dimanche 5 février 2023
Jean Chouzenoux

Jean Chouzenoux

Jean Chouzenoux a travaillé 35 ans à la Société des alcools du Québec, y a occupé différents postes de gestion aux ventes, aux communications et à la commercialisation.
 
Membre de nombreuses confréries bachiques et gastronomiques et animateur de tournées viticoles dans le vignoble européen. Juré dans les concours internationaux de dégustations, fut chroniqueur sur les vins à la radio et collabore ponctuellement au magazine Prestige de Québec.
 
Installé à  Nice depuis 2010, où il continue d'entretenir sa passion pour le vin.
mardi, 01 octobre 2019 13:29

Mythique Château Rayas !

Il y a de ces vins quasi inaccessibles qui trônent au sommet de la galaxie. Il y a des antres protégés par des cerbères où l’on ne pénètre que si l’esprit mercantile subordonne à l’esprit passionné. Il y a des cavernes d’Ali Baba qui recèlent de trésors d’où ne s’échappent qu’occasionnellement de sublimes bijoux. Avoir le privilège de franchir le Rubicon, d’être reçu par le gardien du temple, de goûter avec lui l’élixir providentiel et de repartir avec une pépite du fabuleux trésor, relève de l’exploit digne des périlleuses aventures d’Indiana Jones ! Cette opportunité m’a été offerte par l’entremise d’un ami qui a son gîte saisonnier à quelques lieues du prestigieux Château Rayas, en Châteauneuf-du-Pape. Il a eu la courtoisie de recevoir chez lui quelques dignes membres du Club Bachique franco-québécois que j’ai cofondé avec mon ami Tristan-Michel Ghertman,

Au Château Rayas tout relève du mythe ! Le lieu dont on ne peut soupçonner que l’on façonne l’un des plus grand vin de la planète ; le terroir à l’antipode de ce qui caractérise généralement le sol de Châteauneuf-du-Pape ; la cave où règne l’esprit des siècles précédents ; le vin totalement atypique pour cette appellation rhodanienne; le Maître des lieux dont la mystique fait foi de tout.

jean chateau rayasEmmanuel Reynaud, à gauche, guide les amateurs québécois que nous sommes. Ici, Robert Gillet membre du Club Bachique franco-québécois et Richard Grenier invité privilégié.

C’est bien singulier comme endroit !

Emmanuel Reynaud, c’est bien de lui dont on parle, nous a reçus sur son Domaine de 10 hectares et a mené avec bienveillance la visite du propriétaire. Ici, malgré le nom, point de château mais une modeste maison de ferme fait office demeure où le miracle s’accomplit. Assidûment, nous avons bu (d’abord) ses paroles alors que nous déambulions dans le vignoble. « Touchez ce sable » qu’il nous dit, nous révélant du coup (fallait que je le place !) le premier miracle de Rayas, son sol sablonneux versus le sol jonché de gros galets, typique de Châteauneuf-du-Pape. Cela en fait un terroir pauvre dépourvu d’argile et les rendements sont à l’avenant…10 hectolitres à l’hectare (40 hl/h dans les autres grands crus de France). Sur cette terre c’est le grenache qui est roi et maître et on le vendange tardivement car le raisin prend plus de temps à s’épanouir et on le veut justement bien mûr. Passé la porte de la cave seconde surprise, les vieux foudres centenaires, grisâtres de leur état, contrastent étrangement avec les caves hyper étincelantes que l’amateur a l’habitude de visiter. Ici encore M. Reynaud a son explication : « des barriques plus jeunes pourraient donner un goût de bois au vin et en gâcher la pureté ». Justement, voici le moment de la dégustation. Elle a lieu dans le chai, à la pipette, c’est donc le vin dans sa prime jeunesse auquel nous avons droit. J’avoue ici, ma déception momentanée, car ce n’est pas à cette étape que Rayas se révèle dans toute sa splendeur. Nous goûtons à des jus de différentes parcelles, donc avant assemblage et surtout avant l’étape ultime qui fait de Rayas ce qu’il est… son vieillissement en cave ! D’abord quelques mois en barrique, suivi de sept années en bouteilles dans les voûtes de la propriété. Et comme si cela ne suffisait pas, au moment de notre visite, on procédait à des travaux d’agrandissement de la cave pour permettre la conservation des vins pendant dix ans, avant leur relâchement vers l’amateur plus qu’impatient. Avant de nous séparer de notre hôte, nous lui demandons quand même si l’on peut alourdir nos valises de quelques flacons. C’est le cœur en lambeaux qu’il consent à se délester de quelques-uns de ses enfants.

Et alors, c’est vrai que c’est bon ?

Notre petite bande est maintenant de retour chez notre ami Gérard Lafon, à Lirac. Celui à qui nous devons d’avoir été accueillis au Saint des Saints. Son épouse, Claude, a préparé un repas digne de la table des rois et c’est maintenant que tout va se jouer. Gérard, sous les recommandations de Maître Reynaud, a ouvert et mis en carafe la veille, trois vins rouges produits par Domaine Rayas : Domaine des Tours, Château des Tours et bien sur Châteauneuf-du-Pape du Château Rayas 2000. Le moment est solennel et là c’est la grâce ! Tout ce que vous pouvez imaginer de jouissances olfactives et gustatives vous est ainsi livré et même au-delà de toutes les promesses faites en amont. Et ce plaisir a été décuplé quand j’ai repris plus tard chez-moi, du millésime 2000 mais aussi du 2001. La robe laisse d’abord pantois tant elle est pâle, voire orangée… c’est la bourgogne qui semble s’inviter et jouer l’intrus dans notre verre. Le nez ? Mais c’est toute la pièce qui embaume ! Des effluves de fruits mûrs, animales, de cuir, d’épices douces. C’est puissant et fin à la fois et d’une complexité inégalée. La bouche se tapisse de velours dès les premières gouttes portées à nos lèvres. Encore là, tout est magnifié par le raffinement et l’élégance. La puissance et la longueur des saveurs n’ont d’égal que la délicatesse apportée par le long vieillissement en bouteille. Rien n’est altéré par le long passage en carafe, au contraire, tout est sublimé. Respect et recueillement envahissent la salle à dîner.

jean chateau rayas tripletteJolie triplette!

S’en procurer… un exploit!

C’est là que ça se complique. Avec une telle unanimité sur la qualité de ce vin et avec aussi peu que 10 000 cols produits annuellement, se procurer du Château Rayas relève des prouesses de l’orpailleur ! Je vous raconte le parcours que j’ai dû franchir, venu le moment de recommander du précieux liquide il y a quelques mois. Bardé de mon précieux sésame étant mon reçu de l’achat précédent, j’ai d’abord envoyé un courriel pour faire part de mon avidité à me procurer deux bouteilles de Château Rayas et 10 bouteilles de Château des Tours, autre Domaine de la famille qui, à son prix, bat tout ce qui se trouve sur le marché. Au bout de quelques jours, n’obtenant pas de réponse, je prends sur moi de téléphoner au Domaine. Une gentille dame s’enquiert de savoir ce que j’ai acheté précédemment et de ce que j’ai fait de mes trésors. Je lui détaille mes achats et surtout le plaisir que j’ai eu de déguster les vins lors de dîners de notre Club Bachique. « Très bien je vous rappelle dans une quinzaine de jours », me dit-elle… question de vérifier que je n’ai pas fourgué mes précieuses bouteilles sur Internet à la recherche de recéleurs véreux. La quinzaine passée, je reçois le coup de fil espéré et j’entends la voix me dire « Monsieur Reynaud a le grand plaisir de vous céder à la vente une bouteille de Rayas 2004 et 5 bouteilles de Château des Tours. Votre commande vous sera expédiée dans un mois, car en ce moment nous traitons les demandes reçues en novembre ». J’avais fait la mienne en janvier. Aujourd’hui « mon » Rayas 2004 attend bien sagement dans mon cellier le moment propice où mon tire-bouchon lui transpercera le liège. Son prix ? J’ai payé 160€ la bouteille de Château Rayas. Le meilleur rapport qualité/prix qu’il soit pour un vin qui jouit d’une telle aura. Les receleurs véreux dont je parlais plus haut, effet de rareté et de surenchère aidant, revendent parfois leur bouteille près de 1000€ sur le Web. Au Québec, la SAQ réussit à obtenir du Rayas, mais aussi du Fonsalette ou du Pignan, aussi produits par la famille Reynaud. Malheureusement, le peu de quantité allouée fait en sorte que le vin n’est vendu que par l’entremise du Courrier Vinicole.

En terminant, le prix du Rayas 2004 au Québec ? 318$. Je l’ai payé à la propriété 160€, soit 240$. En vente libre dans les magasins en France, oubliez ça. Il faut se rabattre sur les sites en ligne et sur ceux que je viens de consulter, je n’ai rien trouvé à moins de 350€ la bouteille de 2004… 500$ canadiens !

Amitiés québéco-niçoises,

Jean Chouzenoux

mardi, 04 juin 2019 13:10

Du vin et des émotions!

Le vin est un produit de partage! Comme c’est cliché. Mais que voulez-vous, parfois ce sont ces phrases tout droit sorties des livres des années 60 où les descriptions sur le vin avaient des tournures folkloriques, voire ésotériques, qui vous viennent à l’esprit quand le moment de grâce opère. En fait, quand l’homme avec son histoire transcende le digne breuvage qu’il nous tend et nous commente avec force passion… on se délecte du nectar et des paroles du conteur. Tous ceux qui ont eu le privilège de pénétrer dans l’antre de vignerons québécois ou européens ont connu ces moments coup de cœur où au-delà du cru qui leur est offert, c’est la truculence, la passion ou l’émotion de leur hôte qui les a fait vibrer.

Il y a quelques semaines j’étais à Lausanne pour le Mondial du Chasselas, cépage porte-étendard de la Suisse romande, invité pour l’occasion de déguster ce qu’il se fait de mieux en la matière chez les Helvètes mais aussi en Allemagne, en Alsace et dans le Nouveau-Monde.

L’opportunité aussi de parcourir le vignoble vaudois, l’un des plus du monde, construit en terrasses qui plongent directement vers le lac Léman. Et de pousser un peu plus loin dans le Canton de Neufchâtel, au bord du lac homonyme et au pied du Jura.

Et c’est là, plus précisément au Château d’Auvernier que j’ai rencontré Thierry Grosjean, viticulteur (encaveur), historien, philosophe, politicien et père de famille. Il y a 14 générations que l’on fait du vin à Auvernier, propriété d’une soixante d’hectares où l’on produit toute la palette des vins : blanc, rosé, rouge, sec, doux, boisé ou pas, filtré ou pas. Un arrêt au Domaine et c’est parti pour un marathon de dégustation.

vins ThierryGrosjeanLe très sympathique Thierry Grosjean, propriétaire du Château D'Auvernier

Mais comme je le disais en introduction, c’est le Maître des lieux qui tient lieu de monument dans ce temple du vin. Non pas qu’il porte ombrage aux gens qui l’entourent, encore moins au fruit de leur labeur, mais plutôt à l’art qu’il possède de tous les projeter dans la lumière. Dans la magnifique salle de dégustation Thierry Grosjean, nous commente les vins blancs le nez plongé dans un verre de chardonnay mais argumente aussi sur le développement et les conflits qui ont jalonné l’histoire de sa région; avec panache il s’enorgueillit de ses origines espagnoles ou nous parle avec un certain regret de son incursion dans le monde de la politique. L’évolution de la propriété au fil des siècles, il en frémit d’émotions quand il nous la livre, un verre de rosé Œil de perdrix à la main. Dans la pièce ou nous dînons et qui tient lieu de musée familial Isabelle son épouse, cuisinière et coordonnatrice hors-pair, nous accueille chaleureusement et sur la longue table trônent trois magnums de pinot noir. Quand Isabelle lui donne le Top, Thierry se lève solennellement, pousse la chaise, arpente la salle et de sa voix de stentor nous résume l’histoire familiale, immenses tableaux des ancêtres accrochés aux cimaises de la salle à manger, pour étayer ses dires. Pièce totalement « dans son jus », comme disent les européens pour illustrer le fait que rien n’a été touché ni même repeint depuis 1745, date de l’ajout de la dernière annexe de cette immense demeure, que dis-je de ce Château! Moment venu des accolades de fin de soirée, Thierry Grosjean y va d’un dernier effet de toge en nous commentant son somptueux pinot gris vendanges tardives, à l’étiquette dont les contours sont volontairement empruntés au Grand Cru, Roi du Sauternais.

Et c’en est fait d’un autre moment de convivialité inoubliable vécu à l’ombre des barriques et à classer dans le grand livre des souvenirs viti-vinicoles.

Note : Les vins suisses ne sont pas légion à la SAQ, en fait très peu de vins débouchent sur le marché de l’exportation, mais osez… vous serez conquis.

Jean Chouzenoux

Ce début d’avril a été marqué par deux concours internationaux assez singuliers, tenus dans le sud de la France. D’abord, les Olivalies 2019, dans la région d’Aix-en-Provence, et le Mondial du Rosé, à Cannes, où même les marches du Palais des Festival avaient revêtu le tapis rose.

Les Olivalies 2019

C’est adossés à la montagne Ste-Victoire que les quinze de jurés présents ont dégusté 100 huiles d’olives soumises à leurs papilles. Ces « huiles » (experts dégustateurs) avaient été recrutées par M. Cyril Payon, président de l’Union des œnologues de France. Les huiles, liquides cette fois, provenaient de 13 pays et étaient  regroupées en trois familles, allant du fruité/vert, fruité/mûr à fruité/noir, ont été mirées, humées, goûtées puis notées afin que les plus méritantes se voient attribuer la distinction suprême. Ici, le terroir, la culture, les méthodes de pression et d’élevage jouent un rôle essentiel sur les qualités organoleptiques et gustatives. Certes, il est plus périlleux de tâter de l’huile d’olive que du vin, mais l’exercice est fort révélateur sur les nuances qui distinguent ce noble produit de plus en plus utilisé dans nos cuisines et sur nos tables. Soulignons que la part belle revient à l’Espagne, qui a remporté 5 médailles d’Or sur les 11 décernées par le Jury international. Le Portugal et la France se sont aussi démarqués.

Le Mondial du Rosé

Cette fois, ce sont les vins rosés du monde qui jouaient les Stars sur la Croisette, à Cannes, en ce début de printemps. Oui, il y a un vrai printemps dans le sud de la France, avec des fleurs, du soleil, du temps doux et du monde avec des lunettes de soleil « grosses comme ça » sur les terrasses! Or, on se bouscule pour le « casting »… 1368 rosés issus de 31 pays sont en lice pour la Palme d’Or ou d’Argent. Le Jury, constitué de l’élite de la profession viti-vinicole, s’attable pendant 3 matinées pour passer en revue tous les échantillons. Après le conditionnement de nos vedettes rosées, à savoir la mise en température et le masquage des bouteilles, la noria de serveurs effectue le service dans une atmosphère empreinte d’un mystérieux secret… suspense! Bien sûr, au cours de ces séances d’analyse, tout est passé en revue, à commencer par la robe de ces vins. Rose corail, saumon, pêche, abricot ou cerise? Nez d’agrumes, d’abricot ou de fleur d’oranger? Bouche fruitée, équilibrée, amère et persistante? À 85 point sur 100 ou plus, c’est la Palme d’Or assurée! Au final de cette édition, il en ressort que les vins du sud de la France se démarquent haut la main… normal, me direz-vous, ils sont chez eux!

vins degustation rese 

Jean Chouzenoux

MUNDUS VINI est un concours international de dégustation fondé il y a tout juste 15 ans et qui fait déjà la course dans le groupe de tête, des plus célèbres évènements du genre au monde. Son fondateur, Meininger Verlag, assisté de sa sœur, a monté une organisation sans faille où rigueur, qualité et professionnalisme se conjuguent harmonieusement. Plus de 10 000 produits concourent annuellement, lors de deux séances de dégustation qui se tiennent, l’une en hiver et l’autre, à la fin de l’été.

vins mundus vini presidentMeininger Verlag, président fondateur de MUNDUS VINI, lors de son allocution de clôture de l’édition 2019

L’édition hivernale 2019 a eu lieu du 20 au 25 février dernier et quelque 7300 vins provenant d’une soixantaine de pays étaient proposés aux 260 jurés internationaux, issus du monde de la sommellerie, de l’œnologie ou de la presse gastronomique. C’est à 90 minutes de Francfort, dans le charmant village viticole de Neustadt, que le panel d’experts avait ses quartiers. Les jurés étaient répartis au sein de commissions de 5 ou 6 membres.

Dès 8h30, dans une salle superbement aménagée et au décorum impressionnant, la batterie de jeunes sommeliers verse les premiers vins dans les verres parfaitement alignés. La température des vins est soigneusement contrôlée, les verres étincelants… le match commence dans un silence absolu. Si parfois des murmures s’élèvent, c’est qu’un vin n’a pas laissé insensibles les dégustateurs. Quatre vagues d’une douzaine de vins chacune sont soumises chaque matinée, aux papilles et aux palais affûtés. Chaque juge note ses vins sur 100, la moyenne est établie par le Président du Jury et au bout de la semaine, 30 à 40% des vins dégustés auront remporté une Médaille Grand Or, d’Or ou d’Argent.

vins mundus vini salleLa salle de l’auditorium de Neustadt où se déroule la compétition

La médaille qu’arbore le vin lauréat devient un indicateur de qualité pour le consommateur, mais aussi un élément considéré par la SAQ dans son processus de sélection des produits.

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Émile Peynaud est sans contredit le plus grand œnologue du vingtième siècle. Il a été conseiller technique et consultant auprès de nombreux grands domaines bordelais, certes, comme Margaux, Lafite, Giscours, Mission Haut-Brion, mais pas que… ajoutons Mas de Daumas Gassac dans le Languedoc, Marques de Riscal en Espagne, Antinori ou Masi en Italie, Porto Carras en Grèce, Suntory au Japon, dans l’hémisphère sud, pour Pedro Domecq au Mexique ou encore en Argentine et au Pérou. Bref, il fut le premier véritable « Flying wine maker », comme disent les Français!

Auteur prolifique, il a rédigé de nombreux ouvrages spécialisés, traduits dans plusieurs langues et nombre de fois réédités, qui ont inspiré toute une génération d’œnologues dans le monde. Même ici au Québec, les premiers conseillers en vin de la SAQ connaissaient par cœur ses enseignements prodigués avec moult détails dans la Bible du vin qu’était Le goût du vin. En outre, avec son collègue le professeur Jean Ribereau-Gayon, il aura surtout fait franchir un pas de géant à la vinification moderne, en démystifiant les secrets de la fermentation malolactique et en la développant sur la base de données scientifiques. Par conséquent, c’est depuis que l’on maîtrise cette étape de la vinification que tous les vins produits aujourd’hui parviennent à un meilleur équilibre gustatif et à une capacité d’évolution plus harmonieuse. Le contrôle du taux d’acidité, par la transformation de l’acide malique en acide lactique!

Par ailleurs, c’est sur la fameuse route du vin que parcourent tous les passionnés, qu’il y a 5 ans j’ai rencontré, au sortir du Mondial du Rosé à Cannes, le fils du Gourou Peynaud, avec qui j’ai noué une franche amitié. Passons sur les flacons que Jean-Pierre et moi avons éclusés depuis… mais restons sur un moment singulier que nous avons vécu le mois dernier.

La maison familiale des Peynaud se situe à Talence, en banlieue de Bordeaux. Dernièrement, Jean-Pierre a décidé d’inventorier les archives de feu son paternel, et il m’a demandé de l’accompagner. La tâche est ardue, car le professeur-œnologue-auteur a méticuleusement TOUT conservé de sa carrière, qui s’étale sur plus d’un demi-siècle: notes de discours, conférences, chroniques, manuscrits de ses bouquins, coupures de presse, photos, diplômes et la correspondance accumulée pendant toutes ces années de labeur.

Or, en fouillant dans les multiples classeurs garnis de centaines de dossiers, nous y avons trouvé des articles de journaux rédigés par nos célèbres chroniqueurs en vins québécois. À l’émotion de me retrouver dans la demeure mythique et de m’asseoir au bureau du Maître, s’ajoute la fébrilité que je ressens à tenir entre mes mains des coupures de journaux et d’articles signés en 1984 par Michel Phaneuf, chroniqueur à La Presse, et en 2010 par Jean Aubry, du Devoir. On y a également déniché des fascicules sur le vin, ainsi qu’un échange épistolaire entre le célèbre professeur et Jacques Benoit, de La Presse, datant de l’an 2000. Tous trois dans leurs écrits reconnaissent d’emblée la contribution du professeur Peynaud et que ses avancées aient franchi le cadre des frontières européennes.

jean chouzenoux journalMontage des chroniques de Jean Aubry, Michel Phaneuf et Jacques Benoit

À mon retour à domicile, j’ai pu joindre messieurs Benoit et Aubry et leur envoyer des photos de leurs écrits de jadis. Me reste Michel Phaneuf, de qui je n’ai pas les coordonnées… peut-être lira-t-il ce bulletin!?

En terminant, je me suis laissé dire que la ville de Bordeaux préparait un hommage particulier afin de reconnaître officiellement la contribution exceptionnelle à la science du vin, du professeur Émile Peynaud.

Jean Chouzenoux
Nice
Décembre 2018

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