mercredi 19 septembre 2018
France - fin du glyphosate dans trois ans, «Inévitable Protectionnisme» pour l'agroviticulture française? Photo: AFP/Philippe Huguen

France - fin du glyphosate dans trois ans, «Inévitable Protectionnisme» pour l'agroviticulture française?

Depuis plusieurs mois le débat en Europe sur l’autorisation du glyphosate ou non fait rage et les Institutions Européennes ont tranché : l’autorisation est prorogée pour cinq ans, le Round-Up et ses concurrents ne seront donc  pas interdits au sein de l’Union européenne. Les agriculteurs crient au scandale, quant aux écologistes, ils ne sont pas satisfaits non plus puisqu’ils auraient voulu une décision encore plus radicale. La France sous la pression des lobbies verts a décidé d’interdire son utilisation dans les trois ans, ce qui ne devrait pas manquer d’avoir des conséquences lourdes sur l’économie hexagonale.  

Qu’est-ce que le glyphosate ?

Le glyphosate est un herbicide total foliaire systémique, c’est-à-dire un herbicide non sélectif absorbé par les feuilles et ayant une action généralisée, le produit étant assez peu mobile dans les sols, les industriels lui ajoutent des additifs pour améliorer sa performance. Son utilisation évite de retourner les terres. Son usage est très courant en agriculture traditionnelle mais aussi il est utilisé par presque l’ensemble des établissements publics gérant des espaces verts. Son interdiction en France va remettre en cause bien des modèles.

Autrefois produit sous brevet, exclusivement par Monsanto à partir de 1974 sous la marque Round-Up, le brevet passe dans le domaine public en 2000 et d'autres sociétés produisent désormais du glyphosate.

Le glyphosate est classé depuis le 20 mars 2015 comme « probablement cancérogène » par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Cette agence de l'OMS précise que ce classement est uniquement une estimation du danger, et que l'estimation du risque pour la population générale est du ressort des agences de sécurité sanitaire. Depuis lors, un panel d'experts de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture et de l'Organisation mondiale de la santé estime en mai 2016 qu'il est improbable que le glyphosate soit cancérigène par voie alimentaire en cas de doses résiduelles. Des appréciations similaires ont été rendues par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (AESA) ainsi que par les différentes agences nationales ayant été chargées d'évaluer le risque sanitaire du glyphosate par voie alimentaire. Néanmoins, ses opposants lui prêtent des effets néfastes sur l'environnement et sur la santé des personnes exposées aux pulvérisations (agriculteurs et populations rurales entre autres).

La France se tire-t-elle une balle dans le pied avec cette interdiction ?

Emmanuel Macron soumis à la pression de son ministre de l’Écologie Nicolas Hulot et de divers lobbies environnementaux a décidé d’interdire le glyphosate non pas dans cinq ans mais dans trois ans sans se préoccuper de savoir ce que l’Union Européenne décidera en 2022. Nous pouvons nous interroger sur l’opportunité d’une telle décision. En effet, sous l’impulsion de l’OMC, les barrières douanières autour de l’Europe ont quasiment disparu et les échanges agricoles augmentent d’année en année sans que les compétiteurs internationaux se soumettent aux mêmes règles leur permettant d’avoir des coûts de revient plus faibles sans que le consommateur final soit mieux protégé. Qui sait d’où proviennent nos Corn Flakes ? Sont-ils produits selon nos normes ? Et si les producteurs français ont des normes plus contraignantes que leurs pairs européens pourront-ils résister financièrement encore longtemps ?

Cette distorsion de concurrence a déjà mis à mal l’agro-industrie française de la viande et du lait. Depuis plus de trente ans nos différents gouvernements de gauche et de droite s’acharnent à appliquer les directives européennes en les durcissant, ce que nos voisins se gardent bien de faire. Pour preuve, les dernières mesures sur la politique de l’eau dans notre territoire augmentant considérablement le coût liés à des mises aux normes que les éleveurs ne peuvent répercuter sur le prix puisque les importations intra UE sont libres et quasi libres avec les pays tiers qui eux ne sont soumis à peu voir aucune norme comme les éleveurs bovins d’Amériques latines, par exemple. 

Pour le secteur des vins et des eaux de vie le problème est quasi similaire : en 1991, la profession avait déjà dû subir la Loi Evin, loi interdisant la publicité et toute forme de promotion sur le sujet tant dans la presse écrite que dans l’audiovisuel et des campagnes violentes promouvant l’abstinence ont lavé le cerveau des Français pendant plus de quinze ans. Il faudra attendre l’arrivée de François Hollande au pouvoir en 2012 pour que cette loi soit partiellement détricotée.

Aujourd’hui, c’est Emmanuel Macron qui poignarde dans le dos une partie de la profession par cette mesure alors que lui-même lors de la campagne présidentielle indiquait qu’au sein de l’Union, les règles devaient être les mêmes pour tous. Pour la FNSEA, premier syndicat agricole français, si cette décision de l’Europe est une preuve de pragmatisme des États membres, c’est l’attitude du président Macron, en précisant dans un tweet qu’il prendrait les dispositions nécessaires pour que « l’utilisation du glyphosate soit interdite dans notre pays au plus tard d’ici trois ans », qui agace. La FNSEA rappelle que le président de la république soulignait le 19 avril de cette année : « je me battrai pour la convergence fiscale, sociale et environnementale au sein de l’Union européenne, afin que chaque État joue avec les mêmes règles du jeu ». La FNSEA met donc l’accent sur les risques de distorsion de concurrence et dénonce l’acceptation de règles différentes pour ce que l’on produit et pour ce que l’on importe.

Du côté des vignerons, c’est globalement le même état d’esprit.  « Le glyphosate ? Ne m’en parlez pas, ça va faire mal. Très mal. Il n’y a pas de solution de remplacement en face ! », s’emporte un viticulteur du Minervois à l’ouverture du salon Sitevi  de Montpellier il y a trois semaines rapporte Alexandre Abellan dans un article paru sur le site internet Vitisphère. L’annonce de la reconduction européenne de la licence du glyphosate pour cinq ans et la promesse de sa suppression française dans trois ans n’a donc pas laissé indifférent dans les allées du salon. « Ces gens qui pensent qu’il faut supprimer le glyphosate, qu’ils viennent dans mes vignes pour un stage. On verra si après une journée à biner, ils sont encore contre les herbicides de Monsanto » grogne un vigneron gardois. Ajoutant que « c’est bien beau d’être écolo en ville, mais la réalité du terrain est bien différente… Il vaut mieux que je n’aie pas un de ces bobos en face ! » Certaines positions sont parfois plus modérées en particulier chez certains Bourguignons qui possèdent de petites exploitations mais là, le prix de revient de leurs productions est dix à quinze fois supérieurs à leur confrères languedocien à l’hectare, difficile donc de comparer et cela rend forcément plus serin.

Il serait bon que nos politiques et nos décideurs économiques relisent le remarquable essai publié en 2011 aux Éditions Galimard et appelé Inévitable Protectionnisme ou Adrien de Tricornot journaliste au Monde et ses deux confrères Franck Dedieu et Benjamin Masse-Tamberger nous amenaient à réfléchir sur notre modèle productif et social à l’orée d’une mondialisation débridée où tous les acteurs ne subissent pas les mêmes règles. Sans doute alors, des décisions brutales comme celle de la suppression du glyphosate n’auraient pas été prises par un simple tweet…  Première erreur politique d’un président d’habitude si pragmatique ?

Source: Info-Viti

À propos de l' auteur

Âgé de 45 ans, ingénieur agricole, diplômé de l’IHEDREA (Institut des Hautes Etudes de Droit Rural et d’Economie Agricole en 1995), j’ai poursuivi mes études par un master de Gestion, Droit et Marketing du secteur Vitivinicole et des Eaux de Vie dépendant l’Université de Paris 10 Nanterre et de l’OIV (Organisation Internationale de la Vigne et du Vin - 1997). Lire la suite...