vendredi 27 mai 2022

Gaspillage éhonté avec les fruits & légumes dit «moches»

Pour le seul mois de juillet, Sandrine Contant-Joannin a ramassé deux tonnes de légumes qui normalement auraient été laissés aux champs ou jetés à la poubelle.

En juin, c’était 871 kilos. Avec le début de la cueillette des pommes et des melons, en août, la directrice de Jardins solidaires s’attend à récupérer encore plus de volumes de fruits et légumes moches.

Pendant qu’en France, les légumes moches sont devenus très à la mode, au Québec, les supermarchés rejettent entre 20 à 50% des récoltes de légumes et fruits frais offerts par les producteurs québécois.

« Certains ont été égratignés, d’autres sont croches, trop gros ou trop longs pour les standards établis. Pour les légumes, le déclassement est très sévère et il y a très peu de transformation. Le phénomène du gaspillage est moins grave en pomiculture, puisque les pommes sont vendues pour le jus et la purée », explique Sandrine Contant-Joannin, qui a cofondé l’organisme à Saint-Joseph-du-Lac.

 L’organisation qu’elle dirige obtient actuellement ces denrées en dons de la part de cinq producteurs maraîchers de la région d’Oka.  Elle les redistribue gratuitement aux centres d’aide alimentaires qui manquent de produits frais à offrir aux familles démunies de la région.   

 « Je dois rejeter au moins 20% de mes récoltes. Je n’ai jamais compté combien je perds en ventes sur les marchés, mais c’est certainement des centaines de milliers de dollars », confirme Pascal Lecault, copropriétaire de la ferme Végibec, qui est un des  principaux donateurs aux Jardins Solidaires.

Encore plus de gaspillage
Du côté des pomiculteurs, le déclassement s’élève à 50% de la récolte, au minimum. Aucune meurtrissure, taches ni déformation n’est tolérée et chaque pomme doit être suffisamment rouge.

« Nous sommes captifs des grandes chaînes à qui nous vendons 80% de nos récoltes. Elles sont intraitables et exigent  une qualité exceptionnelle. Avant, on pouvait se rabattre sur la vente aux transformateurs québécois (NDLR : Lassonde pour le jus et les Vergers Leahy pour la compote) . Mais on commence à voir des problèmes avec eux », explique Marc Vincent, président de la Coopérative pomicole de Deux-Montagnes.

En effet, normalement, un minot de pommes (19 kilos) est acheté à 4,20$ l’unité pour la production de jus ou de purée. En 2013, le prix a chuté à 2,90$/ minot et en 2014, les producteurs s’attendent à un prix encore plus bas.  La concurrence provient principalement de la Chine qui vend à un prix très compétitif du concentré de pommes.

« On cherche à vendre sur des marchés de 2e qualité (Marché Central et fruiteries) ou à valoriser nos produits dans les HRI  [hôtels, restaurants, institutions]. Les distributeurs québécois sont plus ouverts à acheter nos produits. On pense aussi à faire nous-aussi de la transformation», complète Marc Vincent

La coop qu’il dirige fournira 200 kilos de pommes par semaine, au cours de la prochaine année, aux Jardins solidaires.

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La faute aux Québécois
Les détaillants rejettent sur le dos des Québécois leur refus de manger des légumes et fruits moches. Ils ne se sentent pas non plus responsables des pertes imposés aux producteurs agricoles qui doivent laisser aux champs une grande quantité de leurs produits.

« Le légume et le fruit parfaits, c’est le consommateur qui le réclame. Il est souvent le premier impliqué », réplique Nathalie Saint-Pierre,  du Conseil canadien du commerce de détail (CCCT).  La porte-parole soutient que les catégories et la nomenclature des produits frais permettent au détaillant de savoir ce qu’il achète et de négocier avec le fournisseur. Elle affirme que le marché de la transformation est bien développé et que les producteurs peuvent utiliser ce créneau pour écouler leurs marchandises non vendues.

Nathalie Saint-Pierre rappelle aussi que les détaillants évitent le plus possible de jeter les aliments défraîchis. « Ils offrent des promotions, des rabais et des plats cuisinés sur place. Sans oublier qu’ils font aussi des dons aux banques alimentaires. Ultimement, les aliments sont envoyés dans un système de collecte des matières organiques », énumère-t-elle.

Du moche depuis 20 ans
En fait, le Québec est un lieu où il se vendrait plein fruits et légumes de moindre qualité esthétique.

« Les Québécois sont des habitués aux fruits et légumes moches. En Amérique du Nord, on est un des endroits où la qualité est au plus bas, si on se compare à Toronto », ajoute Jacques Nantel, professeur au département de marketing aux HEC Montréal.

Il croit néanmoins que la demande pour la consommation d’aliments déformés et déclassés, comme c’est la mode en Europe,  demeurera marginale.

« Dans l’ensemble nord-américain, nous n’avons pas beaucoup de possibilités pour déterminer nos propres règles. Si vous avez 10% de la population qui est prêt à acheter des aliments déclassés, en amont, c’est toute la logistique d’approvisionnement et d’entreposage qui sera modifiée », explique-t-il. 

Il doute que le marché soit disposé à modifier ses règles pour un si faible pourcentage de consommateurs.
Source: Argent/Canoe du 30 juillet 2014


NOTE DE L'ÉDITEUR
Il serait temps que les organisations concernées, consultent La Tablée des Chefs qui ont l'expertise necessaire afin de regler une partie du problème!

À propos de l' auteur

Je suis un «réseauteur dans l’âme» et je suis en charge du développement des affaires dans les réseaux de l'agroalimentaire, des alcools et de l'hospitalité (HRI-HORECA). Mes objectifs sont de vivre en très bonne santé financière, en équilibre et en harmonie. Lire la suite...