mardi 11 août 2020
Changements climatiques - Boire plus vert. On en est où?

Changements climatiques - Boire plus vert. On en est où?

Disant avoir été marqués par le documentaire d'Al Gore, An inconvenient truth, plusieurs intervenants se sont réunis pour le colloque Tasting climate change, organisé par la sommelière Michelle Bouffard, le 12 novembre dernier. Des intervenants venus des deux côtés de l'Atlantique, bien conscients de l'empreinte carbone que laisse l'industrie viti-vinicole, et qui espèrent que cette prise de conscience puisse être porteuse de solutions pour la minimiser. Voici quelques moments de cette journée que j'ai trouvés particulièrement intéressants.

olivier Karel MayrandJ'ai été très impressionné par l'exposé de M. Karel Mayrand, président de la Fondation David Suzuki pour le Québec et le Canada Atlantique. En des termes clairs et avec des graphiques explicatifs précis, il a su démontrer que nous n'étions plus dans une période d'hypothèses, mais dans une ère de conséquences. Il y a d'ailleurs une des statistiques qui m'a fait réfléchir : en 1945, il y avait environ 2 milliards d'humains; en 2050 on devrait être environ 9 milliards. Déjà là, on comprend que ça va avoir un impact important, juste par la place que ce nombre de personnes va prendre, mais au-delà de ça, ce qui a changé, c'est que ce nombre consomme beaucoup, et beaucoup plus que ce qui se consommait en moyenne en 1945, par exemple. L'activité humaine produit beaucoup trop de CO2, ce qui entraine une augmentation de la température, avec les conséquences qu'on voit de plus en plus clairement. Il va y avoir forcément une limite aux dommages que la planète peut subir avant de devenir hostile à l'humanité. D'après les récents modèles, il faudrait idéalement réduire globalement la pollution et la production des gaz à effets de serre d'ici 2030, afin d'atteindre la neutralité de notre empreinte carbone en 2050. Ça vient vite, il me semble!

Au-delà du rêve de l'abandon rapide des énergies fossiles, l'essor des énergies éoliennes et solaires est porteur d'espoir. L'installation de panneaux solaires dans plusieurs domaines vinicoles a déjà permis de réduire de manière significative l'impact environnemental qu'ils avaient. Un autre vecteur d'espoir, c'est la récente mobilisation citoyenne à travers le monde, et surtout la voix de la jeunesse qui est préoccupée par l'héritage qu'elle aura à gérer si les actions nécessaires ne sont pas faites à temps. M. Mayrand a conclu en disant qu'il va falloir que tout un et chacun, on comprenne et accepte qu'il y a des changements d'habitudes qui vont devoir se faire pour pouvoir profiter harmonieusement et durablement de notre vie sur notre planète. Ouf! Ça commence raide un mardi matin! Mais j'ai bien aimé le fait que ce n'était pas dit de façon moralisatrice ou avec un ton de prophète de malheur. Il nous a bien expliqué pourquoi l'alarme a été sonnée par la communauté scientifique, et maintenant il va falloir voir comment notre industrie peut-veut faire sa part, pour faire partie de la solution.

olivier Eric JorgensParmi les autres intervenants qui sont venus nous parler, il y avait Eric Jörgens, qui est en charge du développement des affaires pour l'est du Canada, pour la compagnie de transport Hillebrand. Une compagnie qui transporte entre autres du vin depuis le 19e siècle. J'ai appris par lui que le transport maritime rejetait beaucoup de souffre, un autre pollueur funeste, en utilisant du carburant moins raffiné pour sauver des sous. Mais dans cette industrie aussi, la prise de conscience est faite, et il y a depuis peu un Clean Cargo Act, et le Protocole de Porto, qui propose des étapes pour changer la machinerie des navires et l'utilisation d'énergie plus propre. Mais il faudra vraisemblablement attendre une trentaine d'années avant que la flotte mondiale soit changée. En attendant, l'entreprise propose une gestion des routes pour acheminer le vin le plus écologiquement possible. Il reste à sensibiliser les joueurs comme la SAQ et la LCBO sur ces possibilités, et leurs implications monétaires et de planification des délais de livraison.

Ensuite, des personnalités du domaine du vin se sont succédées pour nous raconter un peu, comment ils comptaient faire une différence avec des actions concrètes pour limiter, voire éliminer leur empreinte carbone. On a eu ainsi la chance et le plaisir d'entendre M. Miguel Torres d'Espagne et Mme Katie Jackson (Jackson Family Wines) de Californie, qui font partie des International Wineries for climatic actions, un regroupement de domaines vinicoles qui partagent des objectifs et des outils pour fonctionner le plus sainement possible, et pour s'assurer un avenir. Ça va de l'énergie verte à la gestion de l'eau, de la gestion du végétal à la reforestation, et à la sélection de terres en plus haute altitude. Ces domaines, pour la plupart familiaux, ont pour objectif une réduction de leurs émissions de 50% d'ici 2030, et de 80% d'ici 2045! M. Torres nous a aussi dit qu'il aimerait bien que pour les vins de consommation courante, on utilise globalement des bouteilles standardisées qui seraient à remplissages multiples, qu'on pourrait réutiliser cinq ou six fois. Il aimerait que ça commence bientôt en Europe et en Amérique.

olivier torres jackson

olivier Jose VouillamozJ'ai aussi été interpelé par la présentation de M. José Vouillamoz, un biologiste ampélographe Suisse, qui étudie l’ADN de divers cépages, bref un généticien du raisin. Après un exposé sur les conséquences de l'augmentation de la température, (comme la possibilité que la région de Beaune ne soit plus propice à la culture du Pinot noir!), et l'importance du choix des porte-greffes, il a parlé de l'importance de trouver et de recultiver les anciennes variétés qui ont su traverser les siècles dans les diverses régions.

Il a surtout osé parler de ce nouvel instrument scientifique le CRISPR-Cas9 qui permet (un peu comme Photoshop pour une image sur votre ordi) de faire de l'édition au niveau cellulaire et ainsi éliminer des gènes non désirables, rendant ainsi la plante résistante aux maladies, et pouvant même améliorer les arômes. On a déjà réussi à régénérer des vignes atteintes par le botrytis!

Le plus grand danger avec cette technique, c'est l'érosion du matériel génétique, ce qui fait dire au chercheur que la biodiversité demeure un élément essentiel pour l'avenir. Je ne peux aussi que me demander où est la ligne entre édition génétique et modification génétique? D'autant plus que cet outil est également testé présentement en médicine. Quand la science-fiction rejoint la réalité... que sommes-nous prêts à accepter moralement? Voilà la question qui m'intrigue et me hante depuis cette conférence.

Et vous, qu'en pensez-vous?

À propos de l' auteur

Diplômé sommelier-conseil de l’Université du vin de Suze-La Rousse, en France, j’ai commencé mon apprentissage du monde vinicole en suivant les cours Les Connaisseurs de la SAQ. Aujourd’hui, j’en suis devenu un animateur! Chroniqueur vins et alcools dans diverses publications, dont le magazine Fugues, je parcoure la planète pour mettre images et visages sur ces produits qui me font vivre tant d’émotions.

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