dimanche 20 juin 2021
Soju : un pont entre les générations

Soju : un pont entre les générations

Le soju est originaire de Corée, et la plupart des marques modernes viennent de Corée du Sud, comme l'indiquait Yves Delage, dans sa chronique du 11 mai. Il y a également le shoshu japonais, un alcool parfois fait de riz, mais surtout de céréales ou de pommes de terre. Shoshu veut dire : liqueur distillée. On en produit dans deux régions où il se fait peu de saké destiné à la vente, (car les hivers y seraient trop doux pour une fermentation bien maitrisée, selon un article du Figaro Vin) soit l'ile de Kyushu, et la préfecture d'Okinawa.

Ça peut ressembler à de la vodka, mais son taux d'alcool couramment plus bas, (la limite officielle du soju dilué est de 35°) le rend nettement moins agressif dans le gosier. C'est intéressant aussi de savoir que la consommation de ce spiritueux traverse les générations. Chacune a ses préférences dans le style de soju, mais pratiquement tout le monde en boit, et il n'y a pas de discrimination basée sur le sexe. Les femmes, même les ainées, en consomment. D'ailleurs le soju sans ajouts de saveurs, et plus alcoolisé, est celui qui est le plus bu par les gens plus âgés, alors que les plus jeunes, favorisent ceux plus légers et aromatisés.

On le boit surtout en shooter, mais il est aussi servi pour accompagner des bouchées et des amuse-gueules, un peu comme le xérès servi avec des tapas, en Espagne. C'est très commun. Une autre façon de le servir, c'est de laisser tomber le verre à shooter rempli, dans une chope de bière. On le boit surtout froid, mais pas sur glace.

Il y a aussi une manière traditionnelle de servir le soju. Il faut tenir la bouteille à deux mains et remplir le verre des invités de marque, On tient aussi le verre à deux mains, en signe de respect pour la personne de marque qui nous reçoit. Finalement, on dépose la bouteille sur la table, et on attend que quelqu'un remplisse notre verre. On évite de regarder la personne de face en buvant notre shooter, car c'est un impair social de montrer ses dents à quelqu'un d'important! Et on ne laisse jamais quelqu'un boire seul. Fait surprenant : on dit que boire d'un à quatre verres de soju par jour, est très bon pour la santé : ca aiderait à réduire les risque d'AVC, surtout chez les hommes!

J'ai goûté à deux sojus neutres de Hite Jinro, un à 16,9°, et l'autre qui s'appelle Chamisul Classic, à 20°.C'est celui-ci qui est le plus traditionnel. C'est assurément semblable à la vodka,dans les deux cas, mais très doux, presque crémeux comme texture. Le premier est légèrement plus neutre. Les deux ont une certaine longueur, qui finit avec une assez nette amertume. C'est mon impression, bien sûr.

Très liés aux jeunes et à la K-Pop culture, très répandue dans toute l'Asie, et de plus en plus dans le monde, les soju aromatisés se déclinent en plusieurs parfums. La plupart utilisent des extraits naturels de fruits. J'en ai essayé quatre, à 13° d'alcool.

Le premier est aromatisé au raisin vert. C'est assez particulier au nez, avec des notes d'encens et de bonbons. La bouche me fait penser aux bonbons à la gelée de litchi. C'est sucré et surette à la fois. Je n'en boirais pas deux bouteilles, mais c'est exotique.

Le second est parfumé au pamplemousse. Ça sent la gelée de pamplemousse. La bouche est bizarrement tannique! C'est presque comme mordre dans un zest. Je m'attendais à quelque chose de plus suave, de plus fruité. C'est un brin austère pour moi.

Ensuite, j'ai essayé celui à la fraise. C'est très aromatique! Ça sent la fraise mûre. C'est aussi très fruité en bouche. Je ne sais pas ce qui donne cette sensation de tannins, dans les gencives. C'est particulier. Mais le côté fruité rend ce soju assez harmonieux, quand même.

Enfin, j'ai dégusté celui à la prune. Encore ce nez d'encens, ou plutôt de pot-pourri assez floral (lavande,violette) et des notes de prune rouge, en même temps. Ça fait un peu grand-maman de jadis. La bouche est encore une fois expressive, avec une impression de sucrosité plus marquée. Les notes fruitées restent longtemps en bouche.

Il me semble que j'aurais tendance à m'en servir pour faire des cocktails, mais ça peut aussi remplacer certaines sangrias, ou certains coolers, sur une terrasse, si c'est servi très frais. Le mélange boisson estivale et pop colorée asiatique est assez intrigant pour donner envie d'essayer ces bouteilles de 375 ml, mais ce n'est certainement pas dans la mode des hard seltzers aux calories réduites. Le taux de sucre est assez important. Si les phénomènes de société et les tendances « lifestyles » asiatiques vous intriguent, il faut absolument faire connaissance avec le soju sous ses deux formes : classique et aromatisée.

Cette chronique n'aurait pas vu le jour sans les échantillons et les anecdotes culturelles de Christian Geadah, de 3G Groupe Général, qui est derrière l'importation de ces produits au Québec.

À propos de l' auteur

Diplômé sommelier-conseil de l’Université du vin de Suze-La Rousse, en France, j’ai commencé mon apprentissage du monde vinicole en suivant les cours Les Connaisseurs de la SAQ. Aujourd’hui, j’en suis devenu un animateur! Chroniqueur vins et alcools dans diverses publications, dont le magazine Fugues, je parcoure la planète pour mettre images et visages sur ces produits qui me font vivre tant d’émotions.

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