mardi 9 août 2022

Les excellents vins de glace du Québec

On m’a souvent demandé pourquoi le vin de glace qui se vend dans des petits flacons de 200 ml est si cher. Je m’en sortais avec une réponse banale : «les meilleurs parfums se vendent aussi en petits flacons et eux aussi sont dispendieux» Cela a néanmoins piqué ma curiosité et je me suis dit qu’il fallait que j’aille voir sur place. Mon amie Mimi Vallée m’a mis en contact avec Danielle Crevier, Conseillère en développement touristique au CLD Brome-Missisquoi, qui m’a pris rendez-vous avec cinq producteurs de vins de glace. J’ai demandé à ma fille qui finit ses études en tourisme de m’accompagner en qualité de photographe et nous sommes partis dans les beaux chemins des Cantons de l’Est.

Nous nous sommes arrêtés à Dunham, devant l’impressionnant portail du Domaine des Côtes d’Ardoise où nous attendait Linda Barabé. Le domaine fête ses trente ans. Ils produisent une jolie variété de vins : en blanc le Riesling, le Seyval Carte d’or, la Maredoise; en rosé Charmes et Délices, en rouge : Côte d’Ardoise et Haute Combe, en vendanges tardives l’Or d’Automne et Douceur d’Ardoise. Ils ont des vins fortifiés, méthode portugaise : l’Estafette Blanc et l’Estafette Rouge, et naturellement les vins de glace que nous sommes venus déguster. Pour produire ce vin, le raisin est pressé à –15 degrés Celcius et l’eau se concentre dans le pressoir, à l’état de glace.

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Linda Barnabé et l’œnologue Jean Pierre Paré

Le premier vin de glace que nous avons testé est le Givré d’Ardoise Blanc, fait de Vidal. Il a une robe jaune paille très claire, des arômes de miel, de caramel, de fruits confits, d’abricot, de pamplemousse et de fleurs d’oranger. En bouche une belle acidité fondue dans la douceur et une longue finale.

Nous avons dégusté ensuite le Givré d’Ardoise Rosé, fait de Vidal et de Seyval Noir . Robe rose oranger. Parfums d’agrumes et de cerise, de fruits confits, de mûres. Ample en bouche, avec beaucoup de fraîcheur. Il joue avec vos papilles un concert joyeux de sensations.

Nous avons terminé avec le Givrée d’Ardoise Riesling. 100% Riesling. À l’origine ils avaient une surproduction de ce raisin et ont décidé d’en garder une partie pour faire du vin de glace selon la méthode allemande, en futs de chêne. Robe dorée aux reflets verts. Arômes de pin, de vanille, d’agrumes. En bouche, il goûte le miel, l’abricot, les fruits confits. Il a une belle fraîcheur et une longue finale.

Linda Barabé nous a présentés à l’œnologue Jean Pierre Paré qui nous a fait visiter ses vignes, très bien entretenues. Il nous a expliqué que ce qui les différencie de la région du Niagara c’était l’hiver, beaucoup plus rigoureux chez-eux, ce qui les oblige à recourir à la technique du renchaussage, qui consiste à recouvrir la base du plant et les bas bourgeons d’une butte de terre de 30 cm. C’est la raison pour laquelle les allées mesurent 2 mètres entre les rangées de vignes, la cueillette des raisins se fait pratiquement au niveau du sol.

Le domaine Côtes d’Ardoise offre ses installations et des services pour des événements familiaux et d’entreprise. Ils ont une intéressante exposition de sculptures depuis dix ans qui s’appelle «Nature et création». Pour information (450) 295-20 20

Un peu plus loin se trouve le célèbre domaine de l’Orpailleur dont le nom a été crée par Gilles Vigneau. Nous avons été reçus par Charles Henri de Coussergues dans la jolie boutique attenante au vignoble. Nous y avons admiré ses bouteilles : L’Orpailleur classique, l’Orpailleur rouge, l’Apérid’or, La Marquise, la Cuvée Prestige Natashquan, l’Orpailleur rosé, l’Orpailleur Cuvée spéciale vin gris, l’Orpailleur élevé en fût de chêne, La Part des Anges, l’Orpailleur Brut et bien entendu le Vin de Glace 100% Vidal blanc. Ce cépage est un hybride de Trebbiano et de Rayon d’Or. Il s’adapte bien aux climats froids, a un taux élevé de sucre et un bon niveau d’acidité. Les cépages sur-maturés sont cueillis fin octobre et placés dans des filets au dessus des vignes jusqu’en janvier. Ils se dessèchent lentement et perdent leur eau. Normalement 100 kilos de Vidal devraient donner 80 litres de mout, mais par cette méthode on obtient à la pesée à –10o C, 12 à 15 litres de moût très concentré.

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Charles Henri de Coussergues

Le bas de la vigne est renchaussé de terre à l’automne pour protéger les plants du froid de l’hiver.

La vinification se fait en cuves inox.

Nous avons dégusté le Vin de Glace de l’Orpailleur millésime 2007. Belle robe dorée tirant à vert. Arômes d’abricot et de mangue. En bouche l’approche est agréable, belle structure, saveurs de confitures de pêche et de pétales de rose, beaucoup de fraîcheur mais un bel équilibre. Un vin gourmand qui vous caresse les papilles et qui se termine par une finale pleine d’élégance.

Nous sommes sortis admirer les vignobles qui s’étendent à perte de vue. Nous avons remarqué des éoliennes. Monsieur de Coussergues nous a expliqué que ce n’était pas exactement des éoliennes mais des ventilateurs géants avec lesquelles il pouvait régler la température sur ses vignes et qui lui avaient permis de sauver ses récoltes. Il nous a raconté qu’il venait d’une famille de vignerons du Sud de la France et qu’il était arrivé au Québec à 22 ans, en 1982. Il a toujours pensé qu’ on pouvait faire du bon vin au Québec. Ses voisins l’ont accueilli avec gentillesse et voyant le sérieux avec lequel il travaillait ses vignes, certains ont investi dans son entreprise. Sa production est vendue à 85% à la ferme. Aujourd’hui il voit l’avenir avec optimisme. Il nous a dit que si nous ne craignions pas l’hiver il allait nous inviter à assister au pressurage en plein mois de janvier. Son vin de glace a reçu de nombreuses médailles d’or et d’argent. Tous ses vins sont disponibles à la SAQ. Pour information (450) 295-2763.

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Les ventilateurs

Un peu plus tard nous sommes allés visiter le Clos Saragnat à Frelighsburg, une propriété de 35 hectares sur le Mont Pinacle appartenant à Christian Barthomeuf et à sa compagne Louise Dupuis. La première surprise du visiteur est de voir les vignes pousser à la verticale autour de poteaux de bois plutôt que sur des fils de fer. Je lui ai demandé comment faisait-il pour protéger ses vignes pendant l’hiver. Nous taillons les ceps à une hauteur d’une dizaine de centimètres et nous les recouvrons d’un petit manteau de feutre, nous dit-il. Depuis le tout début Christian Barthomeuf et sa femme pratiquent une viticulture respectueuse de la nature. Ils ont deux juments pour les aider dans l’entretien du terrain; des poules et des oies ont été introduites pour éliminer les insectes et les mauvaises herbes. Ils utilisent du compost de cheval pour augmenter la force vitale du sol. Les principaux cépages cultivés sur leur vignoble sont le Vidal, le Geisenheim, le Muscat NY, le Gewurtztraminer et le Gamay.

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Christian Barthomeuf

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Vignobles aux poteaux

Il nous a fait goûter à son vin de paille oxydatif fait de Vidal et de Geisenheim élaboré en cuves inox. Le vin est élevé sur lie sans levures. Il a un goût boisé à cause des rafles. L’acidité et le sucre se combinent de façon admirable.

Nous avons aussi goûté à son Vin de glace millésime 2004, élevé sur lie sans levures commerciales et vieilli en cuves inox. Le vin a pris une couleur jaune caramel. L’acidité a fondu dans le sucre et donne un vin doux intéressant.

Christian Barthomeuf est surtout connu comme l’inventeur du Cidre de glace ce qui lui a valu des prix prestigieux. Pour information (450) 298-14 44.

Le lendemain nous avons pris la route du Lac Brome et nous nous sommes arrêtés à Brigham pour visiter le Vignoble de La Mission. Nous y avons été accueillis par les sympathique propriétaires Jean-Christophe Hirsch et son épouse Myriam Goldstein. Il est originaire de la région du Beaujolais et nous a raconté qu’il s’est installé à Brigham, émerveillé par la liberté et l’espace. iI n’a jamais eu l’intention de copier les vins de sa région natale, préférant produire des vins québécois de terroir qui respectent la nature. En six ans de travail acharné il a réussi a avoir 2000 plants de vigne qui produisent environ 20 000 bouteilles. Le but prochain du couple est d’augmenter la production à 30 000 bouteilles pour parvenir à une indépendance financière. Pour arriver à faire du vin de glace ils font sur-mûrir le raisin sur paillis et de cette façon ils en tirent environ 4 000 bouteilles.

Nous avons dégusté le Vin de Glace millésime 2008, belle robe jaune or. Arômes de pin, de coriandre, et d’abricot. En bouche l’abricot est prédominant mais il y a aussi du miel, de la pamplemousse et de la pomme verte. Beaucoup de fraîcheur et un bel équilibre entre l’acidité et le sucré. C’est un vin élégant, qui coule tout en finesse et qui a une longue finale.

Les vignes sont belles et bien entretenues. Les visiteurs peuvent faire des visites guidées et avoir une dégustation gratuite ou faire un pique-nique. Ce couple charmant vit avec ses deux filles en bas âge qui gambadent librement dans les champs. Pour information (450) 263-15 24

Nous avons fini notre périple par la visite du Domaine Les Brome, propriété de Léon Courville. Nous avons rencontré Amélie Oustau.

Le vignoble est grand, il a 70 000 plants de vigne. La production est adaptée au climat québécois : ils retardent les récoltes pour contrôler l’ensoleillement, recouvrent les vignes de filets à la fin de l’été pour empêcher les oiseaux de manger la récolte, butent les pieds de vigne à la fin de l’automne avec de la paille et les protégent avec des clôtures spéciales pour que l’accumulation de neige protège les plants du froid. La plupart des cuves inox du domaine sont carrées pour économiser de l’espace et les frais de chauffage. Leurs vins de Reserve sont vieillis en fûts de chêne et soumis au bâtonnage.

Ils produisent deux vins de glace, un dans des cuves inox et l’autre en fûts de chêne. À la dégustation nous avons remarqué la finesse et le boisé de ce dernier. Pour information (450) 242-26 65.

La route des vins a 120 kilomètres. Elle est jalonnée de haltes où on peut déguster des vins et des produits du terroir. On trouve partout de très bons restos dont les prix sont très raisonnables. Le paysage est beau et les vignobles produisent des vins qui sont d’une qualité comparable à ceux de la région du Niagara et de la Colombie Britannique. J’invite vivement mes lecteurs à prendre leur voiture et partir à la découverte de nos trésors vinicoles. Ils en seront ravis!

Roger Huet
Chroniqueur et animateur de radio
Président du club des joyeux
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À propos de l' auteur

Roger Huet - Chroniqueur vins et Président du Club des Joyeux
Québécois d’origine sud-américaine, Roger Huet apporte au monde du vin sa grande curiosité et son esprit de fête. Ancien avocat, diplômé en sciences politiques et en sociologie, amoureux d’histoire, auteur de nombreux ouvrages, diplomate, éditeur. Il considère la vie comme un voyage, de la naissance à la mort. Un voyage où chaque jour heureux est un gain, chaque jour malheureux un gâchis. Lire la suite...

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