jeudi 13 juin 2024

Jeanjean, la qualité des vins du Sud

Je viens de lire le livre Vigne et vin en Languedoc-Roussillon de Maurice Jeanjean, qui traite de l’évolution du vignoble de cette région entre 1850 et 2006 et où il raconte l’histoire de sa propre famille, vigneronne, vinificatrice et négociante en vins.


Son ancêtre Étienne apparaît dès le 18e siècle dans les registres de Saint-Felix de Lodez, au nord-ouest de Montpellier. Maurice-Jean sera le premier à faire rentrer la famille dans le commerce en ouvrant une auberge où il vend et troque du vin.  Son fils, Étienne-Maurice Jeanjean est un personnage rigoureux et dynamique. On le surnomme le ‘père la minute’. «Il aurait sauté du balcon du premier étage dans la rue, estimant que le détour par l’escalier constituait une perte de temps» Des gens de cette trempe ne pouvaient que réussir. C’est lui qui commence le négoce du vin à partir de son auberge où il proposait à la vente les vins que les commerçants venaient déguster. Sa production ne suffisant pas à la demande, il commence à acheter et à vendre les vins des autres producteurs. Son fils, Maurice-Vincent, surnommé le barriquailleur va continuer à élargir son réseau et fournira ses clients au Massif Central et ira jusqu’au Lyonnais grâce au chemin de fer. Comme le phylloxéra fait des ravages dans le Languedoc, il se voit contraint même de faire venir du vin d’Espagne à un certain moment. 

Les vins du Languedoc titraient souvent 7% d’alcool, on avait pris l’habitude de les couper avec du vin algérien pour augmenter la teneur. Dans les années qui ont précédé la Première Guerre Mondiale,  le vin algérien sature le marché et provoque la chute des prix et la révolte des vignerons du Sud. Une nouvelle réglementation veille à un meilleur contrôle de la qualité. Maurice Vincent et son fils Maurice-François qui se joint à lui décident d’ouvrir un magasin en 1911 pour mieux répondre à la demande. À la mort de son père en 1912 Maurice François de barriquailleur devient commerçant en gros.  

La Première guerre mondiale amène une pénurie de vin. Les jeunes viticulteurs partent à la guerre. Les vignes ne produisent plus et l’armée envoie des grandes quantités de vin au front pour soutenir les troupes. Maurice François est mobilisé au début de la guerre et confie son entreprise à sa mère, à sa femme et à son comptable. Il ne sera démobilisé qu’en 1919. Les camions citernes apparaissent après la guerre. Maurice-François en dote son entreprise de deux. «Il devient négociant expéditeur. Il sélectionne le vin, le collecte, le traite, le vend et réalise l’expédition auprès du négoce distributeur, les marchands de vins qui approvisionnent les détaillants. » Paul Jeanjean vient seconder son père en 1925 et lorsqu’il se marie en 1929, son père l’associe en créant l’entreprise Maurice Jeanjean et fils.

À la veille de la Deuxième guerre, des trains complets de wagons-citernes sont chargés avec les vins de la maison Jeanjean à Rabieux et envoyés à la Gare de Bercy dans la région parisienne. En 1936, Maurice-François et Paul achètent deux propriétés : le Mas d’Artémon et le Mas de Lunès, dans les garrigues d’Aumelas qui inclut le Mas d’Encoste et le Château Valoussière. En 1945 ils vendent le Mas d’Artémon pour se concentrer dans le développement vinicole du Mas de Lunès. Paul prend les destinées de la maison après la guerre. Le commerce du vin évolue avec la multiplication des caves coopératives qui vinifient et commercialisent le vin de leurs membres et l’apparition des négociants de l’extérieur de la région qui viennent s’approvisionner directement chez les producteurs. Paul Jeanjean s’adapte, fidélise sa clientèle et ouvre deux magasins de vente au détail à Montpellier et il associe au commerce son fils Hugues qui démarche inlassablement les clients. Un peu plus tard Bernard le deuxième fils de Paul commence à travailler dans l’entreprise et après son service militaire en Algérie, on l’associe à la commercialisation.  Paul divise le territoire en deux confiant à chacun de ses fils une partie. Hugues et Bernard voient une possibilité de développement dans le transport du vin et créent la Société des Transports Lodéziens.  Ils prennent en main la maison Jeanjean au décès de leur père en 1965. La consommation du vin a beaucoup baissée en France.

Les vins d’Algérie sont et pour 10 ans encore un fléau. S’il veut survivre, le Languedoc Roussillon  doit se tourner vers une production plus réduite et plus qualitative. La Communauté européenne admet des nouveaux grands joueurs dans le monde du vin, l’Italie, l’Espagne, le Portugal et la Grèce. Le consommateur veut consommer moins et mieux. La Maison Jeanjean emboite le pas. «Entre 1965 et 2005 le Languedoc-Roussillon  a connu une véritable révolution dans toute la filière du vin». «Géographiquement le vignoble s’est replié sur les coteaux, gagnant des milliers d’hectares à la garrigue et abandonnant la plaine à d’autres cultures». La concurrence des vignobles du Nouveau Monde apparaît bientôt comme une menace. La guerre commerciale se joue dorénavant à l’échelle du monde.

Lorsqu’Hugues et Bernard Jeanjean arrivent aux commandes de la maison, ils ont une expérience de 10 ans et vont lui donner un élan dans tous les domaines. La politique de l’entreprise s’organise autour de trois créneaux : le négoce dans la tradition de la Maison Jeanjean, la commercialisation des vins des domaines et châteaux, rigoureusement sélectionnés, et la commercialisation des vins des  domaines Jeanjean. En 122 ans l’entreprise n’a jamais connu un seul exercice déficitaire. Pour assurer la pérennité de l’entreprise ils vont entrer en Bourse en 1994 et se capitaliser. Forte  de ses nouvelles ressources Jeanjean SA prend le contrôle de la Société Ogier, négociant en vins à Châteauneuf-du-Pape. Elle s’implante à Cahors en 2003 avec le rachat de la maison Rigal, elle confirme sa présence en Provence par un accord conclu avec la famille Gassier, la même année. En 2005 c’est le tour de la grande maison Cazes du Roussillon de rejoindre le groupe et en 2006, Jeanjean reprend les propriétés du groupe Antoine Moueix et Lebegue qui possède des châteaux prestigieux en Saint-Emilion, Bordeaux Supérieur, Fronsac et Haut Médoc. Finalement, en janvier 2010, la fusion entre JEANJEAN SA et LAROCHE SA aboutit à la création d’ADVINI qui se positionne dès lors en leader français des vins de qualité.

Parallèlement à son développement dans le commerce du vin, la Maison Jeanjean a toujours tenu à développer des activités vigneronnes en propre. Ils ont décelé des terroirs d’exception : le Mas de Lunès et le Devois des Agneaux, achetés en 1936, le Domaine Le Pive dans les Sables-du-Golfe-du-Lion, qu’ils achètent en 1991, le Domaine de Fenouillet en 1993 qui est une appellation Faugère , le Mas Neuf acheté en 1994 appellation Muscat de Mireval, et le Mas Rouge acheté en 1997qui jouxte le Mas Neuf. Ces propriétés précieuses, sont confiées à la gestion des femmes de la maison, Brigitte Jeanjean  et sa sœur Elizabeth Jeanjean.

Brigitte Jeanjean connaît bien le Québec puisqu’elle a obtenu un MBA d’administration des affaires à l’UQAM et a travaillé quelque temps pour Hurricana la course des motoneiges. Rentrée en France depuis 1993, elle s’occupe de ces six vignobles en propriété de la Maison Jeanjean,  qui ont des terroirs différents et représentent 350 Ha de vignes.

J’ai dégusté quatre vins de la Maison Jeanjean, dont deux du domaine Devois des Agneaux. En Occitan Devois désigne un pâturage, et celui-ci était un endroit où allaient brouter les moutons.

roger jeanjean sr


Le Devois des Agneaux est formé de 3 terroirs : dans la vallée, à 150 m d’altitude, il y a de de l’argile blanche où ils cultivent le raisin pour les vins blancs, ensuite il y a de l’argile à galets roulés où il font un vin qui s’appelle le Mas de Lunès. Finalement dans les coteaux à une altitude de 220 mètres en calcaire dur,  ils font le Devois des Agneaux rouge. Le climat méditerranéen permet une maturation harmonieuse des raisins et donne des vins avec du caractère.

Le Devois des Agneaux D’Aumelas 2011 blanc, appellation Coteaux du Languedoc, 12,5% d’alcool. Roussanne 70% et Marsanne 30%.
Très belle robe dorée. La Roussanne  lui donne des arômes, d’abricot, de miel et un soupçon de poire, tandis que la Marsanne lui apporte des parfums floraux d’aubépine, de chèvrefeuille, de jasmin et de fruits : pêche, coing, agrumes et noisette.
En bouche, on ressent une jolie fraîcheur. C’est un vin rond, gourmand et complexe dont la dégustation se termine en une longue finale fruitée et vanillée.  Il exprime le terroir languedocien avec beaucoup d’élégance. Délicieux avec des poissons en sauce et des poissons en croûte de sel. Parfait avec des fromages savoureux comme le comté, le gruyère de grottes, accompagnés de noisettes. Il faut le servir autour de 11°C.
Le Devois Des Agneaux D'Aumelas 2011 blanc est disponible à la SAQ, code 10507235.  Prix 22 $.

J’ai ensuite dégusté le Desvois des Agneaux D’Aumelas, 2011,  rouge. Appellation Coteaux du Languedoc. À partir du millésime 2012 cette appellation sera uniquement Languedoc. Les vignoble est en plein milieu de la garrigue et s’appelle les Collines de l’Amour.

Élevage en barrique neuve de chêne pendant 12 mois. Robe d’un rouge intense. Des arômes de garrigue de thym, de romarin, les fruits rouges aussi : la mûre, la myrtille, la framboise.
En bouche c’est un vin puissant avec du caractère. Les tanins sont charnus, il a une belle acidité. Un vin complexe, bien charpenté mais très équilibré et qui reste soyeux. Une finale persistante et agréablement épicée.

Il se marie parfaitement avec un civet de lièvre, une daube, du gibier et des fromages un peu forts comme le Roquefort. Le servir autour de 17°C.

Le Devois Des Agneaux D'Aumelas 2011 rouge est disponible à la SAQ, code 00912311 Prix 21,15 $

J’ai aussi dégusté le Pive Gris 2013, IGP Sable de Camargue, 30% Grenache Gris, 30% Grenache Noir, 30% Merlot et 10% Cabernet Franc, 12% d’alcool. Un superbe vin rosé qui provient du Mas de Pive dans les Sables-du-Golfe-du-Lion, certifié Agrobiologique. Le terroir est fait de sable fin du littoral de la Camargue.

De la récolte à la mise en bouteille, la fraîcheur aromatique fait l’objet de toutes les attentions. Récolte des raisins de nuit, éraflage et pressurage en atmosphère contrôlée. Fermentation en cuve inox à basse température et assemblage avant l’embouteillage. Sa robe rose pâle est magnifique. Des arômes fruités complexes où l’on retrouve tout autant des fruits rouges en nuances, des fruits exotiques également, comme le fruit de la passion et la banane. En bouche une attaque franche, avec une bonne acidité mais qui s’arrondit avec gourmandise, on retrouve le goût des fruits perçus au nez. Moyennement long en fin de bouche mais très gourmand qui donne envie de prendre un deuxième verre. À déguster à l’apéritif frais, autour de 6°C, délicieux également avec des salades, du homard, des sushis,  du poisson, et du porc épicé. Excellent également avec une assiette de fromages. En accompagnement de repas il gagnera à être servi autour de 9°C.

Le Pive Gris 2013, IGP Sable de Camargue rosé, est disponible à la SAQ, code 11372766 Prix $ 15,70.

J’ai finalement dégusté l’Ormarine 2013, Picpoul de Pinet, appellation Coteaux du Languedoc. 100% Picpoul, 12,5% d’alcool.

Robe jaune clair à reflets verts. Arômes de chèvrefeuille, de fruit de la passion, et de citron vert.
Ample en bouche, frais et fruité, sec et d’une grande finesse. Compagnon parfait pour les fruits de mer, les crustacés et les poissons. À servir autour de 8°C.

l’Ormarine, Picpoul de Pinet 2013 est disponible à la SAQ code 00266064  Prix 13,50 $

Liens :
http://www.jeanjean.fr/
http://www.advini.com/fr/
Représentés au Québec par :
Select Wines

Becky Caissie   Public Relations Manager
Ph: +1 877 796 9463 Ext.53
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Pour information:
Nadya Bilodeau  
514 272 4343  ext  221
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Source:

Maurice Jeanjean
Vigne et vin en Languedoc Roussillon
L’histoire de la famille Jeanjean
1850-1906
Éditions Privat.

Roger Huet
Chroniqueur vins
Président du Club des Joyeux
Samyrabbat.com
LaMetropole.com


À propos de l' auteur

Roger Huet - Chroniqueur vins et Président du Club des Joyeux
Québécois d’origine sud-américaine, Roger Huet apporte au monde du vin sa grande curiosité et son esprit de fête. Ancien avocat, diplômé en sciences politiques et en sociologie, amoureux d’histoire, auteur de nombreux ouvrages, diplomate, éditeur. Il considère la vie comme un voyage, de la naissance à la mort. Un voyage où chaque jour heureux est un gain, chaque jour malheureux un gâchis. Lire la suite...