lundi 17 février 2020
Domaine Pommery, à Reims Domaine Pommery, à Reims

La première fois…

Il y a toujours une première fois, son souvenir indélébile à la clé! Pour l’amateur de vin, ce sera de poser le pied à Romanée-Conti, trembler en humant Pétrus voire, verser une larme quand Yquem tapisse sublimement son palais. À chacun sa petite histoire. Pour le « boomer » que je suis, ayant plus de chemin parcouru qu’à parcourir sur le sinueux chemin viticole, les moments à inscrire d’une pierre blanche foisonnent. En ce temps de réjouissances de fin d’année, me reviennent à l’esprit mes premières fois champenoises.

…EN CHAMPAGNE!

C’est de pierre et de mortier qu’est fait mon premier souvenir champenois. Il s’agit de mon inoubliable face à face avec la Cathédrale de Reims. J’avance sur un trottoir étroit à l’ombre des vétuste demeures, guide Michelin en main; le plan m’indique que je la verrai poindre sur ma gauche au prochain virage, j’y arrive et tourne la tête, je lève les yeux et… mon cœur s’arrête! Elle m’apparaît, là, bienveillante, figée dans son histoire, sa spiritualité et dans son immensité. Les arcs-boutants, les statues, les gargouilles. Tout est magnifié. Je l’ai arpentée, escaladée, contemplée sous des reflets changeant au gré de la lumière du jour. Le top, vers 17h, au moment de l’apéro, verre de champagne à la main, au moment du coucher du soleil, la cathédrale se pavant d’orange et de rose. J’y suis retourné et ce fut tout aussi mémorable. Le hasard a fait que notre visite coïncidait avec la célébration des fêtes johanniques remémorant l’arrivée de Jeanne d’Arc à Reims, le 17 juillet 1429, pour le sacre du Roi Charles VII. Nous avons assisté à la messe, où les gens en costume d’époque reconstituaient le rite sacré du couronnement. Seconde réussite sans même en avoir exaucé le vœu!

Souvenir bien charnel celui-là, ma première fois dans un restaurant de la prestigieuse chaîne Relais & Châteaux, également triple étoilé au Guide Michelin, Les Crayères, à Reims. Magique sensation de lévitation en gravissant l’escalier bordé d’une haie d’honneur formée des serveurs en tuxedo. C’est le chef de l’époque, Gérard Boyer, qui nous accueille dans son majestueux domaine et nous mène jusqu’à notre table. Décor somptueux, d’un raffinement extrême, c’est tout l’Art de vivre à la française… présage à de joyeuses agapes! Le repas sera fastueux, accompagné d’élixirs divins : champagne blanc, rosé, brut, extra-dry, vin rouge de Bouzy et de Marc de Champagne. L’impression exquise pendant quelques heures de toucher au firmament.

Mais revenons sur terre et sous terre! La première fois que j’ai déambulé sur l’Avenue de Champagne à Epernay, j’ai ressenti l’étrange sensation de l’enfant qui rêve éveillé à Disneyland. Sur moins d’un kilomètre on défile sur l’avenue, dite la plus chère du monde, devant les enseignes les plus prestigieuses de la Champagne : Perrier-Jouët, Mercier, De Venoges, Castellane et sa tour, Moët & Chandon et sa statue du moine Dom Pérignon. Sont érigés sur l’avenue des palaces à l’architecture éclectique, préservés par des grilles de fer forgé sur lesquelles sont apposés en lettres dorées, les noms des illustres propriétaires des lieux. Du chic et de la classe! Puis c’est la descente en cave. Il faut emprunter d’immenses escaliers, qui d’une cave à l’autre rivalisent de formes et d’audace dans leur conception, pour descendre dans ces anciennes crayères devenues les écrins des maisons champenoises. La première galerie que je visiterai sera celle de la Maison Mumm et ainsi va le remuage, le dégorgement, la seconde fermentation, le vieillissement et l’assemblage. Apprentissage garanti.

jean avenuedechampagneLa célèbre avenue, dite la plus riche du monde, à Epernay

Enfin, qui n’a pas sillonné le vignoble champenois sans apercevoir le Moulin de Verzenay? Cette construction bien singulière, jadis propriété du meunier Boudeville, ayant par ailleurs servi d’observatoire pendant la seconde guerre mondiale, est aujourd’hui dans l’escarcelle de la maison Mumm. Le badaud y réalisera la photo symbolique, mais le professionnel du vin que je fus eut l’opportunité d’y prendre son premier et unique repas à vie dans un moulin emblématique, de surcroit classé Monument historique de France. Symbiose parfaite que de déjeuner (à midi en France) dans une atmosphère à la fois feutrée et bucolique. C’est gravé à jamais sur mon disque dur.

ET LA DERNIÈRE FOIS?

C’était il y a deux ans, après une intensive session de dégustation lors des Vinalies de Paris. Après ce marathon de cinq jours, les jurés étrangers furent conviés à une pause éducative et désaltérante en Champagne sous les bons auspices de l’ineffable Thierry Gasco, ancien chef de cave de la maison Pommery. Thierry nous y a reçus dans l’une des demeures les plus originales de Reims. En effet, quand dans les années 1860 madame Louise Pommery a pris les destinés du Domaine Pommery en main, elle a procédé à un agrandissement de la propriété et demandé aux architectes d’innover. Défi relevé avec brio! Bien qu’à contre courant, le résultat s’avère spectaculaire dans sa forme et surtout dans ses couleurs. L’ensemble, d’un bleu pastel orné de briques rouges, est d’une audace sans pareil. L’escalier monumental de 116 marches, illuminé de blanc et de bleu, nous mène vers 18 kilomètres de galeries qui recèlent à la fois de millions de bouteilles de champagne, mais aussi d’œuvres d’art uniques et sublimes. Des expositions souterraines permettent ainsi à des peintres, des sculpteurs et des concepteurs d’arts visuels variés d’y faire démonstration de leurs multiples talents. Un pur ravissement que notre hôte clôture de façon tout aussi exceptionnelle, par une présentation des crus effervescents de la Maison Pommery.

Joyeuses Fêtes à tous!

Jean Chouzenoux

À propos de l' auteur

Jean Chouzenoux a travaillé 35 ans à la Société des alcools du Québec, y a occupé différents postes de gestion aux ventes, aux communications et à la commercialisation.
 
Membre de nombreuses confréries bachiques et gastronomiques et animateur de tournées viticoles dans le vignoble européen. Juré dans les concours internationaux de dégustations, fut chroniqueur sur les vins à la radio et collabore ponctuellement au magazine Prestige de Québec.
 
Installé à  Nice depuis 2010, où il continue d'entretenir sa passion pour le vin.