dimanche 20 janvier 2019
Cette bouteille de Romanée-Conti millésime 1945 a été adjugée 558 000$, le 13 octobre dernier, lors d'une vente organisée par la maison Sotheby's à New York. Cette bouteille de Romanée-Conti millésime 1945 a été adjugée 558 000$, le 13 octobre dernier, lors d'une vente organisée par la maison Sotheby's à New York.

Que préférez-vous: une bouteille d’un grand cru Bourguignon ou quelques hectares de vignes?

Depuis quelque temps, les ventes aux enchères sont survolées par les vins de Bourgogne alors qu’il y a encore quelques années, c’étaient les grands crus Bordelais qui faisaient le marché: un changement d’époque et de prix qui font tourner les têtes des collectionneurs.

Dans un article paru la semaine dernière sur le site Internet Vitisphère, une question était posée: combien d’hectares de vignes pourrait-on s’acheter avec la bouteille la plus chère au monde? L’article indique que si comparaison n’est pas raison, il est frappant de convertir les 484 000 € déboursés pour une bouteille de la Romanée Conti en surfaces viticoles. Cette bouteille appartenait à la cave personnel de Robert Drouhin, président du Conseil de Surveillance du négociant Bourguignon Joseph Drouhin. Cette vente avait eu lieu le 13 octobre dernier à New York chez Sotheby’s. La vente globale a rapporté 6,3 millions d’euros.

En juin dernier, ce sont les vins du célèbre vignneron Henri Jayer qui ont affolé les compteurs. 835 bouteilles et 209 magnums issus des caves du domaine étaient proposés à la vente dans les hauteurs de Genève par Baghera Wines et s’est conclue par un chiffre de 29,8 millions d’euros. Déjà à l’époque, les médias et les professionnels parlaient d’une vente record.

Enfin, en décembre, la vente aux enchères d’une collection privée de plus de 1300 bouteilles du Domaine de la Romanée-Conti a atteint un total de 10,2 millions d’euros. 1363 bouteilles, 158 magnums et trois jéroboams, issus de la cave personnelle d’un collectionneur européen, étaient mis en vente à Genève par Baghera Wines, qui s’inscrit maintenant comme un acteur majeur des enchères.

« Ça n’a pas de prix, comme un tableau », confirme Robert Drouhin, tout en reconnaissant un versant négatif. « Cela va participer à l’inflation du prix des vignes, explique-t-il, ça devient impossible pour une famille de s’acheter de belles vignes, c’est le terrain de chasse des investisseurs. C’est une rupture, alors qu’il faut que les terres de vignobles restent dans la famille pour transférer l’expérience. »

Des calculs comparatifs ont été réalisés par Vitisphere qui nous livrent quelques exemples. Avec la bouteille de la DRC 1945 et selon les statistiques 2017 des Sociétés d’Aménagement Foncier et d’Établissement Rural (SAFER), les 484 000 € déboursés, son acheteur aurait pu investir, en moyenne, dans 3,4 hectares de vigne AOP (l’hectare en appellation française s’échangeant 143 900 euros en 2017). En Bourgogne, la somme de cette DRC 1945 représente quasiment 12 hectares en appellation régionale (41 000 €/ha) mais seulement 0,08 ha en grand cru (s’échangeant environ 6 millions €/ha). Record, cette bouteille représente au maximum l’équivalent de 81 ha en Coteaux du Vendomois (6 000 €/ha), 54 ha en Corbières (9 000 €/ha), 48 ha en Côtes du Marmandais (10 000 €/ha), 40 ha en Armagnac et Cahors (12 000 €/ha), 20 ha en Savoie les quatre Cantons (24 000 €/ha), 10 ha en Beaujolais cru Juliénas et Cognac cru Borderies (48 000 €/ha), 4 ha en Bandol et Saint-Joseph (120 000 €/ha), 3 ha en Sancerre (160 000 €/ha), 2 ha en Pouilly Fouissé (240 000 €/ha), plus d’un hectare en Châteauneuf du Pape (405 000 €/ha) ou Cornas et Pessac-Léognan (450 000 €/ha) et un tiers d’hectare en Côte de Blancs de Champagne (1,4 million €/ha). Et sans doute quelques hectares en Sauternes et Barsac…

2019 verra-t-elle de nouveaux records s’établir? L’Asie sera-t-elle toujours en forte croissance pour ce type de vente? Il semble toutefois que les collectionneurs perdent la tête et à de tels prix, pas de risque que le tire-bouchon s’use… qui oserait boire tous ces euros?

Source: McViti

À propos de l' auteur

Âgé de 45 ans, ingénieur agricole, diplômé de l’IHEDREA (Institut des Hautes Etudes de Droit Rural et d’Economie Agricole en 1995), j’ai poursuivi mes études par un master de Gestion, Droit et Marketing du secteur Vitivinicole et des Eaux de Vie dépendant l’Université de Paris 10 Nanterre et de l’OIV (Organisation Internationale de la Vigne et du Vin - 1997). Lire la suite...

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