samedi 22 février 2020
La Gascogne, institution montréalaise, ferme ses portes par surprise

La Gascogne, institution montréalaise, ferme ses portes par surprise

La Pâtisserie de Gascogne, qui compte plusieurs boutiques dans la grande région de Montréal, a déclaré faillite après 60 ans d'activités commerciales.

Certains employés et le syndicat ont été informés mercredi soir que les serrures avaient été changées dans les sept succursales et que l'usine de production serait fermée à compter de 4 heures dans la nuit. Selon le Syndicat des travailleurs et travailleuses unis de l'alimentation et du commerce (TUAC), environ 175 employés ont perdu leur emploi dans les boutiques et à l'usine de production.

Dans une note affichée dans la porte de la succursale de Westmount, mise en ligne sur les réseaux sociaux, on apprend que l'entreprise est « dans l'obligation de mettre fin à [ses] opérations pour des raisons commerciales ».

Il est écrit que La Pâtisserie de Gascogne sera « fermée jusqu'à nouvel ordre » dans le même message signé par le président de l'entreprise, Jean-Michel Cabanes.

D'après le permanent syndical affecté au dossier, Pierre Plante, le syndic de faillite MNP est déjà chargé de liquider les actifs.

Selon M. Plante, l'entreprise aurait l'intention de verser la dernière semaine de salaire, du 25 décembre au 3 janvier, mais aucune autre indemnité ne sera versée.

« Il y a des employés qui n'ont pas pris de vacances, qui ont cinq semaines de vacances, des congés de maladie accumulés, tout ça va aller dans la faillite », a déploré le représentant des TUAC.

D'après Pierre Plante, qui suit le dossier de La Pâtisserie de Gascogne depuis 10 ans, le marché de la pâtisserie de luxe vit des moments assez difficiles, mais jamais il ne s'attendait à une fermeture immédiate.

« Entre Noël et le Jour de l'An, quelqu'un a vu le propriétaire Jean-Michel Cabanes vider son bureau et ça a inquiété les gens. Quand on a appelé, personne n'a dit que ça allait fermer, on nous a dit que c'était "business as usual" », a raconté M. Plante, ajoutant qu'il avait une « bonne relation » avec l'entreprise fondée en 1957.

Sur les quelque 175 employés, environ 40 % avaient des postes réguliers. Les salaires horaires variaient entre 11,25 $ et 20 $.

En raison de la faillite, les employés n'ont même plus accès à leur casier personnel. Ils doivent attendre les instructions du syndic pour récupérer leurs affaires.

Les employés en deuil

Un employé rejoint par La Presse canadienne dit avoir appris la nouvelle par un message de son supérieur qui lui disait de ne pas se présenter au travail, car les portes seraient barrées et les serrures changées.

« On n'a vu aucun signe avant-coureur. Même notre directrice des ventes n'avait pas été informée. Tout est fermé et il n'y a aucune possibilité d'entrer », a confié celui qui travaille pour la pâtisserie depuis six ans.

Ce dernier craint de vivre des moments difficiles, sans revenu, au cours des prochaines semaines. Il dit toutefois s'inquiéter davantage pour ses collègues plus âgés qui approchent l'âge de la retraite.

Le jeune homme dit avoir vu la copropriétaire, Anne-Marie Cabanes, visiter la boutique à quelques reprises dans les dernières semaines. « On aurait dû sentir que ça s'en venait, mais on ne l'a pas senti », conclut-il.

Plusieurs travailleurs licenciés se sont regroupés, jeudi, pour encaisser le choc et « faire le deuil ».

« Ça pleurait beaucoup. Les responsables de la boutique étaient très touchés parce qu'ils n'ont même pas eu l'occasion de nous l'annoncer en personne et qu'ils étaient très proches des employés », a décrit une autre employée en poste depuis quelques mois seulement.

Elle s'inquiète pour les mères de famille qui doivent subvenir aux besoins de leurs enfants et pour les gens malades qui ont perdu leurs assurances liées à l'entreprise.

« On vit surtout de l'incompréhension. Pourquoi ça s'est fait comme ça? Tout le monde peut comprendre qu'une entreprise vive des problèmes », dénonce-t-elle.

D'après les informations publiées sur la page web de l'entreprise, la pâtisserie aurait été fondée en 1957 par Francis et Lucie Cabanes, qui auraient immigré au Québec en 1952.

Aujourd'hui, ce sont Jean-Michel et Anne-Marie Cabanes qui ont pris la relève de l'entreprise familiale, tel que l'indique le Registre des entreprises du Québec.

La direction de la Pâtisserie Gascogne n'a pas répondu aux demandes d'entrevue de La Presse canadienne.

Source: Lou White, via Radio-Canada du 4 janvier 2018