vendredi 10 avril 2020
Le nouveau Classement des Crus Bourgeois vient d’être publié: quels en sont les enjeux?

Le nouveau Classement des Crus Bourgeois vient d’être publié: quels en sont les enjeux?

La mention « Crus Bourgeois » consacre la qualité et la valeur des vins rouges produits dans l’une des huit appellations du Médoc : Médoc, Haut-Médoc, Listrac, Moulis, Margaux, Saint-Julien, Pauillac et Saint-Estèphe. Mais être « Cru Bourgeois », qu’est-ce que cela signifie ?

Le terme « Cru bourgeois » trouve sa source dans la classification coutumière antérieure au XIXe siècle qui distinguait, au sein des vins du Médoc, les « Crus Bourgeois », les « Crus Artisans » et les « Crus Paysans » selon le statut social du propriétaire du vignoble. La publication du Classement de 1855 remettra en cause cette hiérarchie.

Mais depuis cette date, les qualités respectives des différents vins de Bordeaux ont évolué. Le classement ne reflétait donc plus toujours au XXe siècle l'évaluation historique. Sur cette constatation, des producteurs et négociants de la région Médocaine ont proposé en 1932 une distinction nouvelle appelée à devenir la mention « Cru bourgeois » qui pouvait être facultativement apposée sur les bouteilles récompensées.

En 1966 et en 1978, deux palmarès syndicaux sont venus couronner la dénomination, pour aboutir à un classement officiel reconnu par l'État français. Ce classement a été réactualisé en 2003 et est devenu « Le classement officiel des Crus Bourgeois » dans le cadre de deux arrêtés de juin 2003.

C’était sans compter sur quelques châteaux déclassés, qui ont entamé un marathon devant les tribunaux pour en obtenir l’annulation. À la suite des différents jugements, l’Alliance des Crus Bourgeois du Médoc a entrepris de faire homologuer un nouveau régime, portant non plus sur un système de classification, mais sur un principe de labellisation, selon un rythme annuel. Ce nouveau régime a été introduit par un décret de 2009, complété par un arrêté ministériel de la même année..

Mais cette situation ne convenaient pas à une grande majorité des acteurs Bordelais et un long travail de fond a été mené par les professionnels et l’administration pour qu’enfin aboutisse un nouveau classement publié ce 20 février.

Le classement des « Crus Bourgeois », Comment ça marche?

C’est un long parcours du combattant qu’ont dû mener les propriétés afin de pouvoir prétendre au fameux « titre ». Tout d’abord, il fallait déposer une candidature, validée par un organisme de vérification. Puis le château candidat devait soumettre ses vins à la dégustation verticale à l’aveugle de 5 millésimes. La note obtenue par le cru candidat à cette analyse conditionnait l’accès du cru à l’un des niveaux du Classement. Un niveau 3 à l’analyse sensorielle donnait l’accès à la mention « Cru Bourgeois », un niveau 1 ou 2 à la mention « Cru Bourgeois Supérieur », un niveau 1 à la mention « Cru Bourgeois Exceptionnel », nous résume Terre de Vins dans un article publié le 18 février. Mais pour accéder à l’un de ces deux niveaux, Supérieur ou Exceptionnel, encore fallait-il avoir candidaté à la « mention complémentaire ». Plusieurs critères entraient alors en ligne de compte :

  • Critère 1 : Attestation d’une certification environnementale de niveau 2
  • Critère 2 : Vignoble, récolte, chais, conditionnement, étiquetage, stockage, système de qualité doivent répondre à un cahier des charges
  • Critère 3 : Mise en valeur du site, qualité de l’accueil des visiteurs professionnels (du vin) et des particuliers, promotion individuelle et collective, mode de distribution, valorisation nationale et internationale du cru

L’évaluation aura été faite par une commission de 6 experts (Technique / Commerce & Promotion), plus une visite complémentaire sur site par l’Organisme de Vérification.

Cette phase s’est soldée par l’attribution d’une note pour chacun des 10 thèmes.

Le classement durera cinq ans avant qu’un nouveau soit établi, mais pendant cette période, les contrôles suivants seront appliqués :

  • La qualité du vin : dégustation à l’aveugle et mesure de la constance.
  • La traçabilité et l’authentification par un sticker pour chaque millésime.
  • Les contrôles organoleptiques avant conditionnement perdurant pendant toute la durée quinquennale du Classement (au moins 2 contrôles par cru).
  • L’environnement par l’engagement des crus dans une démarche de respect des bonnes pratiques culturales et environnementales. Beaucoup de Château pour ce classement. Ne pouvant y prétendre, ils ont pris un engagement avec une échéance dans cinq ans.

Et donc ce jeudi 20 février le suspens a pris fin et les résultats ont été révélés à la presse. Il a été retenu 249 crus, soit 31% de la production de la région du Médoc (28 millions de bouteilles).

Les jurés ont distingué 14 propriétés « Crus Bourgeois Exceptionnels », la plus haute distinction. Les « Crus Bourgeois Supérieurs » sont nombreux cette année avec 56 propriétés. Les « Crus Bourgeois » simples sont au nombre de 179.

L'AOC Médoc concentre 115 propriétés distinguées « Haut-Médoc », 88 « Saint-Estèphe », 15 « Listrac-Médoc », 14 « Moulis-en-Médoc », 8 « Margaux », et « Pauillac » une seule propriété.

Le grand changement pour les propriétés est que le classement est établi sur cinq ans et n’est plus révisé chaque année. Il y a donc désormais la possibilité de voir plus loin qu’à l’horizon d’une année. Pour ces réseaux de distribution l’obtention de la mention « Cru Bourgeois » est cruciale, car le consommateur qui vient au château est davantage intéressé « par ce qu’il goûte » que par le sticker « Cru bourgeois » sur la bouteille. Par contre, ce même consommateur, dans un rayon de supermarché, n’a pas la possibilité de goûter, et s’en remet donc à ce qu’il lit sur la bouteille et plus particulièrement les mentions de médaille à divers concours, ou lorsqu’il s’agit d’un vin du Médoc, la mention « Cru Bourgeois ».

Beaucoup de châteaux dépendent donc des cavistes, des restaurateurs et des négociants et lorsque ceux-ci représentent 70% de vos ventes, le classement prend une toute autre importance. Pour un propriétaire, la peur de ne pas être « Cru Bourgeois », c’est la peur de perdre des marchés, surtout en temps de crise, tant en France qu’à l’export. Si sur les marchés émergeants, les « Crus Bourgeois » ne sont pas encore très reconnus, sur les marchés traditionnels tels que la Grande-Bretagne, les États-Unis, le Québec ou le Benelux, le taux de notoriété est très bon chez les amateurs. 

Quant au prix, une augmentation sur les « Crus Exceptionnels » peut être attendue, certains châteaux étant encore très bon marché. Pour les autres, rien n’est moins sûr, compte tenu de la conjoncture internationale. Les primeurs d’avril de Bordeaux nous donneront sans doute une indication.

Source : McViti

À propos de l' auteur

Âgé de 45 ans, ingénieur agricole, diplômé de l’IHEDREA (Institut des Hautes Etudes de Droit Rural et d’Economie Agricole en 1995), j’ai poursuivi mes études par un master de Gestion, Droit et Marketing du secteur Vitivinicole et des Eaux de Vie dépendant l’Université de Paris 10 Nanterre et de l’OIV (Organisation Internationale de la Vigne et du Vin - 1997). Lire la suite...

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