jeudi 11 août 2022
Les nouvelles technologies au service de la lutte contre la contrefaçon des grands vins et spiritueux

Les nouvelles technologies au service de la lutte contre la contrefaçon des grands vins et spiritueux

La contrefaçon de grands vins a toujours existé, mais le phénomène semble s’intensifier. Pourtant, un sommet de l’arnaque semblait avoir été atteint aux États-Unis, il y a quelques années, avec l’affaire Rudy Kurdiawan, un faussaire indonésien, contrefacteur de bourgognes des Domaines de la Romanée-Conti (DRC) et Rousseau et de dizaines d'autres grands crus principalement français. 

Stéphane Reynaud, dans un article publié le 23 juin 2022 sur le site Le Figaro Vin, nous éclaire sur une nouvelle technologie qui permettrait de lutter contre les contrefaçons en matière de vins haut de gamme. Il nous raconte comment un vigneron bourguignon tente désormais de protéger ses vins.

Soucieux de lutter contre ce phénomène, le prestigieux vigneron des Côtes de Nuits Louis-Michel Liger-Belair, producteur à Vosne-Romanée et Vougeot, participe à la mise en place d'une plateforme dédiée à l'authentification des vins.

Plus précisément, et pour bien comprendre le mode d’emploi de cette innovation, la solution s'appelle WokenWine, du nom d'une nouvelle société luxembourgeoise et créée par le financier Valéry Lux, « un amateur et un consommateur de vin qui a été confronté à des bouteilles douteuses, mais aussi un passionné de nouvelles technologies et un grand connaisseur des questions liées à la blockchain », explique Louis-Michel Liger-Belair au site Le Figaro Vin. Ce dernier est lui-même actionnaire à hauteur de 20% de cette plateforme qui associe chaque bouteille à un NFT, c'est-à-dire un format numérique faisant office de certificat d'authenticité infalsifiable, car enregistré sur la blockchain.

« En disposant de la puce et du numéro de la bouteille, il suffit de se connecter à la plateforme pour identifier ladite bouteille ainsi que son origine et son parcours. WokenWine va associer la puce à un code couleur: elle sera verte quand le vin est encore stocké chez le vigneron, jaune lorsqu'il se trouve chez les intermédiaires, noire quand la bouteille est bue », explique le vigneron. 

L’article du Figaro Vin rappelle que la fraude et la contrefaçon sont une plaie qui concerne des dizaines de milliers de bouteilles chaque année dans le monde. Au sein des institutions chargées du contrôle, les plus pessimistes avancent que 20 % du commerce international de vin serait affecté, ce qui n’est pas sans inquiéter les principaux acteurs du marché et les producteurs en premier lieu. En France, la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) contrôle la régularité des opérations de la filière, épaulée par neuf bureaux d'enquêtes vins et spiritueux.

Cependant, le commerce mondial des crus s'est intensifié, internationalisé et de multiples intervenant sévissent dans un monde de la collection devenu parfois nébuleux. Aujourd'hui, alors que de plus en plus de flacons sont échangés sur le Web, beaucoup d'intermédiaires – négociants, spécialistes des enchères en ligne... – endossent le rôle d'authentificateurs, mais avec des compétences variables et une moralité parfois modulée par les intérêts des affaires, disent certains producteurs. De son côté, Louis-Michel Liger-Belair considère qu'il appartient au vigneron de garantir l'authenticité de la production aux différents acheteurs, d’où son projet.

Restera ensuite à faire connaître l'existence de WokenWine et de l'association de certains vins à des NFT qui pourraient inciter des acheteurs à vérifier l'authenticité des bouteilles lors de leurs acquisitions. Autre avantage pour des investisseurs sans cave, comme cela arrive parfois, ce système pourrait limiter les déplacements des vins. Une fois un flacon entreposé dans un lieu idoine, le changement de propriétaire pourrait se résumer à une simple modification de son code, sans aucun déplacement. « Cela peut éviter d'avoir des bouteilles qui font des dizaines de milliers de kilomètres avant d'être vendues, reprend Louis-Michel Liger-Belair. Au-delà des questions de manipulation des stocks et de la stricte protection contre les faux, il s'agit aussi de savoir qui boit le vin et comment il le boit. Cela m'intéresse d'identifier de bons clients que je ne connais pas et de les rencontrer ». Dès juillet, lui-même compte associer à ce système 3 000 bouteilles de sa production, qui oscille entre 20 000 et 30 000 bouteilles chaque année.

Pour le prix d’une telle technologie, qui doit l’assumer? « C'est encore en discussion. Pour le producteur, nous voulons que cela corresponde à moins de 10% du prix de la bouteille. Reste aussi à déterminer si les intermédiaires participeront au coût de cette technologie ».

Mais WokenWine ne sera pas, loin s'en faut, le seul acteur du marché des NFT associé à la sécurité des échanges de vin. D'autres systèmes proposent déjà d'équiper les bouteilles d'un tag RFID garantissant le lien entre la bouteille de vin et les informations contenues dans la blockchain.

Reste que les collectionneurs vont être confrontés à divers systèmes de protections et à terme, il faudra sans doute que le marché se normalise afin de rendre lisible et pratique le suivi d’une bouteille collectionnée. Mais rappelons que si une bouteille peut être associée à une œuvre d’art, il ne faut pas oublier que le vin est tout d’abord une boisson destinée à être partagée entre convives et non pas un objet de spéculation… Mais ça, c’est un autre sujet.

Source : McViti

À propos de l' auteur

Âgé de 45 ans, ingénieur agricole, diplômé de l’IHEDREA (Institut des Hautes Etudes de Droit Rural et d’Economie Agricole en 1995), j’ai poursuivi mes études par un master de Gestion, Droit et Marketing du secteur Vitivinicole et des Eaux de Vie dépendant l’Université de Paris 10 Nanterre et de l’OIV (Organisation Internationale de la Vigne et du Vin - 1997). Lire la suite...

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