vendredi 18 octobre 2019

Vins de Provence, vins de fraîcheur

La presse gourmande était invitée à une dégustation de vins de Provence exprimant le terroir. Je me suis rendu au Restaurant Le Newton où j’ai été accueilli par madame Cassandre Pérusse, en représentation de la SOPEXA qui m’a présenté M. Roque Pertusa, Président du Conseil Interprofessionnel des vins de Provence.

Plusieurs de mes confrères journalistes et chroniqueurs étaient déjà au travail.

Pour situer le territoire disons qu’il se se trouve dans le Sud-est de la France en face de la Méditerranée, entre la rive gauche du Rhône et la rive droite du Var.

Le climat près de la Côte est méditerranéen, avec des étés chauds et secs et des hivers doux. Il est plus humide à l'Est, et alpin au Nord. Dans sa partie centrale et côtière où le sol est calcaire, la végétation est du type garrigue, vulnérable aux incendies. À l’Ouest et au Nord, la Provence est par contre humide et verdoyante.

Les cépages blancs les plus courants sont : le Rolle, l’Ugni Blanc, la Clairette, le Sémillon et le Bourboulenc Blanc ou Doillon.

Les cépages rouges sont : le Mourvèdre, la Syrah, le Grenache, le Cinsault, le Tibouren, le Carignan, le Cabernet Sauvignon et la Counoise.

L’histoire vinicole y est très ancienne. Ce sont les Grecs, qui 600 ans avant J.C. ont planté les premiers ceps autour de Massilia (Marseille). C’est là que les premiers vins français ont été produits.

En 1951 les vins de Provence accèdent au rang de Vins Délimités de Qualité Supérieure. À partir de 1977 ils obtiennent la classification d’Appellation d’Origine Contrôlée.

Il y a neuf Appellations d’Origine Contrôlée (AOC) provençales: Côtes de Provence, Coteaux Varois en Provence, Coteaux d’Aix en Provence, Les Baux de Provence, Coteaux de Pierrevert, Bellet, Cassis, Bandol et Palette. Les trois premières appellations représentent 95% du vin provençal. Le vignoble couvre 26 890 hectares d’où l’on tire 161 millions de bouteilles : 89% sont de vin rosé, 8% de rouge et 3% de blanc.

Un courant de sympathie a tout de suite passé entre Monsieur Pertusa et moi. Nous avons découvert par la suite que nous étions liés par la culture espagnole. Il est né en Espagne et moi j’y ai passé dix années heureuses. Je l’ai prié de s’asseoir à ma table et de déguster ensemble les quatre vins rosés qui nous étaient proposés.

Nous avons commencé par le Billette Rosé de Provence du Domaine La Gordonne. Appellation Côtes de Provence. Robe rouge clair tirant à rosé. Arôme fleuri et de fruits exotiques. Beaucoup de fraicheur en bouche. Corsé, généreux, élégant. (SAQ # 23465 - $11,80).

Monsieur Pertusa connaît bien l’histoire du Château La Gordonne. Les Romains s’y sont installés au 1er siècle avant J.C. et ont planté la vigne. Au Moyen-âge les Chartreux de la Verne exploitent le vignoble. Vers 1650 le domaine est acheté par le Conseiller Gourdon qui lui donne le nom de La Gordonne. Plusieurs propriétaires se succèdent jusqu’à la Révolution Française où l’État confisque et vend le domaine aux enchères. Il est acheté par la famille Combeau qui le revend trente ans plus tard, aux négociants de Marseille Joseph et Bernard Magnan.

En 1922 un viticulteur du nom de Grimaud fait l’acquisition du domaine mais doit le vendre à la Société Gérard et Cie en 1941. Elle est absorbée à son tour par la Société Méridionale Salinière en 1965, qui fusionne avec la Cie des Salins du Midi et des Salines de l'Est, pour finir dans le giron des Domaines Listel.

Le deuxième vin que nous avons dégusté est le Roseline Prestige 2009, Appellation Côtes de Provence. Robe claire pâle tirant à Mandarine. Arômes de fleurs provençales. En bouche semi-sec, complexe, un peu de minéralité, bel équilibre, velouté, élégant ! (SAQ # 534768 $ 15,70)

Ce vin sympathique est produit par le Château Ste Roseline qui a été autrefois un cloître médiéval.

En troisième place nous avons dégusté le Pétale de Rose 2009, Appellation Côtes de Provence. Fait de huit cépages cultivés de façon biologique. La Robe a une très jolie couleur rose pâle. Arôme charnu de fleurs : chèvrefeuille et jasmin principalement. En bouche beaucoup de fruit et légèrement minéral, avec une approche d’abord vive, qui s’adoucit et se fait caressante. Belle fraîcheur et une longue finale. (SAQ # 425496 $ 17,85)

Le domaine de 89 hectares qui produit le Pétale de Rose a été autrefois un monastère, ensuite la résidence d’été des Évêques de Toulon et porte deux noms : Château La Tour de l’Evêque et Château La Tour Sainte Anne. La propriétaire actuelle, est Madame Régine Sumeire dont la famille a acquis le château en 1958. C’est elle, qui a créé le Pétale de Rose. Son château a une fontaine magique, la fontaine aux Dauphins. On raconte que suite au départ de son époux pour la croisade, la châtelaine aurait empoisonné le puits de ses pleurs. Son chagrin aurait desséché la fontaine. Le grand-père de la propriétaire actuelle a mis fin à la malédiction en lui apportant de l’eau par gravité.

En dernier nous avons goûté le CUVÉE CLARENDON 2008, Appellation Côtes de Provence, du domaine Gavoty. Robe Rose Saumon. Le nez est une explosion de fleurs et de fruits, des fraises, des pêches, beaucoup de fraicheur, un vin jovial et charmant.

Le Domaine Gavoty est lui aussi chargé d’histoire. Il est situé sur la Via Aurelia dont on déterre encore des vestiges archéologiques, comme cette borne de l’époque de Néron qui se retrouve aujourd’hui dans le caveau du domaine. Il est dans le giron de la famille Gavoty depuis 1806. Madame Roselyne Gavoty qui était en charge de la vinification depuis 1985 dirige maintenant avec son époux, toutes les activités du domaine.

La Provence produit aussi des vins blancs agréables. La SAQ en propose deux : le Château La Tour l’Évêque 2008 et l’Orenga de Gaffory 2006. Seize vins rouges sont aussi disponibles dans les succursales SAQ; des vins pleins de fraicheur et d’harmonie. Néanmoins, pour nous Montréalais, la Provence demeure la terre des rosés. Ils nous accompagnent du printemps à l’automne et se marient si bien, lorsqu’il fait beau et chaud, avec les poissons, avec les fromages, avec les viandes blanches et rouges!

Lorsque nous nous sommes quittés, Roque Pertusa m’a dit «¡ Hasta la Vista!», ce qui veut dire que nous aurons l’occasion de le revoir.

« ¡ Hasta la Vista, Roque !»

Roger Huet
Chroniqueur
Président du Club des Joyeux
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À propos de l' auteur

Roger Huet - Chroniqueur vins et Président du Club des Joyeux
Québécois d’origine sud-américaine, Roger Huet apporte au monde du vin sa grande curiosité et son esprit de fête. Ancien avocat, diplômé en sciences politiques et en sociologie, amoureux d’histoire, auteur de nombreux ouvrages, diplomate, éditeur. Il considère la vie comme un voyage, de la naissance à la mort. Un voyage où chaque jour heureux est un gain, chaque jour malheureux un gâchis. Lire la suite...

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