lundi 6 décembre 2021
Vente des Hospices de Beaune : tous ces records sont-ils bien raisonnables? © Sotheby's

Vente des Hospices de Beaune : tous ces records sont-ils bien raisonnables?

Ce dimanche 21 novembre 2021 dans la Halle de la ville de Beaune tous les records ou presque ont été battus : déjà par la plus petite récolte proposée aux acheteurs depuis longtemps, par la Pièce du Président qui s’est envolée une fois encore et par des prix stratosphériques pour le reste des lots.

La notoriété des vins de Bourgogne n’est plus a démontré. Les grands vins de la Côte de Nuits et de Beaune atteignent des prix inimaginables sur tous les marchés comme les vins du Domaine de la Romanée Conti, ceux d’Henri Jayer ou d’autres. Cette année, le vignoble Bourguignon a perdu environ la moitié de sa récolte après un épisode de chaleur suivi de gelées au printemps, puis par un été très pluvieux : le volume attendu pour le millésime 2021 sera de 900.000 à 950.000 hectolitres contre 1,56 million en 2020, selon le BIVB (Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne). Sur ces dix dernières années, les effets de la météo ont fait perdre l’équivalent de trois récoltes à cette région. Raréfaction de l’offre et hausse de la demande, cela donne un cocktail explosif qui fait que même la phrase « inflation galopante » est encore en dessous de la vérité pour décrire le phénomène que nous connaissons actuellement.

Pour les Hospices, le phénomène est identique voir amplifié vu la renommée du site et de ses vins. Pour sa récolte, pas de miracle, le volume a été historiquement faible, seulement 349 "pièces" de primeurs rouge et blanc, des fûts de 228 litres correspondant à 288 bouteilles, étaient proposées aux acquéreurs - contre 630 l'an dernier. Les rendements ont été de 14 hl/ha, contre 30-35 une année normale. Ce sont les blancs qui ont le plus souffert du gel, le Chardonnay étant plus précoce que le Pinot Noir. De même, les Pinots Noirs de la Côte de Beaune ont été moins productifs que ceux de la Côte de Nuits pour les mêmes  raisons. Sans parler des maladies qui se sont invités au début de l’été. « Une année hostile » comme l’a indiqué  Ludivine Grivault régisseur du domaine des Hospices.

La conséquence, la vente des 362 lots a atteint un prix moyen par lot de 34 980 E soit 12,7 millions d’euros. En 2020, 638 lots avaient été vendus pour un montant moyen de 21 690 E. pour rappel et bien visualiser la dérive tarifaire des vins des Hospices, en 1991, les 553 lots ressortaient avec un prix moyen de 3543 E, en 2001, les 696 lots étaient échangés pour 5526 E en moyenne. En 2011, les 761 lots ont trouvé preneur pour un prix moyen de 6496 E. Enfin, en 2016, les 585 lots ont atteint une moyenne de 13085 E. La hausse laisse songeur. Mais surtout, quel que soit le niveau qualitatif de la récolte les prix grimpent inexorablement.

Le clou des enchères, la "Pièce de Charité", ou "Pièce du Président", un fût de Corton Renardes Grand Cru, est parti à 800.000 euros (hors frais) contre 660.000 l'an dernier. « Ca, c'est un vrai chiffre! C'est historique », a lancé l'acteur Pio Marmai qui a animé cette vente comme un bonimenteur professionnel, aux côtés de Jeanne Balibar. Nul doute que sa prestation a eu un véritable impact sur le prix vu l’ambiance qu’il a mis.  Cette année, le bénéfice est destiné à "Solidarité Femmes", un réseau associatif dédié aux victimes de violences conjugales, et à l'Institut Curie, pour la recherche contre le cancer du sein.

Outre les Hospices de Beaune qui peuvent se réjouir, les gains vont leur permettre de continuer à investir dans leur Hôpital et leur EHPAD, l’organisateur des enchères, Sotheby’s a de quoi être plus que satisfait. En effet, pour la première fois à la tête de l’organisation de cette vente, l’entreprise Américaine qui commence à s’implanter en France, attendait beaucoup de ces enchères médiatiques. Sotheby’s souhaite faire de Paris sa quatrième plateforme de ventes dans le monde, après New-York, Londres et Hong-Kong.

Pour mémoire, le domaine des Hospices de Beaune réunit sur 60 hectares les plus grands crus de Bourgogne (Beaune, Pommard, Volnay, Meursault, Chassagne-Montrachet, Corton, Pouilly-Fuissé, Mazis-Chambertin, etc.). Les grands vins font rêver, les grands Bourgognes particulièrement, ceux des Hospices surtout mais le prix de ce rêve de posséder une bouteille dans sa cave mais aussi de pouvoir la déguster ne devient-il pas déraisonnable ? Jusqu’où les prix vont-ils pouvoir encore monter ? Ne sommes-nous pas en train de passer de la passion à la spéculation ?

Source : McViti

À propos de l' auteur

Âgé de 45 ans, ingénieur agricole, diplômé de l’IHEDREA (Institut des Hautes Etudes de Droit Rural et d’Economie Agricole en 1995), j’ai poursuivi mes études par un master de Gestion, Droit et Marketing du secteur Vitivinicole et des Eaux de Vie dépendant l’Université de Paris 10 Nanterre et de l’OIV (Organisation Internationale de la Vigne et du Vin - 1997). Lire la suite...

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