lundi 19 novembre 2018
Histoire d'Halloween

Histoire d'Halloween

Il n'y avait pas de fête d'Halloween quand j'étais jeune. En tout cas au Vietnam, le temps que je vivais ma jeune enfance. Mais je me souviens quand même, une année quand j'avais 6 ans, je crois. J'étais à l'école, puis la maîtresse de ma classe avait reçu une boîte de chocolat en cadeau. C'était tout un événement. Elle avait ouvert la boîte dorée en métal et il y avait plein (environ une trentaine, mais avec les yeux émerveillés que j'avais, c'était plein plein) de chocolats, emballés individuellement avec du papier alu doré. Un genre de rocher Ferrero. Elle en offrait à tout le monde en classe. On était fous comme des balais, contents et qu'on trouvait notre maîtresse tellement adorable. J'ai des copains qui bouffaient son choco d'un coup, d'autres en petites bouchées pour faire durer le plaisir. On a quand même juste un choco, chacun...

Je ne le mangeais pas mon chocolat à moi que je recevais de ma maîtresse. Je le glissais dans ma poche de pantalon et je gardais ma main dans la poche de pantalon, de peur que le chocolat s'enfuît ou disparaisse. Rendu à la maison, je n'osais dire à personne, surtout à mes frères qui sont plus vieux que moi, qui vont certainement me le piquer et bouffer mon précieux butin. Je cherchais donc une cachette pour le cacher. Je réfléchissais longtemps pour trouver une cachette bien sécure, qui n'est pas dans ma chambre, ni dans la maison. Et la meilleure place pour moi avec mon petit cerveau de 6 ans, c'est en-dehors, derrière la grande jarre d'eau de pluie (toutes les maisons au Vietnam ont des grosses jarres pour recueillir l'eau de pluie, pour usage domestique), juste derrière la porte qui donne sur le jardin.

Les jours qui suivent, chaque jour, je passais par là, pour surveiller mon morceau de chocolat. Et quand je le voyais, mon précieux morceau de chocolat, mon petit cœur se remplissait de bonheur. Mais la journée d'après, comme un rituel, aussitôt que je revenais de l'école, je me dépêchais pour aller voir mon morceau de chocolat dissimulé derrière la jarre d'eau de pluie. Et horreur, mon cœur s'arrêta de se battre, ou plutôt il battait à toute vitesse en voyant le spectacle désolant: une colonne de grosses fourmis qui est en train de dévorer mon précieux morceau de chocolat. Le papier alu doré tout déchiqueté, et le rocher de choco, il en reste juste le quart, et... et une colonie de fourmis à perte de vue à queue-leu-leu qui disparait dans le gazon du jardin. Et sur ma joue, des larmes qui ruisselaient, aussi malheureuses qu'une histoire d'amour qui se brisa en mille morceaux.

Plus tard, bien plus tard dans ma vie, je me souviens toujours de cet épisode de cette profonde cicatrice dans mon petit cœur d'un garçon de 6 ans. Une blessure qui m'a appris que dans la vie, il ne faut pas attendre pour apprécier les choses qu'on a. Sinon ça risque de disparaitre avec un pouf! inattendu. C'est tellement vrai ça... que je vois souvent les gens dire qu'il faut dire à ceux qu'on aime, qu'on les aime là-là, car un jour quand ils disparaissent et alors on va manquer l'occasion de le dire qu'on les aime et que de regrets à ruminer toute la vie restante.

À mes enfants, moi je leur dis souvent combien je les aime. Tellement que des fois ma fille me reproche coquinement : «Papa, tu me dis souvent que tu m'aimes car tu as peur que ton «je t'aime» soit bouffé par les fourmis, si tu ne le dis pas?»

Cong-Bon Huynh
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#seulaubaravecunebière

À propos de l' auteur

Il a été chef exécutif, chef corporatif, et maintenant chef enseignant. Mais il préfère se présenter tout simplement comme un cuisinier. Car pour lui, c'est le vrai titre pour quelqu'un qui vit avec la passion de la cuisine, dans son sens le plus large qui allie l'action de se nourrir avec les dimensions culturelles et sociologiques. Maîtrisant la cuisine occidentale aussi bien que la cuisine orientale, il est depuis les 15 dernières années, enseignant dans différentes grandes écoles hôtelières à Montréal, s'occupant minutieusement de la relève pour la cuisine au Québec. Lire la suite...

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