lundi 14 octobre 2019
Chronique de Cong-Bon Huynh
Cong-Bon Huynh

Cong-Bon Huynh

Il a été chef exécutif, chef corporatif, et maintenant chef enseignant. Mais il préfère se présenter tout simplement comme un cuisinier. Car pour lui, c'est le vrai titre pour quelqu'un qui vit avec la passion de la cuisine, dans son sens le plus large qui allie l'action de se nourrir avec les dimensions culturelles et sociologiques. Maîtrisant la cuisine occidentale aussi bien que la cuisine orientale, il est depuis les 15 dernières années, enseignant dans différentes grandes écoles hôtelières à Montréal, s'occupant minutieusement de la relève pour la cuisine au Québec. Lire la suite...

dimanche, 11 novembre 2018 09:16

La peine d'amour

C'est il y a quelques années déjà. J'étais dans une période sombre de la vie. Je m’enfermais physiquement et mentalement. Je ne voyais pas le bout du tunnel et je dépérissais.

Une amie est venue cogner à ma porte et insistait pour me sortir de mon isolement. Elle m’a proposé juste une marche, une simple marche dans le quartier. Inutile de dire qu'elle a dû insister pour que je la suivisse pour la marche.

Alors on marchait, puis passant devant une maison où il y a des fleurs, elle m’a demandé: « C’est quoi la couleur de cet arbuste de roses? ». J’ai répondu « Rouge ». Plus tard, elle demande une autre couleur d’un autre arbuste de fleurs. J’ai répondu encore. Mais de plus en plus, elle choisissait des fleurs avec des couleurs qui ne sont pas courantes comme rouge ou jaune.

Je ne savais pas la couleur exacte, alors je m’impatientais. Elle insistait en souriant: « Essaie de trouver le nom de la couleur ». Je repris mon calme puis je me forçai à trouver la bonne couleur. Si je ne savais pas la couleur, j’essayais de décrire la couleur avec des mots qui racontent une situation, une comparaison. Par exemple, une fleur couleur jaune-mangue-comme-la-mangue-de-la-fois-où-j’ai-fait-des-rouleaux-de-printemps-l’été-dernier. C’était bien long le nom de la couleur, mais ça décrit bien la référence.

Alors, de fil en aiguille, je pouvais répondre à toutes les couleurs inimaginables des fleurs sur le chemin de la promenade du quartier.

À la fin de la promenade, j’ai demandé à mon amie pourquoi elle avait fait tout ça ? Elle m’a répondu que c’était une façon pour que je me force à quitter mes nuages noirs pour penser à autre chose, de belles choses dans la vie… qui existent quand même. Elle m’a même suggéré de le faire avec n’importe quoi dans mon appartement: décrire les couleurs de n’importe objet de mon appartement, ou bien de dire à voix haute ce que je ressentais avec toutes les épices de mon armoire à épices: la-douceur-des-herbes-de-Provence-la-fois-où-j'ai-fait-les-cuisses-de-canard-confit-pour-ton-pâté-en-croûte.

Elle me suggéra fortement d’essayer et si j’étais d’accord, elle reviendrait demain pour une autre marche. J’ai essayé son truc et j’ai constaté que c’était un truc bien simple, mais ça me permettais d’avoir la clé pour ouvrir la porte de tristesse derrière laquelle je m’étais embarré. La clé, c'était juste de me forcer à trouver la bonne couleur des choses banales qui m’entouraient, qui existaient là, et qu'on ignore tellement lorsqu'on vit une grosse déception. 

Comme quoi la somme des petites choses peut vaincre une grosse peine, comme des gouttes d'eau qui tombent un millier de fois peuvent éroder même un gros rocher de tristesse.

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#seulaubaravecunebière

lundi, 29 octobre 2018 21:07

Histoire d'Halloween

Il n'y avait pas de fête d'Halloween quand j'étais jeune. En tout cas au Vietnam, le temps que je vivais ma jeune enfance. Mais je me souviens quand même, une année quand j'avais 6 ans, je crois. J'étais à l'école, puis la maîtresse de ma classe avait reçu une boîte de chocolat en cadeau. C'était tout un événement. Elle avait ouvert la boîte dorée en métal et il y avait plein (environ une trentaine, mais avec les yeux émerveillés que j'avais, c'était plein plein) de chocolats, emballés individuellement avec du papier alu doré. Un genre de rocher Ferrero. Elle en offrait à tout le monde en classe. On était fous comme des balais, contents et qu'on trouvait notre maîtresse tellement adorable. J'ai des copains qui bouffaient son choco d'un coup, d'autres en petites bouchées pour faire durer le plaisir. On a quand même juste un choco, chacun...

Je ne le mangeais pas mon chocolat à moi que je recevais de ma maîtresse. Je le glissais dans ma poche de pantalon et je gardais ma main dans la poche de pantalon, de peur que le chocolat s'enfuît ou disparaisse. Rendu à la maison, je n'osais dire à personne, surtout à mes frères qui sont plus vieux que moi, qui vont certainement me le piquer et bouffer mon précieux butin. Je cherchais donc une cachette pour le cacher. Je réfléchissais longtemps pour trouver une cachette bien sécure, qui n'est pas dans ma chambre, ni dans la maison. Et la meilleure place pour moi avec mon petit cerveau de 6 ans, c'est en-dehors, derrière la grande jarre d'eau de pluie (toutes les maisons au Vietnam ont des grosses jarres pour recueillir l'eau de pluie, pour usage domestique), juste derrière la porte qui donne sur le jardin.

Les jours qui suivent, chaque jour, je passais par là, pour surveiller mon morceau de chocolat. Et quand je le voyais, mon précieux morceau de chocolat, mon petit cœur se remplissait de bonheur. Mais la journée d'après, comme un rituel, aussitôt que je revenais de l'école, je me dépêchais pour aller voir mon morceau de chocolat dissimulé derrière la jarre d'eau de pluie. Et horreur, mon cœur s'arrêta de se battre, ou plutôt il battait à toute vitesse en voyant le spectacle désolant: une colonne de grosses fourmis qui est en train de dévorer mon précieux morceau de chocolat. Le papier alu doré tout déchiqueté, et le rocher de choco, il en reste juste le quart, et... et une colonie de fourmis à perte de vue à queue-leu-leu qui disparait dans le gazon du jardin. Et sur ma joue, des larmes qui ruisselaient, aussi malheureuses qu'une histoire d'amour qui se brisa en mille morceaux.

Plus tard, bien plus tard dans ma vie, je me souviens toujours de cet épisode de cette profonde cicatrice dans mon petit cœur d'un garçon de 6 ans. Une blessure qui m'a appris que dans la vie, il ne faut pas attendre pour apprécier les choses qu'on a. Sinon ça risque de disparaitre avec un pouf! inattendu. C'est tellement vrai ça... que je vois souvent les gens dire qu'il faut dire à ceux qu'on aime, qu'on les aime là-là, car un jour quand ils disparaissent et alors on va manquer l'occasion de le dire qu'on les aime et que de regrets à ruminer toute la vie restante.

À mes enfants, moi je leur dis souvent combien je les aime. Tellement que des fois ma fille me reproche coquinement : «Papa, tu me dis souvent que tu m'aimes car tu as peur que ton «je t'aime» soit bouffé par les fourmis, si tu ne le dis pas?»

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samedi, 27 octobre 2018 10:01

Le Clorets

Y en a-t-il parmi vous qui, après le travail, se sont déjà laissés entraîner, bon gré ou malgré vous, pour faire un petit [email protected] au bar du coin, à 2 pas de votre bureau? Puis plus tard, rendu à la maison après avoir descendu quelques bières, avant de pousser la porte d'entrée de votre domicile, vous mâchez rapidement 2 gommes pour que votre haleine ne sente pas l'alcool de votre [email protected]?

Mais la plupart du temps, votre conjointe découvre votre stratagème, comme le grand maître devant l'élève novice qui vient de faire un mauvais coup...

J'ai cependant une solution infaillible pour vous :

Quand vous poussez la porte d'entrée de votre chez-vous, dirigez-vous tout de suite vers la cuisine et votre frigo et débouchez une bière et avalez deux ou trois gorgées tout en disant: « Allô chérie, ahh que j'ai soif! ». En plus, faites semblant de renverser un peu de bière sur votre chemise avec votre cravate semi-détachée.

Ainsi donc, votre conjointe ne peut vous poser de question sur votre haleine de bière de votre [email protected] car vous sentez la bière de la bière que vous venez de déboucher. Ingénieux, n'est-ce pas?

Sauf que quand vous embrassez votre conjointe, vous goûtez un peu le goût du Clorets menthe, le Clorets menthe qu'elle a eu juste le temps de mâcher, car elle vient à peine de rentrer, une demi-heure avant vous. Clorets pour masquer l'haleine de Martini de son [email protected] à elle...

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dimanche, 30 septembre 2018 08:44

Le tant-pour-tant

Il appert que dans la confection de macarons, il faudrait avoir de la poudre d'amande et du sucre glace en proportion égale pour faire les coques de macarons. Le fait ainsi d'avoir d'égale quantité s'appelle le « tant-pour-tant ». Par exemple, 200 g de poudre d'amande pour 200 g de sucre glace.

Et cela donne comme résultat de merveilleux macarons qui se marient ensemble, liés pour la vie avec une garniture merveilleuse qui fait que les deux coques deviennent un couple vivant harmonieusement jusqu'à la fin de leur vie, c'est-à-dire jusqu'à ce que quelqu'un mette le macaron dans sa bouche pour le déguster.

Le « tant-pour-tant » est peut-être la clé du bonheur en amour. Dans un couple, tant d'amour de l'un qui ressent pour l'autre doit être égale à tant d'amour de l'autre qui ressent pour l'un. Et le couple vit une parfaite liaison jusqu'à la fin de leurs jours.

Comme les macarons et leur « tant-pour-tant ».

Seulement souvent, dans un couple, il y a l'un qui aime plus que l'autre.

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samedi, 15 septembre 2018 17:28

La poêle antiadhésive

C'était quand je faisais cuire mon œuf miroir.

J'utilisais pour cela toujours une poêle antiadhésive. La mienne, elle est âgée depuis quelques années déjà. Le manche noirci par le temps, la forme quelque peu qu'on n'appelle plus cela un cercle parfait. Ce matin-là, comme d'habitude j'ai mis une noix de beurre et j'ai cassé mon œuf dans la poêle. Puis sans crier gare, mon œuf s'est collé au fond de la poêle, ce qui est impensable pour une poêle antiadhésive.

L'impatience jaillit en dedans de moi et comme un kangourou qui s'apprête à bondir, un gros sacre sortait de ma bouche. Un juron contre ma poêle antiadhésive, qui est supposément antiadhésive, mais qui ne fait pas sa job comme il faut et est adhésive ce matin-là et a gâché mon œuf miroir.

Cependant une autre petite voix résonne dans ma tête. La poêle antiadhésive que j'ai, elle n'est plus jeune-jeune et elle m'a rendu de bonnes années de service bien loyales, en plus d'être toujours assidue, travaillante sans rouspéter quoi que ce soit des conditions du travail exigeant que j'ai demandé. Et aujourd'hui, pour la première fois qu'elle laisse coller mon œuf miroir, je n'ai pas pensé à ce que ma poêle antiadhésive avait fait pour moi des milliers de fois à me donner une cuisson parfaite, et je focusse seulement sur la seule fois où elle a échoué, pour sacrer contre elle.

Je me sens un peu honteux et mon esprit se vagabonde dans un autre monde. Un autre monde où il y a moi qui bossais fort pour mon employeur toute ma vie, où j'acceptais toutes les conditions qu'imposaient mes tâches et fonctions. Je m'efforçais à livrer le mieux que je puisse faire ce qu'on attend de moi et souvent plus que ce qu'on me demande quand l'occasion me le permet. Des années durant. Puis un jour, c'est certain avec le temps, l'âge, l'usure, mon esprit n'est plus aussi vif, mes mains ne sont plus précises, il arrive que je commette une erreur dans mon travail. À quoi je vais faire face ? Des blâmes rapides sur la gâchette de mon employeur qui remet en question mon moi, en questionnant si je suis capable de faire la job. Ou bien, avec plus de réfléchis, une compréhension de la part de mon patron sur la situation.

Puis je reviens sur mon moment présent, devant ma cuisinière, en train de faire cuire mon œuf miroir. Je ne sacre plus, je coupe une autre noix de beurre supplémentaire et j'en ajoute dans ma poêle. Pour l'aider, pour donner un coup de main à ma vieille poêle antiadhésive de faire son travail comme il faut. Elle est vieille, ma poêle, alors je vais travailler ensemble avec elle pour la soutenir, pour la remercier de m'avoir donné sa vie pour que je réussisse toujours mes œufs miroir.

Et je me promets que dorénavant je ne vais jamais sacrer contre ma vieille poêle antiadhésive qui n'est plus antiadhésive.

Cong-Bon Huynh
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