lundi 8 mars 2021
Portrait du monde de l'emploi pour les 15 prochaines années

Portrait du monde de l'emploi pour les 15 prochaines années

L’automatisation, l’intelligence artificielle et la robotisation bouleverseront les emplois actuels et en créeront de nouveaux. Près de 42 % des postes ont un risque élevé d’être touchés par l’automatisation.

Près d’un emploi sur deux risque d’être transformé ou éliminé au Québec d’ici 15 ans en raison de l’automatisation, l’intelligence artificielle et la robotisation.

Cette statistique provient du Brookfield Institute affilié à l’Université Ryerson, à Toronto. Tous les secteurs de l’économie vont y passer.

Des usines multiplieront leurs départements d’automatisation. Des robots iront dans les mines... et les allées des supermarchés. Des drones feront le travail des monteurs de ligne.

Moins d’emplois

Plus de 85 % des emplois qui vont naître d’ici 2030 n’ont pas encore été inventés, selon un rapport de l’Institute for the future et Dell publié l’an dernier.

Plusieurs patrons d’entreprises estiment toutefois que pendant ce temps, de nombreux postes disparaîtront.

«Plus de la moitié (54 %) des dirigeants d’entreprises au Canada prévoient qu’au moins un emploi sur cinq dans leur organisation n’existera plus d’ici cinq ans», selon une enquête de Mercer.

En plus de perdre leur travail, certains salariés vont s’appauvrir, selon la directrice générale Bain & Company’s Macro Trends Group, Karen Harris.

«Au total, plus de 80 % de la main-d’œuvre risque d’être touchée par des pertes d’emplois ou des baisses de salaires à cause de l’automatisation», prévient-elle.

Par exemple, un journalier d’entrepôt qui travaille avec des robots bon marché aura toute la misère du monde à obtenir son augmentation de salaire, souligne Mme Harris.

«Les vendeurs de magasin au détail sont probablement ceux qui subiront le plus de pertes d’emplois», craint le directeur du Brookfield Institute, Sean Mullin.

La vague se fera fortement ressentir dans la restauration rapide, selon M. Mullin. Les embauches se feront rares en raison de l’installation de bornes interactives, même s’il y aura encore quelques «vrais travailleurs», dit-il.

Les conducteurs de véhicules lourds vont aussi y goûter. «Avec l’arrivée des véhicules autonomes, le besoin d’avoir un être humain qui conduit un camion est par exemple éliminé», observe-t-il.

«Les chauffeurs de taxi et les caissiers de banques vont disparaître et les travailleurs de la santé, physiothérapeutes et entraîneurs médicaux vont apparaître», pense le fondateur du laboratoire de robotique de l’Université Harvard, Roger Brockett.

Une étude alarmiste?

Au gouvernement du Québec, on qualifie d’«alarmiste» l’étude du Brookfield Institute selon laquelle 41,9 % des emplois seront à risque, peut-on lire dans une note interne du ministère du Travail datant de mai 2017.

De leur côté, plus d’un Québécois sur deux (53 %) a peur que l’intelligence artificielle et l’automatisation se traduisent en pertes d’emplois, selon une étude du CIRANO.

«Qu’est-ce qui va se passer pour les boulots? Quand la moitié de mes collègues seront des robots, à quoi va ressembler la vie en entreprise?» se demandent les gens, selon Sylvain Duranton, directeur monde de BCG Gamma, la branche d’intelligence artificielle du Boston Consulting Group (BCG).

Des métiers fortement touchés

Plusieurs types d’emplois ont le potentiel d’être en partie ou complètement automatisés en Amérique du Nord, selon une analyse du cabinet de conseil McKinsey­­­ & Company.

À partir de celle-ci, nous avons classé certains emplois selon leur degré d’automatisation: «En sécurité», «En transformation» et «En danger».

Les emplois «En danger» sont ceux qui comportent des tâches répétitives: emballeurs, commis de magasin, etc.

Les professions «En transformation» sont celles qui vont côtoyer la techno sans être remplacées par celle-ci. Par exemple, même avec ses compteurs intelligents, Hydro-Québec a encore des employés.

«En sécurité» sont les métiers où l’humain continuera d’occuper une place dominante: professeurs, artistes, etc.

Jusqu’à 800 millions de personnes au monde pourraient perdre leur boulot d’ici 12 ans en raison de l’automatisation, rappelle McKinsey & Company.

Des «métiers du futur», comme «coach génétique» ou «pilote de drone» apparaîtront également, selon le site Monster.

10 emplois transformés

Mécanicien (voiture, camion, autobus) et réparateur mécanique

Agent administratif

Serveur

Commis de magasin

Conducteur de camion

Caissier

Adjoint administratif

Cuisinier

Commis de cuisine

Vendeur au détail

(Source: Brookfield Institute, Les professions les plus touchées par l’automatisation, 2016)

10 emplois du futur

Chef de la productivité

Courtier en espace excédentaire

Pilote de drone

Contrôleur privé de trafic aérien

Mentor médical

Mécanicien de voiture sans conducteur

Spécialiste de transport autonome

Coach génétique

Spécialiste de l’intégration humain-technologie

Mentor de l’intégrité

Coach de fin de vie

(Source: Monster)

En danger

Manufacturier

L’automatisation sera la norme. À beaucoup d’endroits, 100 % de la chaîne de production sera intelligente. Journalier, empaqueteur, emballeur... une bonne partie des postes d’usine pourraient carrément disparaître.

Commerce de détail

D’ici quelques années, il risque de n’y avoir presque plus de vendeurs sur les étages. Les robots vont ranger les vêtements sur les rayons et seront capables d’aider les clients.

Restauration rapide et détaillants en alimentation

Caissier, préparateur de commandes... tous ces postes pourraient bientôt ne plus exister. Les bornes serveur, les moyens de paiement intelligents et les robots s’imposeront.

Technologie et multimédia

Certaines équipes informatiques maison des entreprises sont menacées. De plus en plus de compagnies technos vont offrir aux PME des «services clés en main» gérés à distance. Résultat, il faudra moins de personnes à l’interne pour gérer leur réseau informatique.En transformation

Institutions financières

Après les robots-conseillers, les «robots spécialisés en gestion de patrimoine» vont s’imposer dans les institutions. Caissières et commis de banques devront parfois changer de poste pour conserver leur gagne-pain.

Commerce de gros

Les grossistes vont continuer de gérer leur stock avec des outils robotiques dernier cri. Certains manutentionnaires, journaliers et superviseurs pourraient perdre leur emploi selon le degré d’automatisation de leur usine.

Énergie et services publics

Certaines technos ciblées, comme les compteurs intelligents, vont rendre moins essentiels certains métiers, comme les travailleurs d’Hydro-Québec qui recueillaient à la main les données des compteurs avant.

Agriculture

Les agriculteurs auront toujours leur place, mais ils devront s’adapter aux techniques ultrasophistiquées, comme le labourage intelligent qui va changer radicalement leur industrie.

Mines et exploration

Les mineurs auront moins besoin d’aller dans des zones dangereuses. Ils utiliseront des robots téléguidés, un peu comme un Nintendo, pour effectuer les opérations de forage périlleuses, notamment.

Services paramédicaux

Physiothérapeutes et massothérapeutes ne devraient pas être rayés de la carte pour l’instant. Une fois de plus, l’intelligence artificielle affinera leurs outils et techniques comme jamais, mais le contact humain avec les patients jouera en leur faveur.

En sécurité

Services d’éducation

Les professeurs et éducateurs seront épargnés parce qu’ils ont des qualités comme l’empathie que les robots ne sont pas près d’avoir.

Gestion et management

Les gestionnaires d’équipe resteront très recherchés. Ils devront cependant apprendre à jongler avec de nouveaux outils technos très avancés de gestion de performance.

Services professionnels

Des avocats jusqu’aux bibliothécaires, les professionnels seront très prisés pour leurs conseils, même si certaines de leurs tâches s’automatiseront à la vitesse grand V.

Médias

À court terme, les salles de rédaction auront toujours des journalistes, même si les robots-journalistes pourraient s’imposer peu à peu dans les rubriques sportives ou financières.

Services hospitaliers et services sociaux

Avec le vieillissement de la population, les professionnels de la santé resteront très prisés. La relation d’aide des médecins et travailleurs sociaux restera au cœur de leur travail.

Courtage immobilier

Malgré la popularité des visites virtuelles, les courtiers immobiliers auront leur place parce que bien des Québécois comptent encore sur eux pour trouver la perle rare.

Art et divertissement

Musiciens et artistes, tous ceux qui créent des œuvres artistiques faisant appel à l’émotion auront encore du travail.

Source: Lou White, via TVA Nouvelles du 7 juillet 2018