport à 2019), alcools compris, soit l'une des meilleures ventes de l'histoire, annonce la maison d’enchère britannique Christie’s. Les vins rouges ont été acquis pour 9 000 200 € (-1,14% par rapport à 2019) et les vins blancs pour 3 761 400 € (-4,32% par rapport à 2019).

Après une entame incertaine avec des prix de vente en légère baisse, les acheteurs ont été ''chauffés à blanc'' par la pièce des présidents. Un Clos de la Roche, une parcelle de grand Cru située entre Morey Saint Denis et Gevrey Chambertin.

Partie pour 780 000 euros, la pièce de charité, un fût de 228 litres, soit environ 288 bouteilles , a littéralement explosé le précédent record qui datait de 2015 (480 000 €).

« Dans le monde entier, les hospitaliers ont laissé leur santé et parfois leur vie pour nous. Aux Hospices civils de Beaune, près de 100 professionnels ont été contaminés et l'un d'entre eux, Marie-Cécile, n'est plus là », a lancé François Poher, directeur des Hospices, dans un discours-préambule aux plus anciennes enchères caritatives de vin au monde. « Aujourd'hui, vous êtes là pour eux », a-t-il ajouté, avant que le chanteur Marc Lavoine, parrain des enchères intervenant en visioconférence, ne déclare les enchères « officiellement ouvertes », déclenchant une succession de chiffres et de coups de marteau.

« On aimerait rendre hommage à tous les soignants, en France et dans le monde, qui luttent jour et nuit contre cette épidémie », a déclaré l'acheteur, un Chinois qui a voulu conserver l'anonymat et avait donné mandat à la maison Bichot. « On va surmonter cette épreuve humaine », a ajouté l'acheteur chinois sous un concert d'applaudissements.

Complétant les propos de son généreux acquéreur, Albéric Bichot indique: « Dans les 12 dernières années, 5 clients de la maison Albert Bichot ont acquis 6 fois la pièce des présidents et nous en ont, bien entendu, confié l’élevage. Ce n’est pas une surprise, car au-delà de notre savoir-faire technique dans l’élevage des vins, Albert Bichot et nos clients partagent fortement les valeurs des Hospices. Leur soutien, année après année, aux causes variées défendues par les associations caritatives, est un signe fort pour nos clients et notre maison de porter haut la devise des Hospices: de grands vins pour une grande cause.

Pour pousser les enchères, Marc Lavoine avait accepté de donner une guitare au vainqueur et de déjeuner avec lui. « Les soignants que nous avons applaudis au printemps, je ne les oublie pas », avait-il déclaré.

« C'est avec beaucoup d'émotion que je souhaite remercier chaleureusement les généreux acheteurs et donateurs de la célèbre "pièce de charité" qui a atteint un montant historique », a réagi Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France (FHF).

Une petite anecdote complémentaire: en fin d’enchère, la Maison beaunoise Joseph Drouhin a raflé quasiment l'intégralité des 19 pièces de beaune 1er cru Maurice Drouhin. Par rapport à l'an dernier, une hausse de 5,31% du prix moyen de la pièce est à noter.

Les professionnels peuvent être rassurés, la vente s’est bien passée, certains même n’en attendaient pas autant. Reste que la conjoncture pour le vignoble est tendue et nous pouvons nous interroger : cette vente n’est-elle pas le dernier rayon de soleil avant un futur hiver crépusculaire pour la filière déjà bien frappée par la crise économique?

Source: McViti

C’est officiel et comme attendu toujours à cette époque le Château Mouton Rothschild dévoile sa nouvelle étiquette pour son millésime 2018 et met en avant un artiste contemporain et cette année c’est le Chinois Xu Bing qui a été choisi pour la dessiner.

Pour rappel, la folle histoire autour des étiquettes de Mouton a débuté en 1924, à l’occasion de la première mise en bouteille au Château. Une étiquette spécifique est réalisée pour l’évènement par l’affichiste Jean Carlu. Cette étiquette est, depuis 1994, sur les bouteilles du vin Petit Mouton.

Par la suite, c’est en 1945 que l’histoire, voire le rite, s’installe. Le baron Philippe de Rothschild décide, avec le succès des Alliés sur l’Allemagne mettant fin au segond conflit mondial du XXème siècle, de le célébrer en illustrant l’étiquette de Mouton Rothschild d’un V de la Victoire. Elle est dessinée par Philippe Jullian. Depuis, chaque année, divers artistes réalisent les étiquettes du Château et certaines ne manquent pas d’originalité et peuvent dérouter parfois les consommateurs traditionalistes. En revanche, elles font le bonheur des collectionneurs à travers le monde.

Il est à noter que les auteurs ne sont pas rémunérés pour leur œuvre. Ils reçoivent par contre des bouteilles de deux millésimes différents, dont celui qu’ils illustrent. Le Chinois Xu Bing ne sera pas déçu, car l’année 2018 semble être à la lumière des premières dégustations une très belle réussite.

Selon les premiers commentaires, au premier regard, l’étiquette du millésime 2018 du château Mouton-Rothschild déploie des caractères chinois aussi stylisés qu’illisibles pour celui qui ne maîtrise pas les sinogrammes. Mais avec une lecture attentive, il apparaît que ces signes sont en réalité des lettres latines donnant l’illusion de l’écriture chinoise traditionnelle (selon une police d’écriture : Square Word Calligraphy).

Réalisée par le peintre et sculpteur chinois Xu Bing, âgé aujourd’hui de 65 ans, cette calligraphie « reflète le travail de l’artiste sur la splendeur illusoire des apparences » indique un communiqué du château Mouton-Rothschild, précisant que « ces caractères de Xu Bing sont conçus pour se révéler au lecteur attentif les uns après les autres, comme les saveurs d'un grand vin se donnent, elles aussi, peu à peu à découvrir. »

Cette belle poésie ne doit pas faire oublier les enjeux commerciaux important auxquels les grandes propriétés viticoles dont Mouton sont aujourd’hui confrontés à cause de la crise et le choix d’un citoyen Chinois n’est pas anodin. La croissance se confirme en Asie alors que le reste du monde est en récession, le vin en Chine est en pleine croissance, mouton connait un fort développement et il est important de communiquer auprès des consommateurs de l’Empire du Milieu afin de traverser une conjoncture peut être durablement tendue ailleurs.

Source: McViti

Mieux qu’un film dramatique ou qu’une série policière, le scénario de la vente des Hospices de Beaune, qui a réservé bien des surprises aux acteurs de la filière. Après quelques rebondissements, elle a été finalement annulée ce samedi 14 novembre en fin d’après-midi, à la veille de son déroulement.

« Acheter aux Hospices de Beaune est une tradition autant qu’un engagement », expliquait Albéric Bichot, président de la Maison Albert Bichot, suite à la vente des Hospices le dimanche 17 novembre 2019. Et la Maison n’avait pas départi à la tradition cette année-là en se portant acquéreur de 122 pièces (82 pièces de vin rouge et 40 pièces de vin blanc), soit près de 21% du total des pièces de la vente, pour un montant de 2 795 100 €. Sur les 10 dernières années, la Maison aura acquis 1002 pièces sur les 6257 vendues par les Hospices.

Il va sans dire qu’’à la suite de l’annulation de la vente, la réaction d’Albéric Bichot était attendue. Dans une note adressée à ses clients principaux il a indiqué: « Nous avons le regret de vous annoncer que la 160e vente des vins des Hospices de Beaune, qui aurait dû se dérouler le dimanche 15 novembre, est repoussée à une date ultérieure. Cette décision préfectorale a été rendue publique le samedi 14 novembre en début de soirée. Nous attendons avec impatience l’annonce de la prochaine vente, qui devrait être organisée dans les meilleurs délais, et nous ne manquerons pas de vous en informer. Nous restons bien entendu mobilisés et déterminés pour continuer à soutenir les Hospices de Beaune, comme nous le faisons depuis plus d’un siècle. »

Mais comment s’est déroulé ce film au scénario improbable? Début novembre, Alain Suguenot, le maire de la ville, les Hospices Civiles de Beaune et la société Christie’s annoncent, via des communiqués de presse successifs, que la vente est sauvée malgré le confinement décidé par le gouvernement quelques jours avant. La préfecture de Côte-d'Or valide une vacation qui se tiendra principalement en ligne, avec très peu d'acheteurs présents et à travers un protocole sanitaire strict. Quelques jours plus tard, le nom du parrain est dévoilé, ce sera Marc Lavoine, qui de chez lui et non en présentiel devra supporter l’enchère de la Pièce des Présidents, dont les fonds iront aux hospitaliers qui sont au front contre la pandémie. Vendredi 13 novembre, vers 20 heures, le Conseil des ventes volontaires (CVV), autorité qui régule les ventes aux enchères – donc Christie's –, suspend l'événement à la surprise générale.

La raison serait que la vente violerait les règles du confinement. Contestant cet argument, les organisateurs prétendent que cette décision est nulle de droit. Ce qu’ils redoutent surtout, c’est que la 160e édition de la vente soit autorisée uniquement sur Internet, risquant de ne pas attirer les gros acheteurs.

Ce samedi 14 novembre, vers 14h30, le directeur et président du directoire des Hospices Civils de Beaune affirme qu'un accord a été trouvé : la vente se fera tout de même, mais à huis clos, le CVV est d'accord. Pourtant à 19 heures, la décision de la préfecture tombe comme un couperet, elle annule la tenue ce 15 novembre à 14h30 de la vente tant attendue.

Ne souhaitant pas de polémique, les Hospices Civils de Beaune ont indiqué dans un communiqué que l'événement n'est que reporté et « sera organisé dans les meilleurs délais en prenant en compte toutes les remarques et contributions pour en améliorer encore les conditions et son bon déroulement  ».

« Nous sommes déçus, mais ce n’est pas non plus une catastrophe, la vente n’est que repoussée », résume Louis-Fabrice Latour, le président du Bureau Interprofessionnel du Vin de Bourgogne (BIVB) et de la maison de négoce éponyme. Soulignant que la filière des vins de Bourgogne résiste bien à la crise sanitaire (-7 % d'exportations en valeur en septembre), le négociant estime que « dans le fond, le négoce et les acheteurs seront là pour la vente si elle se tient dans les prochaines semaines, avant Noël. Mais pour la forme, après toutes ces palinodies entre les Hospices, la mairie, la préfecture et Christie's, quitte à annuler, il aurait été mieux de la faire il y a quinze jours ou trois semaines plutôt que du jour pour le lendemain, sans que les clients soient correctement informés », indique-t-il.

Une belle pagaille qui prête à sourire cette fois-ci, si la manifestation peut se dérouler dans de bonnes conditions prochainement. Néanmoins, beaucoup restent surpris de la réaction tardive du CCV et du préfet qui attendent la veille pour annuler une manifestation ô combien importante pour la filière viticole Bourguignonne.

Source: McViti

Malgré le confinement partiel décidé par le gouvernement français, la vente aux enchères des Hospices de Beaune se déroulera bien le dimanche 15 novembre en présentiel, mais avec les professionnels seulement.

Le suspense est levé depuis quelques jours. La célèbre vente de charité aura bien lieu, le communiqué de presse des Hospices de Beaune le confirme tout en établissant une forme de code de bonne conduite imposé aux participants: « La 160e vente des vins des Hospices de Beaune aura bien lieu le dimanche 15 novembre 2020. Cette vente aux enchères sera orchestrée par Christie’s sous les Halles de Beaune à 14 heures 30 précises dans un format raisonnable et raisonné principalement réservé aux acheteurs professionnels présents sur place, tandis que les acheteurs particuliers français et du monde entier pourront également participer aux enchères par téléphone ou en ligne. »

Afin de respecter au mieux la distanciation sociale, les Hospices Civils de Beaune et Christie's  imposent un protocole sanitaire strict. Ainsi, il est exigé aux participants assis sous les Halles de :

  • Porter un masque en toute circonstance depuis la sortie de leur véhicule ou domicile. Le port du masque est obligatoire durant toute la durée de la vente sauf pour le commissaire-priseur. Pour des questions d'hygiène, il leur sera demandé de changer de masque après 4 heures d'utilisation (prévoir un masque de rechange);
  • Se présenter à l'entrée indiquée sur le ticket acheteur à partir de 13h45 (début de la vente à 14h30;
  • Se laver les mains avec de la solution hydroalcoolique à l’arrivée;
  • Rejoindre sa place assise numérotée directement sans aucun contact;
  • Respecter la distanciation sociale avec les autres participants (pas de changement de place autorisé, une chaise sur deux, pas de discussion penchée vers son voisin...);
  • Limiter ses déplacements au strict nécessaire (accès aux sanitaires et sortie). Seul le personnel en charge de l'organisation de la vente (nombre limité au strict nécessaire) pourra se déplacer.

D'une manière générale, le nombre de personnes présentes sera très fortement limité : l'accès au public ne sera pas autorisé, rappelle le communiqué.

Le parrain cette année de la pièce de Charité dite Pièce des Présidents est le chanteur et acteur Marc Lavoine. Les Hospices Civils de Beaune et le Château de Chambord font œuvre commune pour proposer une pièce d’exception qui sera vendue au profit des hospitaliers de France victimes de la COVID-19 afin de rendre hommage à leur engagement en première ligne depuis plusieurs mois.

Il s’agira cette année d’un Clos de la Roche Grand Cru, dans le vignoble de la Côte de Nuits. L'an dernier, en 2019, la "pièce des présidents" avait été adjugée pour 260 000 euros, au profit l’Association Autour des Williams et l’Institut du Cerveau et de la Moelle épinière.

Concernant le reste de la vente de Charité, ce sera pas moins de 630 pièces de vin qui seront proposées aux enchères, dont 156 pièces de blancs et 474 pièces de rouges qui s’annoncent là aussi de très belle qualité. Le communiqué des Hospices précise que 2020 a été une année très précoce, les vendanges se sont déroulées entièrement en août, du 18 au 29, avec un état sanitaire des raisins presque parfait, la pression des maladies cryptogamiques ayant été contenue. Les vignes n’ont en outre pas connu de situation caniculaire comme cela avait été le cas en 2019 et la vinification a été adaptée par Ludivine Griveau, la régisseuse du domaine. Pour les rouges, notamment, les macérations préfermentaires à froid ont été plus longues que d’habitude afin de conserver un maximum de fraîcheur fruitée dans les vins (les macérations à chaud de fin de fermentation alcoolique ayant pour leur part été écourtées).

Afin d’éviter toute polémique quant au maintien de cette manifestation majeure pour le secteur vitivinicole et la Bourgogne en particulier, le maire de Beaune, Alain Suguenot, estime que "la pire des choses aurait été de ne pas l’organiser, car il s’agit en tout premier lieu d’assurer les ressources permettant de pérenniser les investissements nécessaires à l’Hôpital, car je rappelle que l’ensemble des travaux de rénovation sont entrepris grâce aux fruits de cette vente, sans dotation extérieure et sans financement de l’État. À travers cette décision, c’est aussi l’œuvre de bienfaisance et de charité de Nicolas Rolin et de Guigne de Salins que nous poursuivons, puisque la pièce de charité bénéficiera cette année directement aux personnels soignants, à travers la FHF et le CGOS." Rappelle-t-il.

Il va sans dire que la 160e vente aux enchères aura un côté quelque peu particulier du fait du contexte sanitaire. Quel en sera ou non l’impact sur le montant de la vente? Allons-nous battre de nouveaux records? La qualité du millésime pourrait le permettre. Mais cette vente sera aussi un révélateur pour savoir où en est le moral des acheteurs tant en France qu’à l’international, du fait de la récession économique. À suivre, donc de près, la semaine prochaine!

Source : McViti

Une production viticole 2020 presque normale en une période qui n’est l’est plus soit par la conjoncture soit par les effets d’un climat quelque peu capricieux.

Comme chaque année, l’OIV (office International de la Vigne et du Vin) dont le siège est à Paris et qui est à la filière viticole et des spiritueux ce qu’est l’ONU à l’organisation du monde ou l’OMS à celle de la santé, publie ses résultats sur la production 2020 du vin dans le monde.  Il s’agit d’une estimation car si dans l’hémisphère sud les vendanges ont eu lieu entre février et mars, dans l’hémisphère nord, elles se sont déroulées entre septembre et octobre et les chiffres pourraient encore évoluer à la marge.

Pour l’année 2020, l’OIV estime la production mondiale de vin entre 253,9 millions d’hectolitres et 262,2 Mhl, soit une moyenne de 258 Mhl, après 256 Mhl en 2019 rapporte l’organisation dans son communiqué de presse.

Dans l’Union européenne, la récolte est estimée à 159 Mhl, soit 5% de plus qu’en 2019, avec un recul de 1% du premier producteur mondial, l’Italie, à 47,2 Mhl, une légère progression de 4% en France (43,9 Mhl), le deuxième producteur mondial et un bond de 11% en Espagne (37,5 Mhl), le troisième acteur majeur de la filière.

La production de chacun de ces trois pays – qui représentent 49% de la production mondiale de vin – est en dessous de leur moyenne quinquennale respective 2015-2020, souligne l’OIV. Ceci résulte aussi bien de conditions météorologiques favorables au printemps et en été pour la vigne, que de mesures de régulation du marché en amont, certains vignobles ayant volontairement réduit leurs volumes pour ne pas trop affecter les prix déjà tirés vers le bas par la crise du Covid-19 comme la champagne par exemple.

Ailleurs dans le monde, L’OIV souligne aussi l’impact des sécheresses et feux de forêts qui ont affecté beaucoup de domaines viticoles. Principale victime des aléas climatiques cette année, l’Argentine qui a vu sa production baisser de 17% par rapport à 2019 et de 13% par rapport à la moyenne quinquennale, à 10,8 Mhl. De même, le voisin Chilien a souffert de la sécheresse et affiche un recul de 13% à 10,3 Mhl.

Toujours dans l’hémisphère sud mais à l’autre bout, L’Australie enregistre  un déclin de sa production viticole, à 10,6 Mhl, -11% par rapport à 2019 et -16% par rapport à sa moyenne quinquennale. L’effet des incendies de décembre 2019 et janvier 2020 ne sont pas étrangers à ce recul même si la sècheresse en est l’explication principale.

Aux États-Unis, si les premières estimations de l’OIV, basée sur celles du ministère américain de l’agriculture (USDA) tablent sur une production de vin de 24,7 Mhl, soit une hausse de 1% par rapport à 2019), l’OIV prévient que ce chiffre pourrait être “revu significativement dans les mois à venir” lorsque “les effets réels des feux dans les vallées viticoles de Napa et Sonoma entre autres seront évalués.

Production stable, donc, mais contrasté. Reste à connaitre maintenant le niveau qualitatif. Là encore, il est trop tôt pour se prononcer mais la filière dans sa globalité se veut optimiste, un peu comme chaque année… Seul le temps et les dégustations arbitreront. 

Source: McViti

Le célèbre Château Lafite Rothschild fête ses 150 ans de « Rothschild » à l’occasion de la sortie du millésime 2018 sur les marchés début 2021.

Le Château Lafite Rothschild, premier Cru classé en 1855 est situé au cœur de l’appellation Pauillac. Le vignoble se situe plus précisément à une quarantaine de kilomètres au nord de Bordeaux, sur la rive gauche de la Gironde. Les 1250 hectares de vignes sont entouré au nord par celles de Saint Estephe et au sud par celles de Saint Julien.

Mais ce qui fait le prestige entre autre de Pauillac est que sur les cinq premiers crus classés que déterminent le classement voulu par Napoléon III en 1855, trois sont issus de ce vignoble. Outre, Lafite, il y a Château Latour et son cousin Mouton Rothschild, une autre branche de la famille.

Le vignoble de Lafite comprend trois grandes zones : les coteaux autour du Château, le plateau des Carruades contigu à l’ouest et une parcelle de 4,5 ha sur la commune voisine de Saint-Estèphe. La surface est de 112 ha, ce sont des terres de graves fines, profondes, mêlées à des sables éoliens sur un sous-sol de calcaire tertiaire, bien drainées et bien exposées.

Les cépages sont le cabernet sauvignon (70%), le merlot (25%), le cabernet franc (3%) et le petit verdot (2%).

L’âge moyen des vignes est de 39 ans, mais il faut savoir que les vignes de moins de 10 ans ne rentrent pas dans le grand vin, ce qui signifie que l’âge des vignes donnant le grand vin est plutôt de l’ordre de 45 ans en moyenne. La parcelle la plus âgée, dite « La Gravière », fut plantée en 1886, presque un record de longévité...

Si la première référence connue de Lafite remonte à 1234, avec un Gombaud de Lafite, abbé du Monastère de Vertheuil au nord de Pauillac, l’existence de Lafite en tant que Seigneurie médiévale est attestée dès le XIVe siècle. Le nom de Lafite provient du gascon « la hite », c’est à dire la butte. Il y avait probablement déjà des vignes sur la propriété, mais c’est avec les Ségur, au XVIIe siècle, que le vignoble se structure et que la réputation de Lafite comme grande propriété viticole s’établit. Jacques de Ségur est à l’origine de la plantation du vignoble, autour de 1670 et au début des années 1680.

Le 8 août 1868, le Baron James de Rothschild acquiert le Château Lafite mis en vente publique dans le cadre de la succession d'Ignace-Joseph Vanlerberghe dont la famille avait racheté la propriété en 1818 mettant fin à diverse transaction qu’avait connu le domaine après l’exécution en 1794 du dernier propriétaire issus de la famille Ségur.

Source: McViti

Le Château Latour, 1er grand Cru Classé en 1855, propriété du milliardaire François Pinault situé à Pauillac, participerait à faire flamber le prix du foncier sur son appellation.

Tandis que les derniers coups de sécateurs se donnent dans le Sauternais et que nos meilleurs statisticiens calculent le volume que la France produira en cette vendange 2020, chiffre qui devrait tourner autour de 45 millions d’hectolitres, année moyenne, donc, pour le volume, c’est à Pauillac que se fait l’actualité avec une transaction spectaculaire.

Depuis l’arrivée du coronavirus, le confinement et maintenant le début d’une nouvelle vague de contamination, les transactions s’étaient faites rares. Juste à signaler la vente en Bourgogne du Domaine Jessiaume. L’exploitation de Santenay (Côte de Beaune) a été cédée en septembre 2020 par l’investisseur écossais Sir David Murray. Le domaine de 15 hectares appartient désormais à Jean-François Le Bigot, docteur en pharmacologie et dirigeant d’une start-up de biotechnologie.

Au cœur du Médoc, à la fin du XXe siècle, dans les années 1990, le prix à l’hectare à Pauillac se négociait autour de 500 000 francs, soit 75 000 euros environ, et cela paraissait à tout un chacun une vraie fortune. Mais l’époque à bien changé, comme nous l’indique le site Internet Terre de Vins dans un article paru le 25 septembre, où il nous informe qu’une transaction récemment réalisée entre le Château Latour et une famille de coopérateurs (les Aka-Creuzin) – il en reste une petite dizaine sur Pauillac qui travaillent avec la cave – s’est décidée à céder son petit vignoble. Le prix de vente avoisinait les 3 millions d’euros l’hectare, mais la transaction s’est faite en deçà, de 2,2 à 2,5 millions en fonction de la parcelle. Car le petit hectare se composait de trois lots, l’un jouxtant le vignoble de Latour, un autre celui de Pichon Longueville Comtesse de Lalande, et enfin le troisième touchait les vignes de Cordeillan-Bages. Le Château Latour a acheté la première parcelle et le Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande s’est emparé des deux autres. Après négociation, le bout sur Cordeillan sera à nouveau cédé aux propriétaires du Château Lynch-Bages. Une logique de proximité qui n’a pas toujours été respectée, nous précise l’article de Terre de Vins.

Mais comment peut s’expliquer une telle inflation surtout en cette période si particulière où la crise économique pourrait toucher durablement la planète et aussi le monde du luxe? L’une des explications avancées par les professionnels est que contrairement à beaucoup de région comme la Bourgogne, où se sont les terroirs qui sont classés, à Bordeaux, par la magie du classement de 1855, un Grand Cru Classé peut voir son vignoble s’agrandir sans limite, si ce n’est celle de son appellation, Pauillac en l’occurrence, pour notre affaire.

Depuis trente ans, l’inflation des Grands Crus Classés Bordelais aiguise les appétits de leurs prestigieux propriétaires. Terre de Vins nous précise que la dernière opération d’envergure avait eu lieu en 2017 par la famille Cazes, propriétaire du Château Lynch-Bages, avec l’achat du Château Haut-Batailley, autre Grand Cru Classé 1855, et sa quarantaine d’hectares. Les chiffres qui circulaient à l’époque évoquaient 2 millions d’euros l’hectare.

Mais François Pinault, propriétaire de Latour, n’en est pas à son coup d’essai. En 2017 déjà, il souffle le Clos de Tart, à Morey Saint Denis, au milliardaire chinois Jack Ma. fondateur d’Alibaba, l’Amazone chinois. Pour mémoire, ce clos, propriété de la famille mâconnaise Mommessin depuis 1932, d’un seul tenant de 753 hectares, produit 30 000 bouteilles par an d’un vin rouge qui est l’un des plus fameux de Morey Saint-Denis, dans la Côte de Nuits. Mais surtout, le Clos de Tart est à la fois un grand cru et un monopole. En clair, le domaine constitue une appellation à lui seul, ce qui est rarissime. C’est surtout l’exact pendant de l’autre clos fameux de l’appellation, le Clos des Lambrays, racheté en 2014 par le vieux rival du milliardaire breton, Bernard Arnault. Le prix de la cession n’a jamais été communiqué, mais les proches du dossier ont parlé de record. La qualité du foncier n’est donc pas toujours l’explication de son prix, mais l’égo de ses acquéreurs en est aujourd’hui une composante importante.

Crise ou pas, il semble que le vignoble, tout au moins les vignobles de luxe, continuent à susciter un intérêt particulier auprès des milliardaires ou autres institutionnels. Nous verrons dans les mois à venir si cette tendance se confirme ou non.

Source: McViti

La mention « Crus Bourgeois » consacre la qualité et la valeur des vins rouges produits dans l’une des huit appellations du Médoc : Médoc, Haut-Médoc, Listrac, Moulis, Margaux, Saint-Julien, Pauillac et Saint-Estèphe. Mais être « Cru Bourgeois », qu’est-ce que cela signifie ?

Le terme « Cru bourgeois » trouve sa source dans la classification coutumière antérieure au XIXe siècle qui distinguait, au sein des vins du Médoc, les « Crus Bourgeois », les « Crus Artisans » et les « Crus Paysans » selon le statut social du propriétaire du vignoble. La publication du Classement de 1855 remettra en cause cette hiérarchie.

Mais depuis cette date, les qualités respectives des différents vins de Bordeaux ont évolué. Le classement ne reflétait donc plus toujours au XXe siècle l'évaluation historique. Sur cette constatation, des producteurs et négociants de la région Médocaine ont proposé en 1932 une distinction nouvelle appelée à devenir la mention « Cru bourgeois » qui pouvait être facultativement apposée sur les bouteilles récompensées.

En 1966 et en 1978, deux palmarès syndicaux sont venus couronner la dénomination, pour aboutir à un classement officiel reconnu par l'État français. Ce classement a été réactualisé en 2003 et est devenu « Le classement officiel des Crus Bourgeois » dans le cadre de deux arrêtés de juin 2003.

C’était sans compter sur quelques châteaux déclassés, qui ont entamé un marathon devant les tribunaux pour en obtenir l’annulation. À la suite des différents jugements, l’Alliance des Crus Bourgeois du Médoc a entrepris de faire homologuer un nouveau régime, portant non plus sur un système de classification, mais sur un principe de labellisation, selon un rythme annuel. Ce nouveau régime a été introduit par un décret de 2009, complété par un arrêté ministériel de la même année..

Mais cette situation ne convenaient pas à une grande majorité des acteurs Bordelais et un long travail de fond a été mené par les professionnels et l’administration pour qu’enfin aboutisse un nouveau classement publié ce 20 février.

Le classement des « Crus Bourgeois », Comment ça marche?

C’est un long parcours du combattant qu’ont dû mener les propriétés afin de pouvoir prétendre au fameux « titre ». Tout d’abord, il fallait déposer une candidature, validée par un organisme de vérification. Puis le château candidat devait soumettre ses vins à la dégustation verticale à l’aveugle de 5 millésimes. La note obtenue par le cru candidat à cette analyse conditionnait l’accès du cru à l’un des niveaux du Classement. Un niveau 3 à l’analyse sensorielle donnait l’accès à la mention « Cru Bourgeois », un niveau 1 ou 2 à la mention « Cru Bourgeois Supérieur », un niveau 1 à la mention « Cru Bourgeois Exceptionnel », nous résume Terre de Vins dans un article publié le 18 février. Mais pour accéder à l’un de ces deux niveaux, Supérieur ou Exceptionnel, encore fallait-il avoir candidaté à la « mention complémentaire ». Plusieurs critères entraient alors en ligne de compte :

  • Critère 1 : Attestation d’une certification environnementale de niveau 2
  • Critère 2 : Vignoble, récolte, chais, conditionnement, étiquetage, stockage, système de qualité doivent répondre à un cahier des charges
  • Critère 3 : Mise en valeur du site, qualité de l’accueil des visiteurs professionnels (du vin) et des particuliers, promotion individuelle et collective, mode de distribution, valorisation nationale et internationale du cru

L’évaluation aura été faite par une commission de 6 experts (Technique / Commerce & Promotion), plus une visite complémentaire sur site par l’Organisme de Vérification.

Cette phase s’est soldée par l’attribution d’une note pour chacun des 10 thèmes.

Le classement durera cinq ans avant qu’un nouveau soit établi, mais pendant cette période, les contrôles suivants seront appliqués :

  • La qualité du vin : dégustation à l’aveugle et mesure de la constance.
  • La traçabilité et l’authentification par un sticker pour chaque millésime.
  • Les contrôles organoleptiques avant conditionnement perdurant pendant toute la durée quinquennale du Classement (au moins 2 contrôles par cru).
  • L’environnement par l’engagement des crus dans une démarche de respect des bonnes pratiques culturales et environnementales. Beaucoup de Château pour ce classement. Ne pouvant y prétendre, ils ont pris un engagement avec une échéance dans cinq ans.

Et donc ce jeudi 20 février le suspens a pris fin et les résultats ont été révélés à la presse. Il a été retenu 249 crus, soit 31% de la production de la région du Médoc (28 millions de bouteilles).

Les jurés ont distingué 14 propriétés « Crus Bourgeois Exceptionnels », la plus haute distinction. Les « Crus Bourgeois Supérieurs » sont nombreux cette année avec 56 propriétés. Les « Crus Bourgeois » simples sont au nombre de 179.

L'AOC Médoc concentre 115 propriétés distinguées « Haut-Médoc », 88 « Saint-Estèphe », 15 « Listrac-Médoc », 14 « Moulis-en-Médoc », 8 « Margaux », et « Pauillac » une seule propriété.

Le grand changement pour les propriétés est que le classement est établi sur cinq ans et n’est plus révisé chaque année. Il y a donc désormais la possibilité de voir plus loin qu’à l’horizon d’une année. Pour ces réseaux de distribution l’obtention de la mention « Cru Bourgeois » est cruciale, car le consommateur qui vient au château est davantage intéressé « par ce qu’il goûte » que par le sticker « Cru bourgeois » sur la bouteille. Par contre, ce même consommateur, dans un rayon de supermarché, n’a pas la possibilité de goûter, et s’en remet donc à ce qu’il lit sur la bouteille et plus particulièrement les mentions de médaille à divers concours, ou lorsqu’il s’agit d’un vin du Médoc, la mention « Cru Bourgeois ».

Beaucoup de châteaux dépendent donc des cavistes, des restaurateurs et des négociants et lorsque ceux-ci représentent 70% de vos ventes, le classement prend une toute autre importance. Pour un propriétaire, la peur de ne pas être « Cru Bourgeois », c’est la peur de perdre des marchés, surtout en temps de crise, tant en France qu’à l’export. Si sur les marchés émergeants, les « Crus Bourgeois » ne sont pas encore très reconnus, sur les marchés traditionnels tels que la Grande-Bretagne, les États-Unis, le Québec ou le Benelux, le taux de notoriété est très bon chez les amateurs. 

Quant au prix, une augmentation sur les « Crus Exceptionnels » peut être attendue, certains châteaux étant encore très bon marché. Pour les autres, rien n’est moins sûr, compte tenu de la conjoncture internationale. Les primeurs d’avril de Bordeaux nous donneront sans doute une indication.

Source : McViti

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