lundi 16 septembre 2019
Marc-André Valiquette, le révolutionnaire alimentaire

Marc-André Valiquette, le révolutionnaire alimentaire

On ne s’ennuie jamais quand on parle à Marc-André Valiquette. Biologiste moléculaire et inventeur du système de contenants de jardin révolutionnaire BIOTOP, Marc-André nous avait prédit, il y a cinq ans, la popularité de la protéine d’insectes et il avait identifié le rôle anormalement important que continue de jouer le maïs dans notre alimentation. On le pensait fou; il avait vu juste. Mais ce n’est que la pointe de l’iceberg. Avec ses idées tranchantes et sa compréhension cristalline du monde agroalimentaire, il prône une révolution alimentaire hyperlocale depuis un quart de siècle. Nous l’avons rejoint entre deux réunions avec des investisseurs pour qu’il nous parle un peu des enjeux mondiaux alimentaires qui nous guettent, des grandes mouvances planétaires, et aussi pour savoir sur quoi il travaille au juste et où il en est avec sa révolution. Car au risque de se répéter : on ne s’ennuie jamais avec Marc-André Valiquette.

On a souvent prédit que notre système agroalimentaire, sous sa forme actuelle allait bientôt frapper un mur. Pourtant, rien ne semble changer. On en est où selon toi?

Il faut se rappeler que le système agroalimentaire actuel s’est installé de façon graduelle, lentement, au fil des ans. Et ce qui est le plus important pour tous les acteurs de ce secteur, c’est la stabilité et la prévisibilité des modèles de production qui assurent une croissance contrôlée et une certaine sécurité. Tout cela fait l’affaire des compagnies tant et aussi longtemps que les paramètres sociaux et climatiques sont stables. Maintenant, on arrive lentement à un point de rupture, qui vient bouleverser les choses graduellement. Premièrement, il y a les changements climatiques qui viennent justement menacer la stabilité et la prévisibilité de la production. On observe aussi l’effondrement des populations d’insectes pollinisateurs à cause des insecticides et des parasites, ce qui affecte la production, entre autres, de fruits. Et il y a aussi tout le volet financier. On constate que de plus en plus de producteurs agricoles ont de la difficulté à assurer leurs récoltes, c’est à dire, ils ne peuvent avoir une bonne compensation en cas de perte ou de destruction. Et un autre effet graduel qu’on devrait surveiller dans le monde agroalimentaire, c’est l’inflation. En 2016, on se souvient de la crise du chou-fleur, où on payait 8 $ pour ce légume. Aujourd’hui, c’est la crise du céleri. C’est très progressif, mais à mesure que notre monnaie perd de sa valeur et que notre environnement vient affecter la production, les aliments vont coûter plus cher. Tous ces facteurs vont tranquillement bouleverser notre système actuel et nous forcer à revoir nos façons de faire.

On prévoit une population mondiale de 10 milliards de personnes en 2050. On fait quoi alors?

Je pense que la réponse doit aussi venir graduellement. Mais il faut se rappeler que se nourrir n’est pas un privilège, c’est un droit fondamental. Donc, cela commence par une prise de conscience. Cela fait 25 ans que je prône l’agriculture urbaine, qui fait partie de la solution. Il ne faut pas penser que c’est LA solution, mais c’est un élément important. L’agriculture urbaine fait partie de ce que j’appelle la révolution alimentaire hyperlocale : il faut manger local, produire local et distribuer local. C’est un mouvement citoyen qui doit se faire, une personne à la fois. Et cela commence par chaque petit geste qui est posé. Cela peut commencer par un loisir, jardiner sur son balcon, dans deux ou trois contenants, mais tranquillement, cela devient une passion. Puis, quand on voit le potentiel et la possibilité, cela devient une terrasse, une cour ou, éventuellement, un toit. Puis, on peut arriver à un certain degré d’autonomie. Par exemple, avec les bacs BIOTOP, j’ai vu des gens qui étaient parfaitement autonomes en production de légumes, petits fruits et fines herbes tout l’été — et puis ils ont eu assez de tomates et de cornichons pour se faire des conserves. Donc, c’est très faisable.

Lire l'entrevue complète

Source: Explorateurs culinaires