dimanche 18 avril 2021
Primeurs 2021 à Bordeaux : la tradition une nouvelle fois bouleversée par la COVID-19

Primeurs 2021 à Bordeaux : la tradition une nouvelle fois bouleversée par la COVID-19

Pour la seconde année consécutive, la semaine des Primeurs, l’un des évènements les plus importants dans le monde pour le vin, va devoir s’adapter au contexte sanitaire pour pouvoir se tenir. Elle aura lieu du 26 au 29 avril 2021 à Bordeaux et dans 9 villes du monde. Mais quel est le mode d’emploi pour la commercialisation du très attendu millésime 2020.

Les Primeurs à Bordeaux, comment ça marche? Dans la capitale Girondine l’expression « vins primeurs » a une définition bien précise. Il ne s’agit pas de vins jeunes destinés à la consommation immédiate comme le Beaujolais Nouveau par exemple. Les « Primeurs » concernent essentiellement les grands crus classés et assimilés (5% environ de la production bordelaise) sont mis en vente alors que les vins ne sont pas encore « finis », ils doivent être élevés 12 à 18 mois en barriques dans les chais des châteaux. Cette pratique, qui existe à Bordeaux depuis plus de deux siècles, s’appelle la « vente en primeur ». Elle s'effectue du château vers le négociant, qui revendra ensuite aux professionnels tant en France qu’à l’étranger et à quelques particuliers.  Si les châteaux s’assurent par ce biais une rentrée immédiate de trésorerie, les acheteurs peuvent aussi espérer un avantage : obtenir une décote par rapport au prix final du vin lorsqu’il sera mis sur le marché en bouteilles deux ans plus tard. Cette décote est considérée comme intéressante si elle dépasse -30%. C’était souvent le cas, voire bien plus, au début des années 1980, mais ce bénéfice s’est réduit au fil des millésimes. Néanmoins, l’évènement reste très attendu et donne une indication sur la situation du marché du vin en générale.

Comme l’an dernier, à cause de la COVID-19, L’union des Grands Crus des Vins de Bordeaux ((UGGCB), le grand organisateur, a dû s’adapter et un nouvel « mode d’emploi » a été édicté. La première modification concerne la date. Les primeurs 2021 auront lieu trois semaines plus tard qu’à l’accoutumée, néanmoins à la différence de l’an dernier, elle ne se déroulera pas en juin. « Ce nouveau calendrier a été arrêté afin que les mises en marché et la campagne commerciale démarrent immédiatement à l’issue des présentations » indique Ronan Laborde président de l’UGCB.

La deuxième annonce de Ronan Laborde concerne les « cibles » choisies qui auront le privilège de gouter les vins.  Comme l’an dernier les Grands Crus vont partir à la rencontre des acheteurs et de la presse entre le 26 et le 29 avril, à New York, San-Francisco, Londres, Paris, Bruxelles, Zurich, Francfort, Shanghai et Hong-Kong. Ces métropoles comptent parmi les principaux marchés mondiaux des Grands Crus et représentent 75% de la clientèle. En complément, quatre jours de dégustations sont également prévus à Bordeaux.

La conséquence de cette nouvelle organisation est le cout et la lourdeur de la logistique car au-delà d’organiser les dégustations, d’envoyer les échantillons, il y a les contraintes sanitaires propres à chaque pays qui a dû être pris en compte par l’UGCB Donc il a fallu faire des choix et seuls les principaux acheteurs et ambassadeurs des Grands Crus auront le privilège de déguster le millésime 2020. « Nous ne pouvons pas envoyer nos vins à tout le monde. Nous privilégions donc nos clients de longue date, qui ont répondu présents l’année dernière et avec lesquels nous entretenons un lien de confiance », précise Ronan Laborde. Les Châteaux pourront s’appuyer sur le digital pour présenter leurs vins. « Début avril, les fiches techniques des vins et une vidéo de présentation de chaque producteur sous forme de court-métrage seront accessibles sur notre plateforme en ligne », commente le président de l’UGCB.

Mais qu’attendre de ces primeurs? Si l’évènement en 2020 avait été unanimes saluée et avait globalement bien marché, celle de2021 inquiète, la crise sanitaire perdure et ne sera—t-elle pas suivie par une crise économique?

Mathieu Chadronnier, président directeur général de la Compagnie des Grands Vins de Bordeaux (CVBG), qui est l’un des négociants les plus importants sur la place girondine a fait part de son optimisme, ce qui tranche avec celui de bien des observateurs,  lors d’un interview donné au site Terre de vin : Il fait un point sur les principaux marchés en commençant par celui des États-Unis : « Les vins français ont payé très cher pour un conflit – Boeing-Airbus – qui ne les concernait pas. La suspension des taxes pour quatre mois est une bouffée d’oxygène. Nous avons perdu de précieuses parts de marché aux USA. Il y aura beaucoup à faire pour les reconquérir. Ce qui est sûr, c’est que l’enthousiasme de nos clients est là. Beaucoup de containers de vins de Bordeaux vont prendre le chemin de l’ouest dans les prochaines semaines ! En Europe, la situation est stable, après une année 2020 très satisfaisante compte tenu du contexte. Côté Asie, les marchés sont dynamiques, et on espère la confirmation d’une reprise amorcée à l’automne dernier. »

Visiblement tout est mis en place pour le succès de cette nouvelle  campagne des primeurs qui s’appuie qui plus est sur un millésime 2020 jugé très qualitatif par les professionnels. A suivre donc avec un léger parfum d’optimisme  même si les cassandres ne sont jamais bien oins en cette période troublée… 

Source : McViti

À propos de l' auteur

Âgé de 45 ans, ingénieur agricole, diplômé de l’IHEDREA (Institut des Hautes Etudes de Droit Rural et d’Economie Agricole en 1995), j’ai poursuivi mes études par un master de Gestion, Droit et Marketing du secteur Vitivinicole et des Eaux de Vie dépendant l’Université de Paris 10 Nanterre et de l’OIV (Organisation Internationale de la Vigne et du Vin - 1997). Lire la suite...

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