jeudi 26 janvier 2023

Chronique du Festival sur le Café Ferreira

Le Festival Montréal en Lumière a été conçu par une élève géniale de l’Institut du tourisme et de l’hôtellerie du Québec (ITHQ) qui dans un projet de cours imagina un événement ludique qui pourrait faire travailler les établissements hôteliers et les restaurants de Montréal, pendant la période creuse de l’hiver. Ce projet a énormément plu aux professeurs et aux autorités de l’ITHQ qui ont cherché la manière de le réaliser. À sa onzième édition il fait partie de l’hiver montréalais, et c’est un événement gastronomique majeur dans cette grande ville ouverte sur le monde.

Le Festival Montréal en Lumière c’est bien des choses à la fois, tout d’abord c’est la Fête de la Lumière, avec des spectacles qui font briller la ville de mille feux. Il y a une Nuit blanche le samedi 27 février qui, à elle seule compte 175 activités gratuites de scène, de contes, et de musique, avec des navettes et un métro ouvert toute la nuit pour les Montréalais et les visiteurs.

Le volet gastronomique anime les restaurants montréalais du 18 au 28 février. Chaque année la tradition veut qu’il y ait deux pays ou régions du monde invitées. Le Portugal est le grand invité d’honneur pour 2010, avec une délégation des 20 meilleurs chefs et de 18 grands producteurs de vins et de portos qui nous font découvrir un Portugal exquis et de prestige.

La Nouvelle Orléans, est l’autre vedette culinaire qui est présente avec six chefs pour nous faire savourer la mythique cuisine de la Louisiane.

Le festival est aussi l’occasion de découvrir les produits québécois. Les Cantons-de l’Est nous apportent leurs meilleurs produits, tout comme les fromagers artisans du Québec qui tiennent une sorte de foire au Complexe Desjardins et au Marché Jean-Talon et une soirée découverte le 27 février à l’Hôtel Hyatt Regency.

J’ai été à la conférence de presse qui s’est tenue dans les locaux du restaurant Ferreira Café, le 18 février. Carlos Ferreira, le défenseur de la gastronomie portugaise à Montréal est un des organisateurs qui a réussi à faire venir les chefs et les producteurs des vins à Montréal. Il accueille dans son restaurant le Président d’honneur, Monsieur Fausto Airoldi.

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Roger Huet et Paulo Ferreira du Café Ferreira

Nous étions une dizaine de journalistes, quelques photographes, Madame Germaine Salois, Directrice des Plaisirs de la Table, Mme. Mimi Vallée et M. Jean François Demers, conseiller spécial et porte-parole du Festival, il y avait également notre ami Samy Rabbat l’éditeur de l’incontournable site du monde de la gastronomie du même nom. Le chef Airoldi nous a impressionnés par sa vision sereine de la cuisine portugaise. Il défend une cuisine contemporaine authentiquement portugaise, sans compromis sur les saveurs, n’employant que des produits de grande qualité et avec une présentation impeccable de chaque mets. Contrastant avec la personnalité posée du grand Chef Airoldi, le bouillonnant producteur Dirk Van Der Niepoort, nous a entrainés dans son monde de Portos et surtout des vins du Douro.

Dirk appartient à une famille de négociants de Porto d’origine hollandaise, installée au Portugal depuis deux siècles. Après des études en économie en Suisse, il a travaillé pendant une année à Nappa Valley et est rentré à son Portugal natal avec la tête pleine d’idées. Il réussit à convaincre sa famille d’investir dans l’achat de deux vignobles dans le Douro, et décide de produire son propre vin. Son idée est que le vignoble portugais est extrêmement varié et qu’il faut le garder et l’utiliser tel quel. Dans ses seules terres de Quinta de Napoles et de Quinta do Carril il trouve près d’une centaine de variétés de vignes presque toutes centenaires. Il se lance le défi de produire un vin de qualité avec ces cépages. Au début c’est un échec, Dirk dit que le vin c’est comme apprendre l’anglais : parler c’est facile, mais la maîtrise est difficile. Sa première production donne un vin robuste mais non commercialisable. Il se trouvait en Australie et téléphone à son père pour savoir comment est le vin. Son père lui répond : «c’est de la m…» Il a déjà distribué les trois quarts de la production aux travailleurs comme vin de table. Dirk ne se décourage pas, il s’adjoint un excellent œnologue et recommence.

Faire des grands vins avec l’assemblage de dizaines de cépages tient du grand art. En quelques années, il faut le reconnaître, le vin de Dirk Van Der Niepoort est devenu bon, même très bon. Certains millésimes sont excellents, comme le Charmes 2000, le Batuta 2004. Je réclame à goûter le Charmes 2000, Dirk n’en a pas, mais il se lève et va nous chercher de derrière les fagots deux bouteilles de Batuta 2004. Nous sommes une dizaine de journalistes et de chroniqueurs de vins et il nous impressionne vraiment. Le Batuta est fait de 90 cépages et il est incroyablement bon!

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Le chef Marino Tavarez et l'auteur de ces lignes, Roger Huet

Monsieur Ferreira nous fait servir en prémices certains plats des Dîners du Président d’honneur Fausto Airoldi. Délicieux! Je me réjouis d’autant plus que je couvrirai un dîner en tant que chroniqueur. Je tiens à signaler l’impeccable service de Jennifer.

Nous nous séparons, heureux et satisfaits, comme il se doit. Les deux objectifs de la cuisine sont pleinement atteints.

Le dimanche suivant, je me représente au Ferreira Café pour souper, en compagnie de ma fille. Le restaurant est plein, les gens sont joyeux. Nous sommes aimablement reçus par M. Paulo Ferreira, qui nous guide à notre table.

Un service impeccable nous sera assuré toute la soirée par l’élégant Phillip.

En premier service, on nous a verse un Niepoort Porto Blanc dont la jolie robe or tire vers le caramel. Ce Porto est un assemblage de vins faits de raisins blancs qui ont vieilli trois ans en fûts de chêne. Arômes de noix et de noisette. Le temps de prendre une gorgée et on nous déposait un plat de pétoncles grillés, compote de tomates et d’oignons, huile d’olive et Moscatel de Setibal. Un excellent mariage.

En deuxième service on nous apporte une soupe aux poids froide avec chantilly à la menthe et croustillant de jambon porco preto fumé, accompagné d’un Niepoort Redoma Blanc, Reserva 2008. Les Rédoma sont produits depuis 1991. Le Reserva 2008 a une belle robe couleur paille. Nez fleuri de jasmin, de citronnelle et de pamplemousse. Acidité bien équilibrée, beaucoup de fraicheur. Au goût une approche généreuse, complexe, minérale, goyave, amarante. Un autre beau mariage.

En troisième service on nous présente un plat de morue fraîche, pochée à l’huile d’olive, avec mousse de pommes de terre, miel et amandes grillées.

Le vin d’accompagnement était le même, qui va également très bien avec le poisson.

En quatrième service on nous apporte un Mérou grillé avec légumes verts à la vapeur, accompagné d’un Niepoort Vertente 2007, un bon vin rouge à la robe foncée, bonne concentration et belle texture. Acidité présente mais aussi une belle fraicheur.

En cinquième service nous avons eu du porc sauté à la coriandre et croûte de piments séchés sur pain grillé surmonté de palourdes Bulhao Pato, ce qu’en version plus rustique on appelle Porco à l’Alentejado. Il était accompagné d’un délicieux Niepoort Charme 2007. Belle robe rouge cerise foncée. Nez fait tout en harmonie, avec des touches de vanille et de cacao. Des tanins présents mais veloutés et élégants. Un peu épicé, également fruité, une longue finale très agréable.

Nous avons terminé le repas avec une crème renversée d’Estremoz, aux agrumes d’Algarve et salade de fleurs pour ma fille et un bouquet de sorbets pour moi, avec un Nieport Colheita 1995. qui est un excellent Porto vieilli en barrique au moins sept ans et généralement plus. Il avait une teinte foncée rouge fauve, des tons de noisette et de vanille très présents à cause de son vieillissement en tonneaux de bois. Il se mariait à merveille avec nos desserts.

sorbets au ferreira

Avant de partir j’ai eu la chance d’échanger avec le célèbre chef copropriétaire Marino Tavarez à qui j’ai demandé où se situait sa cuisine face à la cuisine fusion et à la cuisine moléculaire. Voici sa réponse : «Nous tenons à demeurer une la cuisine traditionnelle portugaise, avec les saveurs authentiques de chaque produit dans l’assiette. Nos produits sont déjà très goûteux. Nous ne voulons pas puiser dans des cuisines exotiques des goûts qui se marieront finalement mal avec les nôtres. Et quoique nous nous affirmons comme une cuisine moderne, nous ne voulons pas nous livrer à la fantaisie de la cuisine moléculaire où le consommateur a besoin qu’on lui explique chaque mets qu’il mange et en sortant de table il a encore faim.»

Les paroles du chef Tavarez serviront de conclusion à ma chronique.

À propos de l' auteur

Roger Huet - Chroniqueur vins et Président du Club des Joyeux
Québécois d’origine sud-américaine, Roger Huet apporte au monde du vin sa grande curiosité et son esprit de fête. Ancien avocat, diplômé en sciences politiques et en sociologie, amoureux d’histoire, auteur de nombreux ouvrages, diplomate, éditeur. Il considère la vie comme un voyage, de la naissance à la mort. Un voyage où chaque jour heureux est un gain, chaque jour malheureux un gâchis. Lire la suite...

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