lundi 15 juillet 2019

L’Art du vin dans la Grèce de Costa Lazaridi

Il y a peu de grands pays producteurs de vins qui soient aussi pauvrement représentés au Québec que la Grèce. Elle a une géographie riche, des climats variés, une tradition dans la production du vin plusieurs fois millénaire. En dépit de cela, lorsqu’un consommateur curieux veut acheter une bouteille de vin grec à une succursale de la SAQ les préposés le regardent avec des yeux sceptiques. Parfois, ils se souviennent que quelque part, dans l’entrepôt, ils ont vu une bouteille de vin grec. Ce qu’ils apportent le plus souvent c’est du Retsina, un vin blanc dans lequel on a fait macérer une boule de résine de pin et qui a un goût rébarbatif pour les non initiés. Le Retsina est fait avec les pires vins, et la production est insignifiante par rapport à la production grecque. En Grèce on trouve la gamme la plus variée dans les rouges et dans les blancs. Les vins de liqueur sont incomparables et les mousseux dignes des dieux de l’Olympe! Pourquoi les Québécois sommes-nous privés de tels trésors?

L’autre jour j’étais invité à une dégustation de vins de la maison Costa Lazaridi, qui avait lieu au restaurant La Queue de cheval. J’ai été accueilli par Tony Manarolis, Président de l’agence Ampelopsis et par l’œnologue Chrissa Giatra. Plusieurs de mes confrères et consœurs étaient présents. Alain Lebel des Fidèles de Bacchus qui rentrait justement d’une visite au domaine Lazaridi, nous racontait son émerveillement.

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Tony Manarolis prit la parole et nous dépeignit Kostas Lazaridis comme un homme d’exception. Milliardaire, il décide de bâtir un vignoble millionnaire à Drama, dans la Macédoine grecque. Au milieu de ses 230 hectares de vigne, il a construit un complexe vinicole d’avangarde, qui est une merveille architecturale. Il l’a doté de l’équipement le plus moderne pour la fabrication de vin et la distillation d’eau de vie. Le centre dispose de services pour accueillir les visiteurs. Près d’Athènes, le promoteur a créé un deuxième complexe de 113 000 pieds carrés qu’il a baptisé Oenotria Gi Costa Lazaridi. On y trouve un cellier souterrain, un Musée du Vin, et des facilités intérieures et extérieures pour accueillir des événements sociaux et d’entreprise.

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Chrissa Giatra, était assise à côté de moi, Elle ressemble, en plus belle, à Angelina Jolie. Elle prit la parole et nous demanda si elle pouvait s’adresser à nous en anglais. Je lui répondis que nous aimions beaucoup son accent grec quand elle parle français, et lui croquai une photo. Elle acquiesça de bonne grâce et nous expliqua que l’équipe de techniciens et de scientifiques de l’entreprise Lazaridi était unique en Grèce et que c’était le seul producteur de vins qui comptait avec les services de Michel Rolland. Le Domaine Lazaridi fait de la culture biologique et n’hésite pas à assembler des vins issus de cépages grecs et de cépages français et italiens, bien qu’il produise aussi quelques vins de monoculture.

Elle nous présenta ensuite les principales collections : L’Améthystos qui se déclinent en blanc, en rouge, en rosé et en cava. Le nom est inspiré de la pierre semi-précieuse, qui selon la légende a le pouvoir d’empêcher de s’enivrer ceux qui la portent comme amulette.

Après les Améthistos, Kostas Lazaridis a créé la série Château Julia, en honneur de sa femme. Alain Lebel nous a témoigné de sa beauté et de sa grande élégance. Les Châteaux Julia se déclinent en blanc et en rouge. En blanc avec les Charonnays de Drama et d’Adriani, l’Assyrtiko et le Sémillon. En rouge ils se déclinent en Merlot et en Refosco-Agiorgitiko.

Il y a la collection Domaine Costa Lazaridi qui se décline en blanc avec Syrah, Viognier, Viognier-Muscat et Mallagouzia-Muscat et en rouge avec Cabernet Sauvignon et Syrah.

La collection Oenotria Land, en rouge seulement, se décline en Cabernet Sauvignon, en Agiorgitiko et en Syrah-Agiorgitiko, qui porte la signature Michel Rolland.

Le Domaine Costa Lazaridi a aussi une collection de Magnums de 1,5 et de 3 litres dont les bouteilles sont peintes à la main par trois de ses artistes à domicile, Yannis Nanos, le créateur de toutes les étiquettes du domaine, Konstantinos Kesrestetzis et Diana Papadopoulou. Ces artistes expriment leur art sur chaque bouteille pour le seul plaisir des collectionneurs.

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Imad Nawani, Maître d'Hôtel au restaurant La Queue de Cheval.

Tony Manarolis nous a montré deux magnums qu’il a reçus en cadeau et qui sont des œuvres d’art.

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Légende de la photo: Tony Manarolis pointant un magnum!

Nous avons commencé la dégustation avec l’Amethystos Sauvignon blanc 2009. Belle robe jaune. Bouquet complexe de vanille, de fruits secs, de noix. Une touche minérale joyeuse et de la fraicheur qui joue avec vos papilles. Il a cinq ans de garde. (Importation privée $ 30).

On nous a servi l’Oenodea White 2009, fait de Mallagouzia et de Muscat. Robe cristalline or clair. Bouquet fleuri et fruité plein de nuances. En bouche ample, toujours fruité et minéral. Semi-sec, Longue finale élégante. (Importation privée $ 18)

Commença alors la symphonie des rouges. On nous servit d’abord l’Amethystos Red 2007, 80% Cabernet Sauvignon, 15% Merlot et 5% Agiorgitiko. Vieilli en cuves de chêne français pendant 12 mois, avant d’être embouteillé. Robe rouge foncé avec des reflets violets. Beau bouquet de fruits rouges, de cardamone et de vanille. Belle amplitude en bouche, avec des nuances de cerise et de groseille, des tanins fins, de la fraîcheur, beaucoup d’élégance. Un vin à boire jeune (SAQ 24,85).

Le sommelier nous versa de l’Améthystos Cava 2004, 100% Cabernet Sauvignon. Ce vin a maturé 18 mois en barriques françaises neuves et 2 ans en bouteilles avant d’être vendu. Robe rouge foncé, vin charnu qui laisse de belles larmes sur le verre. Nez ample, épicé, nuances de café, de chocolat, de tabac blond et de framboise. Complexe en bouche, des tanins puissants mais ronds qui tapissent vos papilles avec élégance. Belle et longue finale. Un vin qu’on peut garder jusqu’à 20 ans. (SAQ $48).

On nous a versé un Domaine Costa Lazaridi Syrah 2006. Robe rouge foncé, reflets violets. Arômes de petits fruits des bois, de violette et de lavande. En bouche ce sont les fruits qui prédominent, surtout la cerise, mais il y a aussi des saveurs de pain d’épices, de réglisse, une belle fraîcheur, des tanins ronds et bien fondus et une belle et longue finale. (Importation privée $ 35).

Le sommelier nous apporta un Château Julia Refosco-Agiorgitiko 2006, qui est un assemblage de deux cépages, l’un italien et l’autre grec. Belle robe, rouge foncé. Nez complexe de chocolat, de noix de coco, de vanille, de fruits rouges. Ample en bouche avec beaucoup de fraîcheur, des tanins fermes et une finale marquée par le boisé. C’est un vin de longue garde. (Importation privée $ 37 la bouteille, caisses de 6 bouteilles).

Pour finir nous avons goûté l’Œnotria Land Syrah-Agiorgitiko. Le raisin est vendangé lorsqu’il garde encore de sa verdeur, pour qu’il ait un caractère structuré, masculin, riche. Les peaux sont laissées longtemps en contact avec le moût pour qu’elles donnent au vin sa personnalité et sa robe rouge foncé. Ce vin a vieilli 3 ans en barrique et un an en bouteille. C’est le trésor de la gamme et il est signé Michel Rolland. Arômes de figue et de chocolat, de prunes et de vanille. C’est un vin élégant. En bouche il est rond, caressant, tout en finesse, des tanins veloutés et une longue finale à peine boisée. C’est un vin superbe dont nous avons eu l’honneur de déguster la première bouteille arrivée à Montréal. (Importation privée $ 100 la bouteille, caisses de 6 bouteilles).

Les verres ont été changés. Le banquet a commencé. L’équipe de La Queue de Cheval nous a servi deux entrées, tout d’abord un Mezze Ouzo – féta au four, olivies Kalamata, sardines marinées, tomates rôties, échalotes grillées – accompagné d’une coupe d’Améthystos Sauvignon blanc.

Chrissa Giatra leva son verre et nous souhaita «Yamas!» – bonne santé – en grec. Je lui proposai de trinquer à la manière des moines espagnols, en silence, car ils font des vœux de silence, et avec les yeux fermés… et le miracle se produisit, nous fûmes traversés par un frisson qui fut remarqué des autres convives. Tous les garçons voulurent trinquer avec Chrissa comme des moines espagnols, mais Chrissa leur répondit avec une moue fort gracieuse qu’ils devaient se conformer du «Yamas!»

On nous apporta une soupe Avgolemono : bouillon de poulet maison, riz, émulsion d’œufs et jus de citron. La conversation était festive. Les confrères et les consœurs journalistes gastronomes étaient en verbe, ils sont toujours fort spirituels.

On nous servit l’entrecôte USDA Prime, vieilli à la perfection dans les celliers de La Queue de Cheval, servi avec des rognons grillés, et une salade féta. En accompagnement, on nous versa de l’excellent Amethystos Cava 2004.

Comme dessert on nous apporta le typique : yogourt, miel grec et noix, accompagné d’un Domaine Costa Lazaridi Viognier et Muscat, un vrai délice. La Queue de Cheval a réussi un beau mariage mets et vins.

Félicitations a Tony Manarolis pour le charmant repas qui nous a permis de rencontrer Chrissa Giatra et de découvrir les trésors du Domaine Costa Lazaridi

Roger Huet
Chroniqueur
Président du Club des Joyeux

Adresses utiles :
Agence Ampelopsis : www.ampelopsiswines.com
Domaine Costa Lazaridi : www.domaine-lazaridi.gr
Queue de Cheval: (514) 390-0090

À propos de l' auteur

Roger Huet - Chroniqueur vins et Président du Club des Joyeux
Québécois d’origine sud-américaine, Roger Huet apporte au monde du vin sa grande curiosité et son esprit de fête. Ancien avocat, diplômé en sciences politiques et en sociologie, amoureux d’histoire, auteur de nombreux ouvrages, diplomate, éditeur. Il considère la vie comme un voyage, de la naissance à la mort. Un voyage où chaque jour heureux est un gain, chaque jour malheureux un gâchis. Lire la suite...

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