dimanche 18 avril 2021
Une filière vin durablement fragilisée et pas qu’en France

Une filière vin durablement fragilisée et pas qu’en France

Les chiffres sont connus mais s’affinent de plus en plus. Et définitivement, l’année 2020 ne sera pas bonne pour l’ensemble du vignoble Français même si toutes les régions ne sont pas touchées de la même façon. En effet, la Loire et la Bourgogne paraissent s’en sortir mieux que les autres. Quelles en sont les raisons et à quoi s’attendre pour 2021 tant pour la France que pour certains autres pays ?

L‘AFP (Agence France Presse), dans une dépêche reprenant une communication de FranceAgriMer (ministère de l’Agriculture, fait le constat suivant: les exportations françaises de vins ont lourdement chuté en 2020, accusant un recul de 11% en valeur, à 8,74 milliards d'euros, sous l'effet cumulé des "taxes Trump", du Brexit et de la pandémie de COVID-19, relève l'organisme public. En volume, les ventes de vins français à l'étranger ont également baissé, de près de 5%, à 13,6 millions d'hectolitres.

Avant même la COVID-19, l'année 2020 avait débuté dans un "contexte difficile" en raison d'un effet Brexit ayant conduit à la constitution de stocks en 2019 au Royaume-Uni dans la perspective de la sortie de ce pays de l'Union européenne au 31 janvier 2020, a expliqué Audrey Laurent, chargée d'études économiques à FranceAgriMer, lors d'une visioconférence. S'y sont ajoutées, les fortes taxes douanières américaines sur les vins européens imposées à partir d'octobre 2019 par l'administration Trump en raison d'un différend commercial ancien, 2004 et toujours non résolu autour des aides publiques à Airbus et Boeing. L'administration Biden a décidé début mars de suspendre ces taxes pour quatre mois, au grand soulagement de la filière viti-vinicole française. Selon les estimations des professionnels, la taxe Trump sur les vins français a engendré 500 millions d'euros de préjudice

L’AFP rappelle encore qu’en 2020, la crise du Covid-19, qui a conduit de nombreux pays à imposer des restrictions sanitaires, dont la fermeture des bars et restaurants à divers moments de l'année, a eu un impact important sur les exportations de vins français, qui sont bien positionnés sur ce circuit de distribution. Malgré le fait que le Champagne ait été épargné par les taxes Trump, ce vin festif, a été particulièrement touché par le contexte sanitaire. Ses exportations se sont effondrées de 20% en valeur et de 17% en volume, les occasions de faire la fête se sont raréfiées l’an dernier. De même, les exportations de vins AOP (Appellation d'origine protégée) ont aussi souffert, affichant un recul de 8% en valeur mais de 1% seulement en volume. De leur côté, les importations de vins étrangers en France ont elles aussi baissé de 11% en valeur, à 710 millions d'euros. Elles reculent de 13% en volume à 6,31 millions d'hectolitres en 2020. Au total, l'excédent commercial français sur le vin s'est monté à 8 milliards d'euros en 2020.

Ces chiffres marquent un recul mais il s’agit d’une crise conjoncturelle qui aurait pu être pire compte tenu des mesures qui ont été prises à l’échelle de la planète en termes de confinement. Le consommateur par sa consommation domestique à compenser partiellement la fermeture des bars, pubs et restaurants.

Mais la France n’est pas la seule à connaitre des difficultés. Si l’Argentine a curieusement accru ses exportations en 2020 d’autres se sont effondrés comme l’Afrique du sud. Lors du premier confinement le gouvernement Sud-Africain a interdit la vente de vins sur son territoire mais plus surprenant, il a aussi interdit l’exportation. Cela a eu pour conséquence d’avoir une constitution de stock inédit, une vendange qui se déroule en ce moment où certains domaines ne savent plus où entreposer les vins mais surtout des marchés perdus qu’il va falloir reconquérir.

Malheureusement, 2021 ne devrait pas être fameux non plus, malgré les vaccins une bonne partie de la planète et l’Europe en particulier reste avec des contraintes lourdes qui impacteront la filière mais surtout la guerre économique entre État vient s’ajouter à la crise sanitaire. C’est le cas pour l’Australie qui se voit infliger par la chine des surtaxes sur ses vins.

Un exemple hors de l’Hexagone mais qui pourrait nous arriver concerne un conflit entre la Chine et l’Australie et qui est à suivre de près.  Dans une dernière salve de mesures adoptées dans un contexte de tensions diplomatiques exacerbées entre Pékin et Canberra, dès dimanche, les importations de vin australien seront donc soumises à des surtaxes compensatoires comprises entre 116,2% et 218,4%, a annoncé Pékin vendredi, la Chine accuse l’Australie de pratiquer le dumping sur ses vins.

L’affaire est grave car les exportations de vin vers la Chine ont atteint en 2019 le montant record de 1,3 milliard de dollars australiens (900 millions de dollars), selon les données du gouvernement australiens, soit le marché le plus important de par sa valeur pour ce produit. Les relations diplomatiques entre les deux pays ont atteint leur niveau le plus bas depuis la répression sanglante en 1989 de la manifestation de la Place Tiananmen. Beaucoup voient ces sanctions comme une rétorsion après que l’Australie a bloqué les investissements chinois dans des secteurs sensibles, de même qu’après les appels publics sur une enquête pour identifier les origines du coronavirus.

Ce cas Australien, comme les Taxes Trump en pour les vins français annoncent sans doute les futurs conflits économiques ou pour cette fois, le vin est pris en otage pour des raisons politique alors que cela ne concerne en rien la filière. Au-delà de la crise sanitaire, c’est bien le climat diplomatique qui pourrait avoir dans les années à venir des conséquences lourds pour des acteurs du vin sur l’ensemble de la planète même s’ils sont étrangers au conflit. Du pain sur la planche pour l’0MC (Organisation Mondiale du Commerce) afin de faire respecter les normes du droit internationale privé.  

Source: McViti

À propos de l' auteur

Âgé de 45 ans, ingénieur agricole, diplômé de l’IHEDREA (Institut des Hautes Etudes de Droit Rural et d’Economie Agricole en 1995), j’ai poursuivi mes études par un master de Gestion, Droit et Marketing du secteur Vitivinicole et des Eaux de Vie dépendant l’Université de Paris 10 Nanterre et de l’OIV (Organisation Internationale de la Vigne et du Vin - 1997). Lire la suite...

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