vendredi 21 septembre 2018
Sauternes : le gel du printemps 2017 prive certains vignerons de récolte

Sauternes : le gel du printemps 2017 prive certains vignerons de récolte

En sauternes, les années en « 7 » étaient plutôt une réussite, à l’inverse des autres appellations du Bordelais. 2017 sera-t-il une exception ou le début d’un nouveau cycle ?

Château Climens, le grand cru classé 1855, n'avait pas raté ce rendez-vous pour son premier vin depuis 1993, mais en 2017, il n’y aura pas de millésime pour cette propriété. "Il y a deux raisons à cela: la qualité et la quantité. On a neuf lots satisfaisants mais pas suffisants pour faire du Climens. C'est dommage, il y avait un joli potentiel pour ce vin liquoreux", regrette Frédéric Nivelle. "C'est compliqué, avec 90% de perte par rapport à un chiffre d'affaires normal », ajoute-t-il. Pour bien comprendre, les rendements sont passés de 20 hectolitres par hectare à seulement 2 hl et une trentaine de barriques (9,000 bouteilles).

Toutes les appellations du bordelais ont été touchées par des épisodes de gel successifs qui ont brûlé les vignes. Mais si un vigneron sur cinq a perdu plus de 70% de sa récolte, selon la chambre d'agriculture de la Gironde, certaines exploitations, mieux exposées ou protégées des intempéries, ont à peine été touchées. Autour de Sauternes, ce sont les parcelles les plus basses en altitude qui ont dégusté, comme à château Climens.

Mais les vignes situées en hauteur, elles, ont été épargnées, sauvant la mise de châteaux prestigieux comme Yquem ou Rieussec, avec "un millésime magnifique grâce à un botrytis (champignon donnant son arôme spécifique aux liquoreux, aussi appelé "pourriture noble") d'anthologie", prédit Xavier Planty, président de l'Organisme de défense et de gestion (ODG) Sauternes-Barsac. Les primeurs en avril confirmeront ou non cette belle qualité annoncée, mais la météo pendant les vendanges n’a pourtant pas toujours été au rendez-vous.

Le sujet de l‘assurance récolte revient au cœur des discussions des Châteaux. Climens, comme beaucoup d'autres propriétés, n'en avait pas. Trop cher pour un tel sinistre qui n'avait pas été enregistré dans la région depuis 1991. Pour les rares domaines assurés, le compte n'y est pas non plus. Château Guiraud ne touchera rien pour ses 40% de pertes car le mode de calcul est fondé sur un rendement moyen, que les vins liquoreux du sauternais ne peuvent pas atteindre, explique Xavier Planty, l'un des propriétaires.

En moyenne, les propriétés de l'appellation Sauternes-Barsac ont perdu 50% de leur récolte. À l'échelle du département, l'association "SOS Vignerons sinistrés" a déjà recensé 300 à 400 exploitations qui risquent de ne pas pouvoir financer la campagne 2018. La majorité d'entre eux devraient vendre en vrac dans les prochains mois une récolte 2017 quasi-inexistante. Signe funeste, certaines parcelles n'ont pas été taillées et certains professionnels craignent que leurs propriétaires ne renoncent à la vigne, surtout ceux proches de la retraite et sans successeur.

D'autres savent déjà qu'ils ne survivront pas. "J'étais en redressement judiciaire. Le gel a mis un point final à la situation. Les prix ont augmenté mais pas assez pour que je m'en sorte. S'ils avaient doublé, ç'aurait pu le faire!", témoigne auprès de l’AFP ce quadragénaire sous couvert d'anonymat. "J'ai perdu 60 à 65% de ma récolte et j'avais besoin de tout pour sortir de l'ornière. Là, ça ne suffira pas".

Le marché du foncier a été très actif en 2016 et 2017 dans le Bordelais, ces derniers évènements climatiques pourraient encore accroitre le nombre de transactions. Quant à sauternes, les difficultés rencontrées sur le plan commercial depuis plusieurs années, le vin en « Or » étant malheureusement boudé par les consommateurs, il risque encore de connaître quelques forte secousses. Il va s’en dire qu’un beau millésime 2018 est indispensable.

Source: McViti

À propos de l' auteur

Âgé de 45 ans, ingénieur agricole, diplômé de l’IHEDREA (Institut des Hautes Etudes de Droit Rural et d’Economie Agricole en 1995), j’ai poursuivi mes études par un master de Gestion, Droit et Marketing du secteur Vitivinicole et des Eaux de Vie dépendant l’Université de Paris 10 Nanterre et de l’OIV (Organisation Internationale de la Vigne et du Vin - 1997). Lire la suite...