samedi 6 mars 2021
Vins et spiritueux français : une baisse sensible des exportations en 2020 qui inquiète la filière

Vins et spiritueux français : une baisse sensible des exportations en 2020 qui inquiète la filière

Affectées par la crise sanitaire et par les taxes douanières américaines, les exportations françaises de vins et spiritueux ont chuté de 13,9% en 2020 pour revenir à 12,1 milliards d'euros, retombant à leur niveau de 2016, a annoncé jeudi la Fédération des Exportateurs de Vins et Spiritueux (FEVS), principale fédération du secteur. 

Comme à chaque début d’année les différentes filières économiques font- un bilan de leurs activités tant en France qu’à l’exportation sur l’exercice précédent. Cette année, compte tenu de la conjoncture, les chiffres sont attendus avec impatiences. La filière Vins et Spiritueux est une actrice majeure de l’économie française (elle est le deuxième contributeur à l'excédent commercial de la France après l’aéronautique) et est particulièrement scrutée par les analystes. Si sur le plan national, les chiffres sont à la baisse mais sans être dramatique, la consommation est restée soutenue et ce malgré la disparition des touristes internationaux l’export est touché et l’inquiétude plane pour le proche avenir, la crise sanitaire mondiale étant loin d’être terminée.

Mais tout le monde ne subit pas la crise de la même façon, Vitisphère dans un article paru sur son site internet le jeudi 11 février 2021 précise les éléments suivants : « en 2020, les plus forts replis à l’export sont enregistrés en volume pour les vins tranquilles conditionnés en bouteilles (-490 000 hl, soit -4,9 %) et en valeur pour les vins effervescents (-648 millions €, soit -18,8 %). Les seules croissances notables concernent les vins conditionnés en BIB (+13,4 % en volume et + 7,1 % en valeur) et les expéditions de moûts (+42,1 % en volume, mais -16,7 % en valeur). Si les vins en vrac affichent une forte valorisation (+16,8 % en valeur, alors que le volume se replie de 1,3 %), Adrien Boussard note que des expéditions de vins non-conditionnés ont pu chercher à contourner les taxes Airbus sur le marché américain (notamment en Provence et vallée du Rhône). Une stratégie rendue caduque par les nouvelles surtaxes américaines. »

Le repli des exportations du vignoble français se concentre essentiellement en Champagne (-634 millions €) et à Bordeaux (-288 millions €). La Provence et la Bourgogne semblent échapper partiellement à cette décrue. 

Deux pays sont la cause principale de la chute des exportations, les Etats Unis et la Chine. La crise sanitaire n’est pas l’unique raison de nos difficultés.

Pour mémoire, Washington a relevé début 2020 ses droits de douane sur de nombreux produits européens, dont les vins et spiritueux, dans le cadre du conflit avec l'Union européenne sur les aides publiques à Airbus et Boeing. De nouvelles surtaxes sont entrées en vigueur le 12 janvier 2021 en particulier pour les vins titrant plus de 14 degrés et qui avait échappé jusqu’à présent à la colère de Donald Trump. Ajouter à la crise Covid particulièrement mal gérée, les chiffres ne pouvaient être bons

La FEVS a appelé jeudi la Commission européenne à régler "directement et sans délai" ce conflit avec le nouveau président américain, Joe Biden. Ses représentants doivent parallèlement être reçus lundi 15 février par le Premier ministre, Jean Castex.

Concernant la Chine, c'est le déclenchement de la crise sanitaire juste avant le nouvel an lunaire qui a affecté la consommation : Sur l'ensemble de 2020, les achats de vins et spiritueux y ont reculé de 15,2%, à 809 millions d'euros. Sur la région Chine-Hong Kong-Singapour, la chute atteint 19,4%, à 1,9 milliard.

Mais les professionnels du secteur se veulent optimiste malgré tout. Si la Chine fait partie des marchés les plus en repli en 2020, la FEVS souligne qu’en décembre les exportations françaises sont reparties à la hausse (+49% en décembre 2020 par rapport à l'an passé). Entre commandes pour le nouvel an et premiers effets des taxes chinoises sur les vins australiens. Globalement, les marchés européens sont plus résistants que le grand export, avec des destinations porteuses, comme les Pays-Bas (ayant une activité de réexportation), lIrlande, la Norvège, la Suède… A noter également les potentiels de développement en Corée du Sud, au Brésil, en Australie…

Reste que tant que l’essentiel de la restauration mondiale sera fermé du fait du confinement, une reprise sensible et durable parait compromise d’autant que personne n’a vraiment encore pu mesurer les effets de la crise sanitaire sur l’économie mondiale et une éventuelle décroissance. Le plus dure est peut-être encore devant nous malgré un discours ambiant qui se veut rassurant des uns et des autres… 

Source: McViti

À propos de l' auteur

Âgé de 45 ans, ingénieur agricole, diplômé de l’IHEDREA (Institut des Hautes Etudes de Droit Rural et d’Economie Agricole en 1995), j’ai poursuivi mes études par un master de Gestion, Droit et Marketing du secteur Vitivinicole et des Eaux de Vie dépendant l’Université de Paris 10 Nanterre et de l’OIV (Organisation Internationale de la Vigne et du Vin - 1997). Lire la suite...

Commentaires des lecteurs