lundi 17 juin 2019
La peine d'amour

La peine d'amour

C'est il y a quelques années déjà. J'étais dans une période sombre de la vie. Je m’enfermais physiquement et mentalement. Je ne voyais pas le bout du tunnel et je dépérissais.

Une amie est venue cogner à ma porte et insistait pour me sortir de mon isolement. Elle m’a proposé juste une marche, une simple marche dans le quartier. Inutile de dire qu'elle a dû insister pour que je la suivisse pour la marche.

Alors on marchait, puis passant devant une maison où il y a des fleurs, elle m’a demandé: « C’est quoi la couleur de cet arbuste de roses? ». J’ai répondu « Rouge ». Plus tard, elle demande une autre couleur d’un autre arbuste de fleurs. J’ai répondu encore. Mais de plus en plus, elle choisissait des fleurs avec des couleurs qui ne sont pas courantes comme rouge ou jaune.

Je ne savais pas la couleur exacte, alors je m’impatientais. Elle insistait en souriant: « Essaie de trouver le nom de la couleur ». Je repris mon calme puis je me forçai à trouver la bonne couleur. Si je ne savais pas la couleur, j’essayais de décrire la couleur avec des mots qui racontent une situation, une comparaison. Par exemple, une fleur couleur jaune-mangue-comme-la-mangue-de-la-fois-où-j’ai-fait-des-rouleaux-de-printemps-l’été-dernier. C’était bien long le nom de la couleur, mais ça décrit bien la référence.

Alors, de fil en aiguille, je pouvais répondre à toutes les couleurs inimaginables des fleurs sur le chemin de la promenade du quartier.

À la fin de la promenade, j’ai demandé à mon amie pourquoi elle avait fait tout ça ? Elle m’a répondu que c’était une façon pour que je me force à quitter mes nuages noirs pour penser à autre chose, de belles choses dans la vie… qui existent quand même. Elle m’a même suggéré de le faire avec n’importe quoi dans mon appartement: décrire les couleurs de n’importe objet de mon appartement, ou bien de dire à voix haute ce que je ressentais avec toutes les épices de mon armoire à épices: la-douceur-des-herbes-de-Provence-la-fois-où-j'ai-fait-les-cuisses-de-canard-confit-pour-ton-pâté-en-croûte.

Elle me suggéra fortement d’essayer et si j’étais d’accord, elle reviendrait demain pour une autre marche. J’ai essayé son truc et j’ai constaté que c’était un truc bien simple, mais ça me permettais d’avoir la clé pour ouvrir la porte de tristesse derrière laquelle je m’étais embarré. La clé, c'était juste de me forcer à trouver la bonne couleur des choses banales qui m’entouraient, qui existaient là, et qu'on ignore tellement lorsqu'on vit une grosse déception. 

Comme quoi la somme des petites choses peut vaincre une grosse peine, comme des gouttes d'eau qui tombent un millier de fois peuvent éroder même un gros rocher de tristesse.

Cong-Bon Huynh
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#seulaubaravecunebière

À propos de l' auteur

Il a été chef exécutif, chef corporatif, et maintenant chef enseignant. Mais il préfère se présenter tout simplement comme un cuisinier. Car pour lui, c'est le vrai titre pour quelqu'un qui vit avec la passion de la cuisine, dans son sens le plus large qui allie l'action de se nourrir avec les dimensions culturelles et sociologiques. Maîtrisant la cuisine occidentale aussi bien que la cuisine orientale, il est depuis les 15 dernières années, enseignant dans différentes grandes écoles hôtelières à Montréal, s'occupant minutieusement de la relève pour la cuisine au Québec. Lire la suite...

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