mardi 23 octobre 2018
Le Raspipav a le vent dans les voiles

Le Raspipav a le vent dans les voiles

Entrevue avec Benoît Lecavalier, président du Raspipav

À l’occasion du Salon des vins d’importation privée qui se tiendra les 27, 28 et 29 octobre prochains à Montréal et le 30 octobre à Québec, j’ai obtenu une entrevue avec Benoît Lecavalier, président du Regroupement des agences spécialisées dans la promotion des importations privées des alcools et des vins, mieux connu sous le nom de Raspipav.

ROGER HUET — Qui êtes-vous, Benoit Lecavalier?

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BENOIT LECAVALIER — Ma famille est enracinée à Montréal depuis 1693. Mon grand-père maternel était restaurateur à Montréal et mon grand-père paternel était cultivateur à Saint-Laurent. J’ai toujours cru que bien manger et de manger des produits frais étaient la base d’une vie saine. Nous étions et sommes toujours, une famille très unie. Mes parents nous ont élevés, mon frère Patrick et moi, à nous dépasser tant au niveau scolaire que sportif, à respecter ceux et celles qui nous entourent, à aider les autres, et à profiter des moments que la vie nous apporte.

ROGER HUET — Parlez-nous de votre parcours académique.

BENOIT LECAVALIER — J’ai été choyé (mais je le méritais…), car j’ai fréquenté quatre grandes écoles qui m’ont amené là où je suis.

J’ai gradué au secondaire au Collège des Eudistes du quartier Rosemont en 1986 (maintenant le Collège Jean-Eudes), ensuite j’ai obtenu un diplôme d’études collégiales en administration au Collège Marie-Victorin à Montréal. J’ai fait mon BAA à HEC Montréal et ma scolarité de maîtrise en économie internationale, option commerce, à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. C’est là qu’est née ma passion pour le vin.

ROGER HUET — Comment a germé l’idée de fonder une agence de vins?

BENOIT LECAVALIER — J’ai passé presque trois ans à Paris comme étudiant à parcourir la France, l’Espagne et le Portugal, avec un objectif bien précis: pouvoir commercialiser éventuellement au Québec des vins de petits producteurs authentiques et très réputés dans leur appellation, mais trop petits pour faire de la publicité dans les grands magazines pour se faire connaitre ailleurs. Dans les années 80-90 au Québec, il y avait beaucoup de vin de négoce et de très gros producteurs, et j’y avais vu une occasion de proposer des vins d’artisans de très grande qualité à la clientèle du Québec.

ROGER HUET — Avez-vous commencé à travailler dans l’importation privée avant même la fondation du Raspipav?

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BENOIT LECAVALIER — En 1998, quand j’ai créé l’Agence Benedictus avec ma femme Karine Bouchard, l’importation privée n’était pas très en vogue. Notre travail comme agent consiste à élaborer des stratégies commerciales pour obtenir des référencements en spécialité ou en régulier avec la SAQ et une fois obtenus, il fallait (et il faut toujours…) travailler sur le terrain et promouvoir le produit. Ça m’a pris cinq ans pour pouvoir en vivre! Ce sont les vins de spécialité SAQ qui ont créé ce qu’est aujourd’hui Benedictus. Et c’est dans les années 2000, avec les services de la SAQ, que nous avons décidé de faire venir des vins en importation privée. Nos fournisseurs, lors de leurs visites au Québec, présentaient, en plus de leurs vins vendus à la SAQ, d’autres vins de leur gamme. Les fournisseurs sont très heureux de venir promouvoir leurs produits au Québec et les demandes des restaurateurs pour avoir une gamme plus large du même fournisseur ne cessaient d’augmenter. Les restaurateurs choisissent leurs fournisseurs de vins comme ils choisissent leurs fournisseurs de viandes, de poissons, de légumes, de fruits. La variété et la constance dans la qualité sont les facteurs déterminants.

ROGER HUET — Sans négliger la distribution de la SAQ, puisque vous êtes très présent avec vos produits dans les succursales, vous êtes quand même un des leaders de l’importation privée. Qu’est-ce qui vous attire tant dans ce type de négoce?

BENOIT LECAVALIER — C’est la complémentarité avec la gamme de produits vendus dans les magasins SAQ. L’importation privée est payante pour la SAQ, car les produits importés sont aussi assujettis aux mêmes taxes et marges bénéficiaires que les produits vendus en magasins SAQ. Ce qui est attirant en importation privée, pour les agences de vins, c’est la flexibilité que la SAQ offre aux agences de vins d’importer des produits sélectionnés par ces agents et de les vendre à quiconque au Québec désire ces produits. C’est souvent le cas pour les restaurateurs, mais les particuliers en demandent de plus en plus

ROGER HUET — Quand ont débuté les importations privées au Québec?

BENOIT LECAVALIER — L’importation privée existe depuis toujours au Québec, mais son essor a commencé dans les années 2000, après la grève. Elle s’est popularisée dans les années 2010 lorsque la SAQ a fait sauter un règlement qui exigeait que pour faire de l’importation privée, il fallait être un agent accrédité par la SAQ et avoir au moins un produit actif dans le réseau des magasins SAQ. Quand je suis devenu agent, il y avait 76 agences au Québec; maintenant, il y en a presque 500.

ROGER HUET — Comment a germé l’idée du Raspipav et qui étaient ses fondateurs?

BENOIT LECAVALIER — Le Raspipav est né avec l’idée commune de quelques agences de vins, de faire ensemble un grand salon des vins, authentique et innovateur, essentiellement constitué de vignerons travaillant en culture raisonnée, biologique, biodynamique et en nature. Le premier président a été Alain Rochard, de l’Agence Plan Vin. Les membres cofondateurs sont Pierre Birlichi, de Raisonnance, Jean-Philippe Lefebvre, de Rezin, Francis Martin, du Maitre de Chai, André Papineau, de Vinealis ainsi que moi, Benoit Lecavalier, de Benedictus.

Le Raspipav regroupe, à l’heure actuelle, 49 agences avec chacune leurs spécificités.

ROGER HUET — Quels ont été les combats importants du Raspipav?

BENOIT LECAVALIER — Ils sont nombreux; rappelons les plus importants: le fameux permis d’alcool pour servir durant les dégustations et les salons des vins, l’amélioration du système électronique des commandes privées de la SAQ, la reconnaissance des ventes de produits d’importation privée dans les succursales SAQ qui les reçoivent, l’augmentation des succursales SAQ autorisées à recevoir les commandes d’importation privée, sans oublier la vente à l’unité, car vendre en caisse pleine, ce n’est pas évident pour les consommateurs.

ROGER HUET — Vous avez été nommé président du Raspipav en mai dernier. Quels sont vos projets immédiats face à la Régie des alcools, des courses et des jeux et à la Société des alcools du Québec?

BENOIT LECAVALIER — Poursuivre nos démarches avec la RACJ pour réduire les frais reliés au permis de réunion. Poursuivre nos démarches avec la SAQ pour avoir droit à des échantillons à moindre coût. Poursuivre nos démarches avec la SAQ afin de pouvoir vendre les vins d’importation privée à l’unité et en caisse panachée.

ROGER HUET — Combien représentent actuellement les importations privées en comparaison avec les vins importés par la SAQ?

BENOIT LECAVALIER — Seulement 5%, mais le secteur de l’importation privée a la plus forte croissance des ventes à la SAQ. Sur les 3 milliards de dollars, les ventes d’importation privée sont approximativement de 150 millions, avec un taux de croissance de plus de 15% par année. Au début des années 1990, les ventes représentaient 5 millions.

ROGER HUET — Croyez-vous à une privatisation de la Société des alcools du Québec et quelles seraient les conséquences pour l’importation privée?

BENOIT LECAVALIER — Le Raspipav ne croit pas en la privatisation. Le système actuel n’est pas parfait, mais il y a beaucoup plus d’éléments positifs que négatifs. Nous souhaitons permettre aux Québécoises et aux Québécois, ainsi qu’aux restaurateurs et aux agences de vins, de pouvoir se procurer à l’unité les produits d’importation privée. Les ventes de produits d’importation privée qui passent par les succursales de la SAQ (à remettre aux clients) sont reconnues comme une vente interne à ce magasin. En collaboration avec la SAQ, des comités sont formés pour discuter, entre autres, de ce sujet.

ROGER HUET — Quel est le travail d’une agence promotionnelle en importation privée?

BENOIT LECAVALIER — Le travail principal d’un agent promotionnel est de représenter légalement et commercialement les producteurs de vins, de bières et de spiritueux, de promouvoir leurs produits auprès de la clientèle potentielle du Québec. Je dis bien potentielle, car les vins d’importation privée sont aussi des vins de niche ou d’exclusivité pour des clients spécifiques. La SAQ est le plus gros client potentiel pour un fournisseur.

Tout passe par la SAQ. Même les importations privées sont vérifiées et contrôlées au moment même de passer la commande. Et c’est bien ainsi! Cela permet un contrôle absolu sur la qualité et les prix qui seront revendus au détail.

Je sors un peu du sujet, mais plusieurs pensent que la SAQ a les prix les plus élevés, croyez-moi que non! Quand vous pensez à tous les services qui accompagnent le produit, aucun autre réseau au monde ne peut se vanter d’avoir des employés aussi qualifiés ayant une connaissance générale sur à peu près toutes les appellations du monde.

ROGER HUET — Le Raspipav organise plusieurs salons de vins au Québec; pouvez-vous nous en parler?

BENOIT LECAVALIER — Notre force, comme regroupement, est la variété de produits offerts en importation privée dans les salons de vins et les événements que nous organisons: le Jugement de Montréal, un concours de vin reconnu par l’OIV avec une nouvelle thématique à chaque édition; le Salon des vins d’importation privée qui a lieu chaque automne à Montréal et à Québec, ainsi que le Salon Printemps DézIPpé, sans oublier nos projets sur la table à dessin.

Dans tous nos salons et événements, de nombreux producteurs y participent, et ce, pour le plus grand plaisir des amateurs.

ROGER HUET — Quand aura lieu la prochaine édition du Salon des vins d’importation privée?

BENOIT LECAVALIER — La 11e édition du Salon des vins d’importation privée, présenté par la SAQ, aura lieu du 27 au 30 octobre 2018 à Montréal et à Québec.

À Montréal, au Marché Bonsecours les samedi 27 octobre et dimanche 28 octobre pour le grand public, de 12h à 19h. La journée du 29 octobre est réservée aux professionnels, de 12h à 18h. À Québec, au Terminal de croisière de l’Espace Dalhousie, le mardi 30 octobre, de 12h à 17h pour les professionnels et de 17h à 21h pour le grand public.

Le forfait d’admission, d’une valeur réelle de 30$, est offert en prévente en ligne au coût de 25$ jusqu’au 26 octobre. Il comprend une entrée, un verre pour les dégustations et 15 coupons de dégustation. À la porte, le forfait d’admission est offert au prix de 30$. Pendant la visite du Salon, les visiteurs pourront se procurer des coupons de dégustation au coût de 1$ l’unité.

ROGER HUET — Combien d’agences seront présentes, et avec combien de produits?

BENOIT LECAVALIER — Le Salon des vins d’importation privée accueillera 42 agences qui proposeront plus de 1000 produits en dégustation et dont la plupart seront disponibles à la vente à l’unité.

ROGER HUET — Attendez-vous également beaucoup de producteurs de vins?

roger raspipav vignerons raspipavVignerons présents au salon

BENOIT LECAVALIER — Bien sûr! C’est notre force! Le salon des vins du Raspipav est le plus important salon des vins de vignerons artisans au Canada! Nous avons chaque année près de 150 vignerons du monde entier qui viennent et qui aiment venir au Québec pour faire découvrir leurs produits

ROGER HUET — Est-ce que les amateurs de vins pourront en acheter et sous quelles modalités?

BENOIT LECAVALIER — Pendant la durée du Salon des vins d’importation privée, la SAQ nous permet de vendre à l’unité les vins sélectionnés par les agences exposantes.

Le fonctionnement est simple :

  1. Dégustation
  2. Commande des produits directement auprès de l’agent sur un bon de commande SAQ
  3. Paiement sur place au comptoir SAQ
  4. Livraison: pour tout achat de 75$ et plus, la livraison est offerte gratuitement dans les succursales SAQ; pour les achats de moins de 75$, la livraison en succursale est offert au coût de 6$ plus taxes; pour les commandes livrées à domicile, les frais sont de 12$ plus taxes.
  5. Les produits commandés au Salon seront livrés avant le 1er décembre.

ROGER HUET — En dehors des salons, est-ce que les particuliers peuvent commander des vins d’importation privée?

BENOIT LECAVALIER — Les vins d’importation privée sont disponibles en tout temps pour tout le monde, restauration et individu. Les vins sont obligatoirement vendus en caisse pleine. La vente à l’unité, c’est seulement durant les quatre jours du salon des vins d’importation privée.

ROGER HUET — Merci de m’avoir accordé cette entrevue.

BENOIT LECAVALIER — Ce fut un grand plaisir, merci pour l’invitation, et au plaisir de vous accueillir au Salon des vins d’importation privée, à Montréal et à Québec!

Liens :

Raspipav. Les spécialistes de l’importation privée
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Roger Huet
Chroniqueur vins et spiritueux
Président du Club des Joyeux
SamyRabbat.com
LaMetropole.com
Touristica.ca

À propos de l' auteur

Roger Huet - Chroniqueur vins et Président du Club des Joyeux
Québécois d’origine sud-américaine, Roger Huet apporte au monde du vin sa grande curiosité et son esprit de fête. Ancien avocat, diplômé en sciences politiques et en sociologie, amoureux d’histoire, auteur de nombreux ouvrages, diplomate, éditeur. Il considère la vie comme un voyage, de la naissance à la mort. Un voyage où chaque jour heureux est un gain, chaque jour malheureux un gâchis. Lire la suite...

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