jeudi 22 février 2024

Un vigneron pas comme les autres

J’ai rencontré dans ma vie des gens formidables, qui font le bien autour d’eux, parfois au détriment de leurs propres intérêts et presque toujours au détriment de leur confort. Je n’avais jamais rencontré en personne un bienfaiteur de l’humanité, du moins, pas avant d’avoir été présenté au docteur Francesco Bellini. On m’avait dit qu’on voulait me faire connaître un gentleman farmer italo-canadien qui pour donner libre cours à sa passion pour le vin avait créé dans Les Marches, en Italie, un vignoble modèle qu’il appelait Domodimonti. En six ans, affirmait-on, il avait réussi à produire des vins de grande qualité.

Je me suis rendu avec intérêt rencontrer ce phénomène au Restaurant Bu sur la rue Saint-Laurent, en me demandant si le titre de docteur qu’on lui attribuait, était un titre universitaire ou si c’était la formule de politesse italienne qui appelle «dottore» pratiquement tout le monde. J’ai finalement serré la main d’un homme jovial qui m’a présenté sa charmante épouse Marisa. Ils ont 40 hectares dans Les Marches, entre la mer et la montagne. Avec leurs deux enfants, ils ont réformé une «antique cantina» jusqu’à en faire une ferme modèle, dotée d’un équipement ultramoderne, qu’ils travaillent entourés d’un personnel hautement qualifié. Près du vignoble, ils ont aussi bâti un petit hôtel.

Pendant que nous étions à table, prêts à déguster les «fameux» vins, je fouillais dans ma tête pour trouver qui était le docteur Bellini. Une beauté assise en face de moi, me distrayait dans ma concentration, et soudain je me suis rappelé. Il est né à Ascoli, Piceno en Italie en 1947. À vingt ans, avec un diplôme de chimiste en poche il vient au Québec, fait un bac en sciences au Collège Loyola, et obtient un Doctorat en Chimie organique, à l’Université du Nouveau Brunswick en 1977. Il commence alors une carrière fulgurante dans le domaine de la recherche. Il crée la division biochimique de l’Institut Armand Frappier, qu’il dirige avec brio jusqu’en 1986. Il quitte l’Institut pour fonder Biochem Pharma, une compagnie qui met au point le 3TC, qui est le premier traitement pour le VIH et pour l’Hépatite B. Il accumule 25 patentes jusqu’en 2001, date à laquelle il vend sa compagnie au géant pharmaceutique Shire, dit-on pour six milliards de dollars.

Cet homme généreux de sa personne est membre du Conseil d’Administration de la Fondation de l’Institut de Cardiologie de Montréal, du Conseil pour la Science et Technologie et l’Innovation, du Gouvernement Canadien, de la Stem Cell Therapeutics Corp. De la Chambre italienne de Commerce, entre autres. Il a reçu une trentaine de prix et décorations et plusieurs titres de Docteur Honoris Causa. Mais ceux qui lui donnent le plus de fierté sont ceux d’Officier de l’Ordre du Québec, de l’Ordre du Canada et le titre de Cavaliere del Lavoro, l’ordre du mérite du Gouvernement italien.

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La famille Bellini

Il a fait un don de dix millions de dollars pour la construction d’un Pavillon des Sciences de la Vie à l’Université McGill, ainsi qu’un autre don pour bâtir une nouvelle résidence et un centre de recherche pour des patients qui souffrent de l’Alzheimer. Le docteur Bellini est l’auteur de nombreux articles. Il est également un conférencier très apprécié du milieu scientifique.

Le sommelier est venu m’arracher à ma rêverie et je me suis retrouvé assis à table avec le Docteur Bellini, sa belle épouse Marisa Bellini, Caroline Brownstein, directrice des ventes de Domodimonti, Catherine Simard et Anne-Marie Chéné de Select Wines, le journaliste italien Marco Luciano Castiglia et celle qui était en face de moi et qui faisait honneur à son nom, Paule Labelle de la maison Cavarose.

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Magnola de Lores

Nous avons commencé la dégustation par le LiCoste Offida Blanc AOC 2009. Pecorino 100%, un cépage indigène qui donne un vin jaune, sec; des arômes de fleurs d’oranger et de chèvrefeuille, des notes de noisette, de banane rose, de pêches. En bouche complexe et élégant, saveurs de tangerine et de lychees. (SAQ $ 24,50).

Nous avons dégusté ensuite le Monte Fiore, appellation Marches Sangiovese Indicazione Geografica Tipica. Robe rubis avec des reflets violets. Nez de petits fruits rouges, de clou de girofle, de graines de coriandre. En bouche, charnu, généreux, des tanins bien fondus, et une belle fraîcheur (SAQ 19,65).

On nous a servi ensuite le Picens, appellation Marches rouge, Indicaziones Geografica Tipica. Un vin fait de 4 cépages : Montepulciano, Sangiovese, Merlot et Cabernet Sauvignon. Belle robe rouge rubis intense. Arômes de fruits noirs, de tabac, de cuir, d’épices douces et de menthol. Rond en bouche, élégant, fruité et avec une belle longueur en finale. Le Picens est signé Marisa Bellini. L’étiquette représente Bacchus, la divinité de la joie, de la fête et de la paix. Autrefois les Marches étaient appelés Picenium. On y produisait un vin très recherché qu’on appelait Picens. Il est tombé dans l’oubli et renait aujourd’hui par l’amour de la propriétaire de Domodimonti. (SAQ $ 27,05).

On nous apporta un vin rouge dont l’étiquette a la silhouette d’un violon et dont le nom est Il Messia comme le plus célèbre des Stradivarii. C’est un vin d’appellation Marches, Indicazione Geografica Tipica, fait de Montepulciano et de Merlot. Il est signé Roberto et Carlo Bellini. Belle robe cristalline, couleur rubis. Arômes d’épices et de fleurs, ample et complexe en bouche, avec des nuances de mûres, de pain grillé, d’anis. Un vin charnu et généreux, avec de beaux tanins, un vin de plaisir qui a une longue et agréable finale (SAQ. $ 52,50).

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Les barriques de lore

On nous a servi en dernier le Solo Per Te, appellation Marches rouge, Indicazione Geografica Tipica, fait 100% Montepulciano. Le nom m’a étonné, Marisa Bellini m’a raconté que lorsque son mari a été fait Cavaliere del Lavoro en 2005, il a voulu servir ce vin qu’il avait signé avec son associé Orlando Antonini, pour marquer leur fierté d’avoir produit un vin à leur image. Le vin était encore trop jeune, mais comme le Dr. Bellini insistait qu’il voulait le servir, Marisa lui a répondu «Solo per te» et c’est le nom qui lui est resté. Il a une robe rouge violacée, profonde; des arômes de fruits rouges confiturés, à prédominance mûre, des nuances de bleuet, de cuir, de tabac et de chocolat. 0

Ample en bouche, corsé, profond, structuré, avec une belle fraîcheur et des tanins fins qui tapissent vos papilles avec élégance. Déjà très bon, il sera excellent dans 3 ou 4 ans. Un vin qui peut être gardé 15 ans et plus.

Tous les vins que nous avons dégustés aujourd’hui sont de très bons vins mais Solo Per Té est vraiment spécial. (SAQ $ 96.)

Le chef nous avait concocté une cuisine typique des Marches.

En amuse-gueule il y avait brandade de morue, avec huile d’olive sur pain noir. Comme entrée des grosses olives vertes farcies à la viande de veau, prosciuto et parmesan. Comme plat principal des spaghettino con calamaretti, pachino et champignons frais, et comme dessert un zuccotto di ricotta, miele e frutti di bosco. Le repas était accompagné des vins de la maison Domodimonti.

Une charmante soirée dont je garderai un beau souvenir.

Roger Huet
Chroniqueur et animateur radio
Président du Club des Joyeux
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À propos de l' auteur

Roger Huet - Chroniqueur vins et Président du Club des Joyeux
Québécois d’origine sud-américaine, Roger Huet apporte au monde du vin sa grande curiosité et son esprit de fête. Ancien avocat, diplômé en sciences politiques et en sociologie, amoureux d’histoire, auteur de nombreux ouvrages, diplomate, éditeur. Il considère la vie comme un voyage, de la naissance à la mort. Un voyage où chaque jour heureux est un gain, chaque jour malheureux un gâchis. Lire la suite...

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