jeudi 23 mai 2019
L'air est rempli de nanoparticules nocives pour la santé à Montréal-Trudeau

L'air est rempli de nanoparticules nocives pour la santé à Montréal-Trudeau

Des chercheurs de l'Université McGill ont enregistré un nombre particulièrement élevé de particules en suspension dans l'air à l'aéroport Montréal-Trudeau, dont des nanoparticules de métaux lourds reconnus pour être nuisibles à la santé.

La recherche, dont les résultats ont été publiés la semaine dernière dans la revue scientifique Environmental Pollution, a été menée de juillet à septembre 2017 sur le terrain de l’aéroport. Deux stations d’enregistrement avaient été installées : la première sur le tarmac du terminal international, la seconde près du débarcadère des départs, à quelques mètres au-dessus du sol.

On y a trouvé un nombre « très, très élevé » de particules en suspension dans l’air, confirme au téléphone l’auteure principale de l’étude, Parisa A. Ariya, professeure aux départements de chimie et des sciences atmosphériques et océaniques de l’Université McGill.

Jusqu’à deux millions de particules par centimètre cube ont été détectées, soit plus que « toutes les mesures prises jusqu’à maintenant dans tout autre aéroport international », peut-on lire dans le résumé de la recherche.

C’est aussi beaucoup plus qu’au centre-ville de Montréal ou sur l’autoroute à l’heure de pointe, précise l’étude, qui qualifie l’aéroport de Dorval de « zone sensible » (hotspot, en anglais).

Une détection difficile

Les particules observées par les chimistes et les physiciens à Montréal-Trudeau sont principalement des « nanoparticules », soit des particules dont le diamètre est inférieur à 100 nanomètres (0,0001 mm).

Ces nanoparticules étaient impossibles à observer auparavant. Encore aujourd’hui, rares sont les chercheurs à pouvoir disposer d’instruments capables de les mesurer.

Des appareils de pointe, dont un microscope électronique à balayage de haute définition (high-resolution STEM imaging, en anglais), ont toutefois permis à l’équipe de l’Université McGill d’étudier la qualité de l’air à Montréal-Trudeau comme jamais auparavant.

Peu d’autres aéroports internationaux ont été soumis à un tel niveau d’analyse. Cela étant dit, c’est à Montréal qu’on a observé le nombre de nanoparticules le plus élevé jusqu’à maintenant.

Pourquoi? La professeure Ariya avance quelques hypothèses : le grand nombre de vols à Montréal-Trudeau par rapport aux autres aéroports étudiés, la proximité de l’aéroport avec le centre-ville, le fait que Montréal soit situé sur une île, etc.

Des nanoparticules nocives pour la santé

Plus de 30 éléments chimiques ont été détectés dans les particules en suspension dans l’air à Montréal-Trudeau.

Si certains de ces éléments ne sont « pas du tout dangereux », aux dires de la professeure Ariya, d’autres sont considérés comme toxiques par l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA).

Son équipe a notamment trouvé des concentrations variables de zinc, de nickel, de fer et de plomb, mais aussi d’autres métaux lourds, comme du chrome, du manganèse et de l’arsenic.

Ces concentrations n’ont rien d’illégal, selon Mme Ariya. « Les règlementations, en ce moment, ne demandent pas de mesurer les nombres [de nanoparticules] », explique-t-elle.

Elles pourraient toutefois avoir le potentiel de nuire à la santé, admet la professeure. « Les nanoparticules dans l’air sont considérées comme des contaminants émergents parce qu’on sait qu’ils ont des effets sur la santé. Et c’est à cause de ça que les nanoparticules sont considérées par l’Organisation mondiale de la santé comme sa priorité numéro un. »

En attendant, Mme Ariya insiste pour dire qu'« il ne faut pas être alarmiste », dans la mesure où son étude ne portait pas sur l’incidence de la qualité de l’air sur la santé humaine, mais uniquement sur la taille, la concentration et la composition des particules en suspension.

Selon elle, d’autres recherches devront être menées, à Montréal-Trudeau comme dans les autres aéroports internationaux de la planète.

ADM promet un suivi

Aéroports de Montréal (ADM), qui a permis à l’équipe de chercheurs de mener ses travaux, a mentionné par courriel que l’étude de 35 pages lui avait été transmise le jour de sa publication, le 19 décembre.

« Nos équipes de la direction Environnement et Développement durable en prendront connaissance et assureront un suivi avec l’équipe de chercheurs au cours des prochaines semaines », écrit la porte-parole Marie-Claude Desgagnés.

« Cette recherche s’inscrit d’ailleurs dans notre volonté de poursuivre notre développement tout en minimisant notre empreinte écologique », ajoute-t-elle.

ADM dit avoir contribué financièrement au travail des chercheurs « à la hauteur de plusieurs milliers de dollars ». La professeure Ariya assure néanmoins que l’étude menée par son laboratoire a été faite de manière complètement indépendante.

Source: Lou White, via Radio-Canada du 28 décembre 2018