mercredi 12 juin 2024
S'exprimant depuis le siège de l'OIV à Dijon, le directeur général John Barker a présenté l'état du secteur mondial de la vigne et du vin en 2023. S'exprimant depuis le siège de l'OIV à Dijon, le directeur général John Barker a présenté l'état du secteur mondial de la vigne et du vin en 2023.

La production mondiale de vin atteint son plus bas niveau depuis 1961

L’Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV) a communiqué, fin avril 2024, les chiffres définitifs de la production mondiale de vin en 2023 : c’est le plus mauvais résultat depuis 1961 avec seulement 231 millions d’hectolitres.

L’Agence France Presse (AFP) présente les résultats et reprend l’analyse de l’OIV. Les conditions climatiques ont nettement perturbé les vignes mondiales en 2023. La France redevient quant à elle, le plus gros producteur de vin au monde en dépassant l’Italie qui dominait depuis 2007, une maigre consolation dans un contexte compliqué.

Sécheresses, vagues de chaleur, incendies, gel précoce, pluies, maladies… Les vignes n’ont, une nouvelle fois, pas été à la fête l’an passé. Pas étonnant dans ces conditions que la production mondiale de vin ait chuté de 10 % en 2023, tandis que la consommation a reculé de 3 %, a indiqué  l’OIV. Les vignerons du monde ont produit au total 237 millions d’hectolitres, leur plus faible vendange depuis 1961.

La récolte a particulièrement souffert en Italie (-23 % à 38 millions d’hectolitres) et en Espagne (-21 % à 28 millions d’hectolitres) alors qu’elle a légèrement progressé en France (+4 % à 48 millions d’hectolitres), permettant à l’Hexagone de reprendre, de loin, sa place de premier producteur de vin.

L’OIV avait déjà anticipé une chute de la production dans une première estimation en novembre, mais de moindre ampleur (entre 241,7 et 246,6 millions d’hectolitres).

Cette dégringolade est la conséquence directe de « conditions environnementales extrêmes » ayant touché aussi bien l’hémisphère nord que l’hémisphère sud, a indiqué le directeur de l’OIV, John Barker, devant des journalistes. La récolte a ainsi chuté de 11 % au Chili, de 26 % en Australie et de 10 % en Afrique du Sud, les trois plus gros producteurs de l’hémisphère sud. Quant à l’Argentine, autre acteur majeure du secteur la baisse est de 23%.  Alors que les vendanges s’y terminent, la production dans cette zone devrait rebondir de 5 % en 2024, selon les premières estimations de l’OIV.

Un évènement cependant, l’Inde fait son entrée parmi les plus grands vignobles en devenant le dixième pays producteur de la planète bleue.

La baisse de la production n'est toutefois pas forcément une mauvaise nouvelle, relève l'OIV. «Avec une consommation mondiale en déclin et des stocks élevés dans de nombreuses régions du monde, cette faible production attendue pourrait rééquilibrer le marché mondial», souligne l'organisation. Le fait que la France redevienne premier producteur mondial laisse ainsi indifférent le président des Vignerons coopérateurs de France, Joël Boueilh. «J'ai plutôt envie d'avoir des vignerons qui produisent des vins qui se vendent bien», disait-il lors d'un point presse mi-octobre à l’AFP.

L’OIV indique aussi que la surface consacrée à des vignes, pour la production de vin ou de raisins de table, a pour sa part reculé pour la troisième année consécutive, de 0,5 % en 2023 à 7,2 millions d’hectares.

En France, où le gouvernement a subventionné des programmes de distillation et d’arrachage pour faire face à de la surproduction dans certaines régions, elle a baissé de 0,4 %.

Faisant un point particulier sur l’Italie qui a perdu sa place de leader, la chute de la production ne devrait pas se traduire par un abandon massif d’hectares de vignes, selon John Barker. Entre des pluies favorisant l’apparition du mildiou dans les régions du centre et du sud, de la grêle et des inondations, le repli « a clairement été lié aux conditions météorologiques », et donc normalement momentané, a-t-il dit.

Dans le monde, les échanges de vin ont, eux, reculé de 6 % en volume à leur plus faible niveau depuis 2010, avec moins de bouteilles. Selon l’OIV, certains acheteurs ont pu être dissuadés par le prix moyen à l’exportation, qui a grimpé à 3,62 euros par litre, un record, et 29 % de plus qu’en 2020. Des chiffres qui impressionnent et qui expliquent partiellement la crise.

En parallèle de ce ralentissement, du côté des buveurs, la consommation a reculé l’an dernier de 3 % à 221 millions d’hectolitres, son plus bas niveau depuis 1996, confirmant ainsi une tendance à la baisse depuis 2018 (avec un unique sursaut en 2021). Cette tendance est en partie liée à l’inflation, qui a augmenté les coûts de production et donc les prix de la bouteille ou du cubi de vin, tout en réduisant le pouvoir d’achat des consommateurs. La moindre demande est également « motivée par les changements démographiques et de mode de vie », a reconnu John Barker. Les Portugais, les Français et les Italiens sont, par habitant, les plus gros consommateurs.

Si la récolte en 2024 dans l’hémisphère sud semble un peu meilleur qu’en 2023, même si les chiffres restent à affiner, le printemps plus que délicat en Europe et en particulier en France, touchée lourdement par  la grêle et le gel, ne laisse pas présager encore de gros volumes. Quant à la qualité, il faudra attendre fin octobre pour savoir.

Source : McViti

À propos de l' auteur

Âgé de 45 ans, ingénieur agricole, diplômé de l’IHEDREA (Institut des Hautes Etudes de Droit Rural et d’Economie Agricole en 1995), j’ai poursuivi mes études par un master de Gestion, Droit et Marketing du secteur Vitivinicole et des Eaux de Vie dépendant l’Université de Paris 10 Nanterre et de l’OIV (Organisation Internationale de la Vigne et du Vin - 1997). Lire la suite...