dimanche 15 septembre 2019
Arak Massaya, alcool anisé, Massaya & co, Vallée de Bekka (Liban)

Arak Massaya, alcool anisé, Massaya & co, Vallée de Bekka (Liban)

Cet été j'ai eu le plaisir de rencontrer, au Salon des vins de Saguenay, Sami Ghosn, qui y est venu avec sa petite famille pour faire découvrir ses produits du Château Massaya. Si je connais assez bien certains de ses vins, qui sont sur le marché depuis quelques années déjà, je n'avais pas encore dégusté son arak, qui nous arrive avec une nouvelle étiquette des plus jolies.

Ah, l'arak! Un nom qui évoque le pourtour oriental de la Méditerranée, puisqu'on y retrouve plusieurs versions locales de cet alcool anisé. Pour moi, ça évoque aussi une mémorable veille de Noël passée à Bethléem dans les années 80. J'étais parti avec un copain faire le tour de l'Europe en sac à dos, comme le faisaient nombre de jeunes dans ces années-là, et je me suis retrouvé en Israël pendant le temps des Fêtes. On s'est dit que ce serait super d'aller à Bethléem pour cette fête si ancrée dans nos traditions familiales. On s'est donc organisé un minibus avec d'autres jeunes de l'hostel où on couchait, à Tel Aviv.

Comme nos moyens financiers étaient assez limités et qu'on voulait s'assurer de pouvoir se réchauffer dans cette nuit très fraîche, on a apporté quelques bouteilles d'arak, un alcool bon marché qui faisait de l'effet, comme on dit.

Pour bien commencer le party, les bouteilles se sont promenées dans le minibus jusqu'à ce qu'on arrive à Bethléem. Ce qu'on ne savait pas, c'est que cette petite ville est en Cisjordanie, donc qu'il y avait un contrôle de sécurité à passer avant d'y entrer. Un contrôle pas mal serré, vu l'événement qui attire bien du monde sur place. On devait passer une entrevue individuelle avec des représentants de l'armée dans de petits locaux en rangées avant de pouvoir entrer dans la ville. Quand vint mon tour, je présentai mon passeport et on me fit signe qu'on devait me fouiller. Quand le militaire palpa ma veste, il a vite senti la bouteille qui était dans ma poche intérieure. Et de me dire que l'alcool n'était pas permis au-delà du contrôle! J'ai essayé de lui expliquer que c'était pas juste pour moi, mais aussi pour mes amis de l'hostel; ça ne l'a pas du tout ému. Il m'a fait comprendre que j'avais deux choix : jeter la bouteille ou la finir avant de traverser. Elle était encore à moitié pleine, et je ne pouvais envisager de jeter mes économies comme ça un soir de fête.

Donc, j'ai pris mon courage à deux mains et j'ai commencé à la consommer rapidement sur place. Rendu au quart, ça commençait à sentir pas mal l'anis dans mon œsophage, et en blague, j'ai demandé aux deux militaires, s'ils voulaient bien m'aider à célébrer dignement cette nuit spéciale. Après quelques secondes, et me trouvant sans doute rigolo, ils ont accepté de bonne grâce cette main interconfessionnelle que je leur tendais. J’ai ensuite rejoint mes compagnons d'aventure, qui commençaient à se demander si on ne m'avait pas refusé le passage. Quelques minutes plus tard, ma tête commençait aussi à être joyeusement tapissée d'ouate. C'est dans cet état plutôt euphorique que j'ai admiré l'église de la Nativité. Ça m'a quand même marqué, de la visiter en pareille occasion. Ce n'était que le début de cette nuit pleine de rebondissements, dont je me souviens encore avec ébahissement et plaisir, et que je vous raconterai peut-être un autre jour.

Tout ça pour dire que mon rapport avec l'arak n'était certes pas basé sur une appréciation qualitative du produit, loin de là. Après une cuite avec ce produit aromatique, il peut se passer beaucoup, beaucoup de temps avant que l'envie d'y goûter à nouveau vous traverse l'esprit... Mais la nostalgie, la beauté de la bouteille et la gentillesse de M. Ghosn m'ont poussé à dévisser le bouchon et à retremper mes lèvres dans cette boisson qui a traversé les siècles.

Quel choc! Ici, on a un arak à base d'eau de vie d'obeidi, un cépage blanc autochtone, distillée dans des alambics chauffés aux ceps de vignes, aromatisée avec de l'anis vert bio et vieilli 2 ans en amphore. Du luxe, les ami(e)s! D'une douceur et d'un grand raffinement. Aux antipodes de ce que mon souvenir était d'un alcool de quatre sous. Si vous allez sur leur site Web (très bien fait, en passant), vous aurez une foule de renseignements intéressants et des suggestions de recettes aussi savoureuses qu'originales.

Mais goûtez-le au moins une fois seul, pour en savourer la riche et élégante finesse. C'est magnifique.

Merci M. Ghosn d'avoir remis mes pendules à l'heure et de m'avoir montré le côté givré de ce beau spiritueux.

Arak Massaya, alcool anisé, Massaya & co, Vallée de Bekka (Liban)
Code SAQ:13426182, 50$

Site Web de Massaya Lebanon

Facebook

Instagram

Twitter

 

Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Sommelier-conseil
VINS CONSEIL
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Animation de dégustation de vins à votre domicile ou en entreprise
Cell.: 438 881-7276

À propos de l' auteur

Diplômé sommelier-conseil de l’Université du vin de Suze-La Rousse, en France, j’ai commencé mon apprentissage du monde vinicole en suivant les cours Les Connaisseurs de la SAQ. Aujourd’hui, j’en suis devenu un animateur! Chroniqueur vins et alcools dans diverses publications, dont le magazine Fugues, je parcoure la planète pour mettre images et visages sur ces produits qui me font vivre tant d’émotions.

Commentaires des lecteurs