dimanche 27 novembre 2022
Annie Des Groseilliers

Annie Des Groseilliers

Née au cœur de Montréal, Annie a grandi dans un environnement multiethnique qui allait développer naturellement une ouverture et un intérêt spontané aux diverses cultures. Après avoir fait des études de journalisme à l’Université de Montréal, celle-ci travaille comme journaliste culturelle pour le Magazine Québec Rock. Lire la suite...

lundi, 10 avril 2017 06:51

Fabien Maillard, L’Alchimiste

Visionnaire, Historien des cocktails, Créateur d’émotions gustatives, Fabien Maillard, est fondateur et propriétaire des Comptoirs à cocktails « Le Lab » à Montréal. Rencontre avec cet avant-gardiste du monde des bars québécois.

«Bien avant que les "barmen" deviennent des mixologues et que l'élaboration de cocktails deviennent l'art de la Mixologie, vous étiez déjà ambassadeur et précurseur du domaine.

Quelques mots sur vous "avant" le début de cette aventure. Parlez-nous de votre premier contact avec les spiritueux et les cocktails. Comment s'est fait le déclic et s'est développée votre passion.

Je suis issu à l'origine d'une formation culinaire et en gestion hôtelière. Le bar s'est imposé à moi comme un coup de foudre, contre toute attente. C'est lors d'une soirée que j'ai été sublimé par le service et l'ambiance de l'endroit. J’ai su dès lors, sans aucun doute, que ce serait le métier que je ferais.

Dans mes débuts, j'étais plus attiré par le service et le Flair bartending. Ce n'est que plus tard que j'ai commencé à m’interroger sur l'origine des recettes et sur comment et pourquoi les alcools s'agençaient bien entre eux...ou pas.

En 2008 le Lab ouvre ses portes en face du Parc Lafontaine. D'où part l'idée du Lab. Pourquoi avoir choisi une location un peu "excentrée". Quelle était votre vision. Quelle était la clientèle ciblée.

Au départ nous recherchions un local pour notre compagnie d’événementiels (Mixoart bar Entertainment). Nous avons trouvé ce local par hasard. J'ai tout de suite eu le coup de foudre pour la place qui me faisait penser à ces bars New Yorkais. L'endroit possédait un permis d'alcool, nous en sommes vite arrivé à nous dire que plutôt que d'aller chez les clients, nous allions faire venir les clients à nous. Le cocktail était encore méconnu du public, et nous n'étions pas connus non plus si ce n'est dans le monde de la restauration. Je voulais révolutionner le bar et l'offre qu'on y faisait. Je voulais un endroit calme, ou les gens pouvaient converser et apprécier des mélanges bien faits. Les premiers temps n'ont pas été faciles, mais la passion et le bouche à oreille ont faits leur chemin.

Véritable alchimiste, vous ne vous êtes pas contenté de créer des cocktails à partir d'ingrédients déjà commercialisés. Vous avez lancé une ligne de sirops et d’amers Le Lab. Parlez-nous de cette gamme de produits. De son évolution depuis son lancement. De l'engouement qu'elle connait.

Au début nous travaillions nos sirops de façon expérimentale pour la réalisation de nos recettes signatures... loin de moi l'idée de commercialiser nos produits, mais avec le temps, de plus en plus de nos clients nous demandaient où ils pouvaient se procurer nos sirops. L’idée d'une ligne de sirops nous a semblé réaliste et en ligne avec notre philosophie des produits artisanaux bien faits. Nous avons fait de nombreux tests et, je dois rendre à Caesar ce qu'a fait Cléopâtre.... C’est Gabrielle l'une de mes partenaires qui s'est démenée pour trouver les moyens de produire à grande échelle (tout en restant artisanal). Aujourd'hui nous avons une ligne de six sirops distribués à travers le Canada, ainsi que le premier bitter fait au Québec...

Bien sûr nous avons d'autres condiments surprises que nous dévoilerons probablement en 2017 mais que nous utilisons déjà à l'interne de nos compagnies.

annie fabien maillard alchimiste lab

8 ans après l'ouverture du Lab de la rue Rachel, vous venez d'ouvrir un second établissement, le Lab Quartier des spectacles. Qu'est-ce qui a motivé ce nouveau défi de taille. Qu'est-ce qui distingue le Lab Quartier des Spectacles du Lab de la rue Rachel.

Au début les bartenders de métier se faisaient rare, nous n'étions qu'une poignée à vivre notre passion. Avec le temps, la scène québécoise a complètement changé. La communauté de bartenders s'est agrandie et le cocktail est devenu In ! L'idée d'ouvrir un deuxième Lab me trottait dans la tête depuis un bon moment. Il fallait juste que ce soit le bon endroit, le bon timing et avec les bonnes personnes. Nous commencions à manquer d'espace et cette année, toutes les conditions se sont réunies.

Maintenant nous avons deux ambiances, deux teams et une expérience : Celle du Lab Comptoir à Cocktails.

Le Lab QDS offre de nombreuses similitudes au Lab Plateau tout en étant complètement différent. Il y a beaucoup plus de place et bientôt un concept cuisine qui va faire jaser dans l’univers du cocktail.

Évidemment, j’aimerais que vous me parliez un peu de la place qu'occupe le rhum parmi les autres alcools. À vos yeux, en mixologie et au Lab particulièrement.

À mes yeux, si je devais me retrouver seul sur une ile se serait avec une bouteille de rhum. Le rhum est magique de par son histoire et ses qualités gustatives. Historiquement le rhum est lie aux cocktails. Au Lab nous avons une large sélection de rhum que nous prenons plaisir à faire vivre. Mes coups de cœur en ce moment ? Les rhums Plantations, ceux de Trois-Rivières, Longueteau, Marie-Galante

Quels sont les prochains défis et rêves de Fabien Maillard autant professionnellement que personnellement.

Dans l'immédiat, prendre du recul. Le bar est une passion pour moi, mais toute passion se doit d’être entretenue. J’espère pouvoir prendre plus de temps pour moi, voyager un peu histoire de voir ce qui se fait ailleurs et découvrir de nouvelles saveurs... et pourquoi pas la publication d’un Guide Suggestif du « Labtender » pour le grand public.

Lab, Comptoir à cocktails / Mixologie Proxibar  

Annie Des Groseilliers
Consultante Stratégique V&S 
W&S Strategic Consultant
EVolo-Consulting

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Tél. : 514 816-9979
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1-Québec Rhum c’est d’abord le résultat de la passion commune de 3 Québécois, les pirates Maxime Fortier, Baptiste Gissinger et Mathieu Larochelle.

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En quelques lignes, pouvez-vous me résumer vos parcours individuels avant Québec Rhum et ce qui vous a amené au rhum.

Max : Au départ, de 2004 à 2009, pendant mes études, j’étais organisateur d’événements et de spectacles de musique ce qui m’a permis de développer mes aptitudes en gestion. Je suis aujourd’hui à l’emploi des deux plus importantes radios de Québec à titre de directeur de comptes depuis plus de 6 ans.

Mes premiers contacts avec le rhum remontent à loin, au départ comme plusieurs Québécois  avec le « rhum & cola ». Puis, par curiosité j’ai découvert différentes marques et différents types de rhums en dégustation et j’ai accroché au point de vouloir en apprendre davantage. Le rhum est tellement riche tant au niveau de son histoire, de son identité, de ses méthodes de fabrication et de vieillissement et du marketing des marques.

Mat : À la base, j’étais et je suis toujours un amoureux de vins. J’ai lu, visité, appris, dégusté des centaines de vins. Devenu collectionneur de bonnes bouteilles, j’ai fait de belles importations pour remplir ma cave qui a déjà contenu plus de 600 unités. Le rhum était pour moi le spiritueux que je dégustais et consommais le plus lorsque je ne buvais pas de vin. Mais j’ai voulu en savoir plus sur le procédé de fabrication, les origines, l’histoire, les légendes. Je rapportais des bouteilles non disponibles à la SAQ lors de mes voyages, et je partageais mes découvertes et mes trouvailles avec mes amis. Le Rhum a tranquillement pris le dessus sur mes achats de vins pour prendre de plus en plus de place.

Baptiste :  Après un tour du monde en « packsac » de 4 ans je me suis installé au Québec il y a 12 ans. Suite à plusieurs années d'expérience en restauration, j'ai décidé d’ouvrir avec mon frère il y a 5 ans avec mon frère, notre restaurant, le Talea, sur la Grande-Allée à Québec, et c’est ce qui m'a amené sur la route des spiritueux. Je suis instantanément tombé en amour avec les alcools forts. Cela faisait un moment que je pensais à monter un club de spiritueux et c'est à ce moment que j’ai été mis en contact avec Max qui avait lui aussi l'idée d'un club de rhum. Mathieu nous a rejoint et c'est ainsi que l'aventure a débutée ! 

2-Comment vos chemins se sont-ils croisés ? Quand et comment l’idée de créer Québec Rhum a pris naissance?

Max : J’avais cessé d’organiser des spectacles depuis environ 4 ans quand j’ai eu le goût de créer un projet personnel rassembleur sans que ce soit une entreprise, davantage pour le plaisir sans trop savoir ce serait quoi et l’histoire a fait le reste. J’ai eu l’idée de crée une page Facebook au départ pour que les gens partagent leurs dégustations et leurs photos de rhum, et petit à petit j’ai découvert que je n’étais pas le seul à aimer le rhum ! Je connaissais Baptiste et Mathieu mais plus par des amis communs, ils n’étaient pas des amis proches à ce moment-là. Nous nous sommes rapidement reconnus entre passionnés et nous nous sommes rencontrés par la suite pour voir le potentiel de réaliser un projet plus concret qui pourrait lier notre passion commune pour le rhum et nos talents respectifs.

Avec le recul il faut avouer qu’on forme une équipe qui se complète drôlement bien. Comme je l’expliquais précédemment, j’ai toujours aimé organiser des événements et réunir les gens. Baptiste lui avait des connaissances très large au niveau des spiritueux, de la géographie et de l’histoire. Il a toujours été un solide communicateur c’est incontestable ! Quant à Mathieu, c’est un vrai passionné, un très bon communicateur et un as du service à la clientèle. C’est lui qui ajoute la dose de fun dans l’équipe et il est très fort pour coordonner les événements du club ! Will s’est ajouté au club au cours de la 1ère année pour compléter le trio. Il est aussi un passionné de rhum et il a des super talents en graphisme et en photo ce qui est un atout pour le club !

Mat : Avant ma première rencontre avec Max, qui m’a invité à dîner pour jaser rhum, il voyait passer sur ma page Facebook beaucoup de photos de Rhum, de différentes bouteilles, de « posts » d’infos sur mes découvertes. Il m’a alors parler du projet de Québec Rhum et de Baptiste le Pirate, convaincu que nous ferions un team de feux comme il dit si souvent. Dès cette rencontre, j’étais déjà embarqué à fond dans le projet ! L’idée était alors de créer la page, d’interagir avec les membres, et étape suivante, de voir si des dégustations, l’histoire du rhum et de ses compagnies, allait attirer du monde. Nous avons fait notre première dégustation avec des amis, qui ont bien répondu à l’appel. Par la suite, nous avons vu rapidement ce que pouvait devenir Québec Rhum.

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3- Quels étaient les buts et objectifs du départ ?

Max : Depuis la fondation du club, on désire rassembler des amis et en apprendre davantage sur le rhum dans le plaisir. Le club a progressé mais l’objectif reste le même ! On a le désir de bien faire les choses mais on le fait pour le plaisir avant tout. Le club nous apporte des contacts vraiment stimulants qui sont désormais des amis et avec qui on passe un bon moment à chaque mois ! Notre but est de démocratiser le rhum au Québec, ce n’est pas une mince affaire mais on avance.

Mat : Je crois qu’à la base, l’objectif premier était en effet de démocratiser le Rhum, de montrer qu’il y avait plus que le « Rhum and coke ». Nous voulions tous un peu avoir notre « gentlemen’s rhum club ». Pouvoir se réunir entre amis, adeptes, fans de rhum, pour déguster et en discuter ! Mais par la suite, après les premières dégustations, parler de l’histoire, des compagnies, de la fabrication, des pays, etc. s’est mis à prendre une place importante dans nos soirées. Nous aimons avoir le plus de contenu possible sur les compagnies pour comprendre d’où vient telle ou telle subtilité du Rhum goûté. Chercher un peu l’ADN du rhum dégusté !

Baptiste : L'idée était en effet de réunir les passionnés et de démocratiser la dégustation du rhum pour le sortir de son image de mixer ! L'éducation et l'information étaient pour moi les objectifs principaux ! 

4-En moins de 3 ans vous êtes devenus des incontournables de l’évènement rhum. Parlez-nous de vos activités? De vos membres?

Max : Nous créons des événements exclusifs chaque mois à Québec pour nos membres. En près de 3 ans, nous n’avons pas répété une seule fois une carte de rhum. Nous créons des regroupements avec les produits soit par marques, par pays ou par type de rhum. Les dégustations ont souvent lieu en début de semaine et à un coût abordable pour que les gens viennent découvrir car le mandat est de démocratiser le rhum le plus possible.

Nous avons réalisé plus d’une trentaine d’événements depuis la fondation du club. La majorité en salle mais aussi quelques événements spéciaux en Catamaran sur le Fleuve et des dégustations privés, des événements grands publics pour faire connaître le club ! Nous sommes très fiers d’avoir reçus plusieurs représentants, ambassadeurs et maîtres assembleurs de distilleries comme Brugal, El Dorado, Diplomatico, Ron Aldea, Plantation, Dictador, etc.

Mat : Nos activités premières sont les dégustations de Rhum. Nous avons maintenant la chance d’avoir plusieurs compagnies qui nous supportent et ce depuis le début, dans nos activités et qui nous offrent et apportent beaucoup de nouveautés, qui nous ouvrent leur porte. Et les autres compagnies emboitent le pas ce qui est fantastique ! Nous avons aussi un volet dégustation privée dont je m’occupe depuis le début. A la demande on se déplace chez les membres, pour offrir un cours et une dégustation 101. C’est souvent beaucoup plus festif et personnalisé. Nous avons aussi créé une branche d’événements Signature. Notre plus célèbre est notre croisière dégustation sur le plus gros catamaran du Yatch Club. J’ai plein d’autres activités signature en tête ! Reste seulement à les organiser ! Des voyages chez nos voisins, à des visites de distilleries dans d’autre pays, soirées spéciales, activités personnalisées…bref le futur nous réserve que du beau !

Baptiste : Les activités se veulent ludiques, abordables pour les novices, informatives pour les passionnés et FUN!! On essaie de varier les plaisirs. Nos membres viennent de tous les milieux et les âges sont très variés. Étonnement nous touchons plus les « monsieur » et « madame » tout le monde que les professionnels du milieu.  

5- Où sera idéalement Québec rhum dans 5 ans ? Quels sont vos plans et projets?

Max : Nous désirons augmenter le bassin de membres un peu, juste pour faciliter l’organisation des activités. Nous voulons nous concentrer davantage sur le contenu des activités et le développement du club.  À ce titre, nous voulons continuer à être très présents à Québec. Le Saguenay est une région à proximité de Québec que nous voulons aussi développer avec notre collaborateur PO Côté en qui nous avons une entière confiance. La grande région de Montréal est aussi dans nos plans pour une présence ponctuelle pour des événements.

Nous collaborons de plus en plus avec les agences qui représentent les rhums distribués sur le marché Québécois et nous espérons continuer à la faire afin de promouvoir leurs produits directement à la clientèle, et ce, dans un esprit « Win Win », pour que tous y gagnent. Merci d’ailleurs à celles-ci qui nous permettent de réaliser nos activités et à assumer une partie de nos frais d’opération.

Mat : Évidement devenir la référence rhum du Québec, mais peut-être un peu plus! J’aimerais bien sur réaliser beaucoup de mes projets Signature ! Avoir des ambassadeurs et filiales de Québec Rhum un peu partout en province ! Nous avons fait quelques dégustations à Saguenay et à Montréal, où nous devons être et seront beaucoup plus présents dans un futur rapproché ! La Métropole sera un pôle important de l’expansion de Québec Rhum ! De plus, j’aimerais bien sur avoir notre propre Rhum « Québec Rhum « sur les tablettes de la SAQ ! Nous regardons présentement quelques options ! Il faut continuer à propager, faire découvrir, démocratiser le Rhum à tous ! N’oublions pas nos racines !!

Baptiste : Personnellement je nous vois avec une plus grande présence internationale, peut être un rhum au nom du club et pourquoi pas un festival ! :-) 

Vous pouvez suivre les aventures des pirates de Québec Rhum sur leur page Facebook et sur leur site Web !  

Québec Rhum
Club de dégustation de rhums du Québec

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Annie Des Groseilliers
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lundi, 13 mars 2017 17:51

Guénaël Revel : De l’Art au Rhum

Guénaël Revel, historien, sommelier, journaliste, auteur, les amateurs de vins et spiritueux du Québec vous suivent depuis de nombreuses années.

Revenons au point de départ. Pourquoi avoir choisi le Québec et avoir décidé d'y faire carrière ? Quelles étaient vos motivations il y a 20 ans ?

J’ai connu ma femme en France, lors d’un retour temporaire, car je vivais sur l’île de Saint Martin à l'époque. J’étais à la fois sommelier et artiste-peintre : sommelier le soir au restaurant La Marina à Marigot (il n’existe plus) et artiste-peintre, le jour. Plusieurs galeries s’occupaient de mon travail à Bruxelles, Paris, Lille, New-York et Montréal (la galerie Simon Blais), je vivais confortablement de ma peinture. Le côté public de ma personne, c’était l’artiste-peintre, pas le sommelier. Le vin était mon jardin secret. J’ai suivi des études à l’École du Louvre, puis ensuite à Bordeaux, à la faculté d’œnologie. J’ai deux cordes à mon arc. Ma femme étant Canadienne, Québécoise, après plusieurs allers-retours entre la Guadeloupe et Montréal ou entre Paris et Montréal, on a décidé de s’établir définitivement au Québec. J’avais un bel atelier sur la rue Clark et c’est en vendant des toiles à des amateurs de vins que je me suis mis à côtoyer le milieu du vin et de la sommellerie montréalaise. Petit à petit, le sablier s’est inversé, le vin a pris plus de place que la peinture. Celle-ci est devenue mon jardin secret. J’ai été responsable des achats d’alcools pour un groupe de restaurateurs sur la rue Crescent, le boulot me plaisait, je croisais des personnalités du vin. Je vivais la nuit, j’avais alors l'énergie pour ce que cette dernière vous offre. Quand on a eu notre première fille, j’ai décidé de quitter le service nocturne du vin. La coïncidence a voulu que je prenne la présidence de la sommellerie officielle canadienne et que des éditeurs m’ouvrent leur porte. Je continue de peindre, mais le vin et l’écriture composent 85 % de mon temps professionnel.

Devenu rapidement une référence, on vous associe aux mousseux et au Champagne. Comment êtes-vous devenu Monsieur Bulles ? Est-ce parfois une étiquette limitative ?

J’ai travaillé en tant que sommelier pendant 5 années seulement à Montréal, car j’ai eu rapidement la confiance d’éditeurs. Mes deux premiers livres étaient des commandes (La Bible du Porto et L’essentiel des caves et des celliers), ils ont eu de bons succès marchands et critiques. Ils m’ont permis ensuite d’écrire ce que je voulais. C’est pour cela que j’ai quitté la restauration, pour l’écriture et la consultation. J’avais l’habitude de glisser du champagne ou des bulles, systématiquement, dans les repas, lorsque je travaillais au restaurant de l'hôtel Germain, aujourd’hui le Laurie Raphaël. Les amis sommeliers, les représentants en vin, l’entourage professionnel m’ont surnommé amicalement Monsieur Bulles. On a gardé ce patronyme lorsque j’ai lancé le site Monsieurbulles.com en 2010. J’ai toujours eu la passion pour les vins particuliers, ceux où l’homme doit intervenir davantage que pour les vins traditionnels : les vins effervescents, les vins mutés ou les vins vinés. C’est vrai qu’aujourd’hui certains amateurs me croisent en m’appelant Monsieur Bulles sans, peut-être, connaître mon nom. C’est la force d’internet, c’est incontournable. Refuser ce nouveau support de communication aurait été une faute professionnelle, même si je ne représente pas la génération du net. Quand j’ai décidé de m’impliquer sur la toile, je savais qu’il y aurait des avantages et des inconvénients. Ce n’est pas si réducteur que cela d’être MonsieurBulles.com ! C’est une carte de visite contemporaine… et internationale. Ce qui n’est pas négligeable puisqu’on fait des bulles partout dans le monde. On me reconnaît une expertise dans un domaine précis du vin ; c’est flatteur parce que ce n’était pas calculé et puis cela me pousse à toujours en savoir davantage, à goûter régulièrement toute sorte de vins effervescents. Le jour où la passion s’estompera, j’arrêterai. Je retournerai le sablier et la peinture reprendra sa place.

annie art au rhum guenael

Vous étiez  impliqué cet automne dans l'évènement la Martinique Gourmande qui met en valeur l'esprit, la gastronomie et les rhums de l'AOC Martinique. Comment le rhum s'est imposé à vous et quelle est la place qu'il occupe.

En travaillant dans les Antilles Françaises il y a plus de 20 ans, j’ai eu la piqûre du rhum agricole parce qu’en tant qu’historien, l’histoire de cet alcool m’a fasciné. La canne à sucre est indissociable de l’histoire de la Martinique et de la Guadeloupe. J’ai eu la chance de faire le tour de toutes les rhumeries françaises, de discuter à la fois avec les propriétaires et les distillateurs, de partager avec eux leur passion, leurs connaissances, leurs opinions. Le rhum fait partie du quotidien ; à vous de savoir le consommer. Ma collection de rhums s’est ainsi faite petit à petit. J’ai encore des bouteilles achetées dans les années 1990 - des millésimes des années 1970 - qui sont toujours fermées. J’ai pu les rapporter à Montréal quand je m’y suis installé. Par contre, je tiens à le souligner, c’est le marché du Québec qui m’a fait découvrir le rhum des autres pays, même si l’offre dans le domaine est minime. Il ne se passe pas une semaine sans que je déguste du champagne, du porto et du rhum dont les trois histoires sont liées d’ailleurs, vous le découvrirez dans mon prochain ouvrage.

Malgré l'engouement réel des consommateurs, il est difficile d'élargir la sélection disponible à la SAQ en raison des exigences de Santé Canada au niveau du taux de Carbamate d'Éthyle. Selon vous ces exigences de conformité sont-elles justifiées ? Comment voyez-vous l'avenir du rhum au Québec et en particulier des rhums agricoles en regard de ces impératifs ?

Le rhum redevient « tendance », il suffit de fréquenter les bars et les mixologues pour s’en rendre compte. Et pourtant, il est méconnu du grand public. Je vous parle du rhum agricole, celui issu du jus de la canne à sucre  fraiche et non de la mélasse. Il fait peur parce qu’il offre une grande échelle de degrés d’alcool comparativement au brandy, au whisky, à la vodka ou au gin qui tournent le plus souvent autour de 42 degrés. La force du rhum, c’est sa diversité et sa polyvalence dans la consommation. Il y a un rhum pour les cocktails, il y a un rhum pour l’apéro, il y a un rhum pour le dessert, il y a un rhum pour la fin de soirée. Vous pouvez l’adapter à vos goûts, aux moments partagés, à votre humeur. Malheureusement, le Canada n’a pas la chance de connaître, actuellement, les meilleurs d’entre eux. Trop de rhums sur notre marché se ressemblent quelles que soient leurs origines. Ils sont caramélisés ou épicés, car mélassés. Si la loi puritaine en matière de carbamate ne bouge pas, le consommateur canadien n’aura d’autre choix que d’aller à Fort-de-France ou à Pointe-à-Pitre pour découvrir le vrai rhum ; même s’il y’a aussi d’excellents rhums agricoles (issus seulement de jus de canne) ailleurs que dans ces îles. Par ailleurs, vous savez, la production de rhum agricole guadeloupéen ou AOC Martinique est tellement modeste sur l’échiquier rhumier de la planète que je ne suis pas sûr que les producteurs Antillais aient intérêt, finalement, à lutter pour pénétrer notre marché. Après tout, la confidentialité de leur production fait leur succès : elle nous incite à visiter ces îles et à constater sur place qu’effectivement, elle est meilleure parce qu’authentique. Pour terminer au sujet de notre marché québécois, je suis bien sûr heureux d'y voir quelques marques antillaises dont certaines cuves ont passé le test du monopole. Ces marques donnent envie de voyager vers leur source. Cependant, je sais aussi que certaines bouteilles ont été corrigées pour rester sur nos tablettes et que d’autres ne reviendront plus parce que c’est la nature, donc le hasard, qui a fait qu’une cuve a présenté un taux inférieur à 150 ug/L pour être embouteillée avec le taux que le Canada tolère. Et puis, il y a sans doute une histoire de lobbying là-dessous, aussi…

Annie Des Groseilliers
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