mercredi 21 octobre 2020
Des millions d’euros pleuvent sur le foncier de Pauillac en cette période de vendanges Crédit: Hervé Lenain / Alamy Stock Photo

Des millions d’euros pleuvent sur le foncier de Pauillac en cette période de vendanges

Le Château Latour, 1er grand Cru Classé en 1855, propriété du milliardaire François Pinault situé à Pauillac, participerait à faire flamber le prix du foncier sur son appellation.

Tandis que les derniers coups de sécateurs se donnent dans le Sauternais et que nos meilleurs statisticiens calculent le volume que la France produira en cette vendange 2020, chiffre qui devrait tourner autour de 45 millions d’hectolitres, année moyenne, donc, pour le volume, c’est à Pauillac que se fait l’actualité avec une transaction spectaculaire.

Depuis l’arrivée du coronavirus, le confinement et maintenant le début d’une nouvelle vague de contamination, les transactions s’étaient faites rares. Juste à signaler la vente en Bourgogne du Domaine Jessiaume. L’exploitation de Santenay (Côte de Beaune) a été cédée en septembre 2020 par l’investisseur écossais Sir David Murray. Le domaine de 15 hectares appartient désormais à Jean-François Le Bigot, docteur en pharmacologie et dirigeant d’une start-up de biotechnologie.

Au cœur du Médoc, à la fin du XXe siècle, dans les années 1990, le prix à l’hectare à Pauillac se négociait autour de 500 000 francs, soit 75 000 euros environ, et cela paraissait à tout un chacun une vraie fortune. Mais l’époque à bien changé, comme nous l’indique le site Internet Terre de Vins dans un article paru le 25 septembre, où il nous informe qu’une transaction récemment réalisée entre le Château Latour et une famille de coopérateurs (les Aka-Creuzin) – il en reste une petite dizaine sur Pauillac qui travaillent avec la cave – s’est décidée à céder son petit vignoble. Le prix de vente avoisinait les 3 millions d’euros l’hectare, mais la transaction s’est faite en deçà, de 2,2 à 2,5 millions en fonction de la parcelle. Car le petit hectare se composait de trois lots, l’un jouxtant le vignoble de Latour, un autre celui de Pichon Longueville Comtesse de Lalande, et enfin le troisième touchait les vignes de Cordeillan-Bages. Le Château Latour a acheté la première parcelle et le Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande s’est emparé des deux autres. Après négociation, le bout sur Cordeillan sera à nouveau cédé aux propriétaires du Château Lynch-Bages. Une logique de proximité qui n’a pas toujours été respectée, nous précise l’article de Terre de Vins.

Mais comment peut s’expliquer une telle inflation surtout en cette période si particulière où la crise économique pourrait toucher durablement la planète et aussi le monde du luxe? L’une des explications avancées par les professionnels est que contrairement à beaucoup de région comme la Bourgogne, où se sont les terroirs qui sont classés, à Bordeaux, par la magie du classement de 1855, un Grand Cru Classé peut voir son vignoble s’agrandir sans limite, si ce n’est celle de son appellation, Pauillac en l’occurrence, pour notre affaire.

Depuis trente ans, l’inflation des Grands Crus Classés Bordelais aiguise les appétits de leurs prestigieux propriétaires. Terre de Vins nous précise que la dernière opération d’envergure avait eu lieu en 2017 par la famille Cazes, propriétaire du Château Lynch-Bages, avec l’achat du Château Haut-Batailley, autre Grand Cru Classé 1855, et sa quarantaine d’hectares. Les chiffres qui circulaient à l’époque évoquaient 2 millions d’euros l’hectare.

Mais François Pinault, propriétaire de Latour, n’en est pas à son coup d’essai. En 2017 déjà, il souffle le Clos de Tart, à Morey Saint Denis, au milliardaire chinois Jack Ma. fondateur d’Alibaba, l’Amazone chinois. Pour mémoire, ce clos, propriété de la famille mâconnaise Mommessin depuis 1932, d’un seul tenant de 753 hectares, produit 30 000 bouteilles par an d’un vin rouge qui est l’un des plus fameux de Morey Saint-Denis, dans la Côte de Nuits. Mais surtout, le Clos de Tart est à la fois un grand cru et un monopole. En clair, le domaine constitue une appellation à lui seul, ce qui est rarissime. C’est surtout l’exact pendant de l’autre clos fameux de l’appellation, le Clos des Lambrays, racheté en 2014 par le vieux rival du milliardaire breton, Bernard Arnault. Le prix de la cession n’a jamais été communiqué, mais les proches du dossier ont parlé de record. La qualité du foncier n’est donc pas toujours l’explication de son prix, mais l’égo de ses acquéreurs en est aujourd’hui une composante importante.

Crise ou pas, il semble que le vignoble, tout au moins les vignobles de luxe, continuent à susciter un intérêt particulier auprès des milliardaires ou autres institutionnels. Nous verrons dans les mois à venir si cette tendance se confirme ou non.

Source: McViti

À propos de l' auteur

Âgé de 45 ans, ingénieur agricole, diplômé de l’IHEDREA (Institut des Hautes Etudes de Droit Rural et d’Economie Agricole en 1995), j’ai poursuivi mes études par un master de Gestion, Droit et Marketing du secteur Vitivinicole et des Eaux de Vie dépendant l’Université de Paris 10 Nanterre et de l’OIV (Organisation Internationale de la Vigne et du Vin - 1997). Lire la suite...

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