dimanche 19 novembre 2017

Magnifique aventure en Afrique du Sud

Je profite de ce mondial de la FIFA, pour vous conter un peu le voyage vinicole que j’ai fait en avril dernier  sur les routes du vin d’Afrique du Sud. Le tout débute à Cape Town. Si la ville en elle-même est un peu hétéroclite au niveau architectural, son écrin est époustouflant. Les pieds plongeant dans l’océan et le dos appuyé à trois sommets de montagnes, elle offre vraiment un panorama inoubliable.

tlphrique table mountain

TÉLÉPHÉRIQUE TABLE MOUNTAIN

Elle permet aussi un premier contact avec la réalité de sa société, mélange d’exubérance et de misère qui nous rappelle un passé trouble encore tout récent. Un autre intérêt de la ville est sa scène gastronomique qui met de l’avant avec fierté les vins sud-africains, et ce dans des décors au design contemporain international mais avec une touche toute locale. J’ai particulièrement aimé Haiku, un resto asiatique, qui offre un menu dégustation mystère choisi par votre serveur, après quelques questions posées quant à vos goûts! Un autre coup de coeur fut le Savoy Cabbage, un ensemble parfait de superbe décor, de service attentionné, de vins judicieusement choisis par les patrons, et de cuisine savoureuse et fine. Je salive encore en pensant à la tartelette de champignons! Ils contribuent aussi au réseau StreetSmart, qui vient en aide aux enfants dans la rue, en ajoutant 5 rands (env. 60 cents) à votre addition. Un petit geste qui fait toute une différence.

Un de nos plaisirs coupables (qui est vite devenu un rituel), était de commencer le repas par un verre de vin mousseux. On les appelle Cap Classique. Il s’en fait pas mal et certains sont vraiment très agréables, comme ceux de Graham Beck et ceux de Villiera. Au prix où ils sont offerts, c’était bête de s’en passer; ça ajoutait à peu de frais un côté glamour. Pensez-y : des bulles à tous les jours pendant près de 3 semaines! Le seul problème, et on l’a retrouvé partout, c’est que les bulles ont de la difficulté à survivre suite à l’entretien des verres. Vous remarquerez aussi sans doute, la qualité souvent très moyenne des verres pour le vin peu importe le degré de raffinement du restaurant. On m’a laissé savoir que c’était surtout dû au coût de remplacement qui serait trop élevé. Comme le lavage de la vaisselle n’est pas un travail très bien rémunéré, les restaurateurs ne peuvent pas toujours exiger des soins particuliers pour les verres, et un grand nombre de pièces auraient tendance à disparaître comme par enchantement.

Deux autres particularités locales vous feront probablement sourciller : la température de service, et l’énormité des verres. Les blancs sont systématiquement très frais, et les rouges souvent trop chauds. De plus, ils sont souvent servis dans des quasis aquariums! On m’a expliqué que les portions que nous considérons normales, sont pour le consommateur local considérées pratiquement comme du vol. Il paie un
 certain prix et s’attend à avoir une portion jumbo en conséquence, sinon il se considère lésé. Un compromis acceptable a été trouvé dans certains endroits plus haut de gamme, ou plus réputés : On verse la quantité en deux fois. Ces détails ajoutent vraiment une dimension intéressante au dépaysement que vous ressentirez sûrement. Côté cuisine, un goût marqué pour le sel pourrait vous surprendre assez souvent! Et ce goût salé se retrouvera aussi parfois sur l’addition.
 
Un des avantages de Cape Town
est sa proximité des régions vinicoles. Déjà, à moins de vingt minutes, vous découvrirez un des plus vieux vignobles, berceau du quasi mythique vin doux: Constantia. Même la route pour s’y rendre est un ravissement, longeant falaises et océan. J’ai bien aimé l’architecture classique de Groot Constantia, le savoir faire d’Adam Mason (vinificateur) de Klein Constantia, et la production limitée mais combien savoureuse de même que la chaleureuse hospitalité de Gus Allen à Constantia Glen. La visite de ces trois maisons vous fera passer une très belle journée.

Partons maintenant sur l’A2, qui en moins de quarante cinq minutes, vous transportera jusqu’à Stellenbosch. Si les bidonvilles à la sortie de Cape Town causent un certain choc, la petite ville vous mettra vite du baume sur les yeux. Sa taille vous ramène à une dimension plus humaine, et son cœur historique, facilement parcourable à pied, ralentira votre rythme cardiaque. C’est une ville universitaire peuplée d’étudiants mais raffinée à la fois. Les rues sont bordées de vieux arbres et les maisons ont gardé leur charme hollandais d’antan. C’est une base idéale pour passer quelques jours si vous voulez faire le tour des vignobles, très nombreux aux alentours On y dort et on y mange fort bien aussi,notamment au Wijnhuis restaurant,avec sa magnifique vitrine des vins de la région.

Parmi les vignobles que vous pouvez visiter, et dont vous retrouverez certains vins au Québec, il y a Le Bonheur, qui date de 1790, où j’ai pu découvrir leur délicat mais savoureux rosé de pinot noir, leur Prima  à base surtout de merlot, et un beau cabernet sauvignon de 2006, très net au nez et pas confituré. Vous reconnaîtrez aussi les noms de Saxenburg, Meerlust,de Toren ,du très sympathique Emil den Dulk (avec les deux vins,Z et le délicieux Fusion V qui rappelle un bon Médoc), Rust en Vrede, au restaurant classique mais sympathique en même temps, Man Vintners et Stark Conde, aux syrahs vraiment dignes de mention,superbes au nez, et Spier qui offre en plus la visite d’un refuge d’oiseaux rapaces et de guépards,que vous pouvez approcher à très peu de frais. Si vous êtes serrés dans le temps, ne manquez pas cette visite!


gupardspier winery

SPIER


vue de stark cond

JONKERSHOEK VALLEY   STARK CONDE

Passons maintenant à une autre région, toute proche : Franschoek, où les exilés Huguenots se sont installés après la révocation de l’Édit de Nantes. On y trouve encore un tas de noms à consonance française, mais plus personne ne le parle Encore plus petite que Stellenbosch, mais bien entourée de vignobles réputés et dotée de nombreux établissements de grand luxe, elle saura conquérir les fins palais et ravager votre porte-monnaie, si vous n’y prenez garde! On la surnomme la capitale des gourmets de l’Afrique du Sud. Je peux vous recommander facilement La  Haute Cabrière, Reuben’s (la sommelière Suédoise est d’un service irréprochable), Klein Genot (avec un lounge cigare et whiskey assez décadent), Dieu Donné (vue spectaculaire, et micro brasserie au domaine) et la liste pourrait s’allonger facilement! Je mettrais toutefois un bémol sur un très populaire restaurant de fruits de mer : Bouillabaisse. Si les produits sont très frais, le service était tellement atroce que l’expérience en a été nettement surie. Quand on passe la moppe pleine d’eau de javel sous toutes les tables qui vous entourent pendant que vous finissez votre repas, et que le gérant se trompe sur votre facture et soupire quand vous lui montrez, ce n’est rien pour vous faire sentir appréciés…Heureusement, aujourd’hui, ce n’est plus qu’une anecdote de voyage. La visite des vignobles a rapidement remis un sourire sur nos visages.


Parmi ceux-ci, je me dois de mentionner Plaisir de merle, Rupert & Rothschild, La Motte, dont les propriétaires ont construit un mini village avec école pour leurs ouvriers et leur famille, Boschendal, (Qui existe depuis 1685!) où le domaine est aménagé de charmante manière, et où vous pouvez déguster les vins à l’ombre d’un immense chêne ou faire un pique-nique parmi les pins. J’ai été reçu aussi par  Marc Kent , le grand patron de Boekenhoutskloof, dont vous connaissez probablement le Porcupine Ridge,et le Wolf trap, de même que le Chocolate Block. Il nous a fait découvrir un magnifique cabernet sauvignon de 2007, mais qu’hélas nous n’avons pas ici.


J’ai aussi visité Haut Espoir, un projet de deux jeunes dans la vingtaine, passionnés par l’environnement naturel unique de leur domaine. L’un d’eux, Rob Armstrong , est un géant qui participait à une émission de télé-réalité qui faisait maigrir les compétiteurs par un entraînement de combat thaïlandais…si j’ai bien compris… Ils ont d’ailleurs nommé un de leurs vins Gentle Giant, un assemblage de neuf cépages! Ils sont très sérieux dans leur démarche, et dans l’élaboration de vins de grande qualité. Belle relève!

J’ai aussi visité l’un des domaines de Graham Beck, où j’ai eu la chance de rencontrer Pieter Ferreira, surnommé Mister Bubbles, leur spécialiste des vins mousseux qui m’a invité à aller le rencontrer à leur cave à Robertson. Je vous en parlerai plus loin. Graham Beck est un des acteurs majeurs du monde du vin en Afrique du Sud, mais on a peu de ses vins au Québec. Il y en a pourtant certains qui gagneraient à être découverts ici, notamment le Phaesant’s Run, un sauvignon blanc qui allait à merveille avec du poulet grillé, le Game Reserve, un chenin blanc issus de vignes de plus de 50 ans, qui semblait presque suave grâce à certains raisins botrytisés, et un Bowed Head, magnifiquement long et savoureux; un délice. Nous avons normalement au Québec leur syrah The Ridge. Succulente en bouche, charnue; au nez on dirait presque du porto. Le millésime 2005 n’est pas timide!

pres de franschoek
BOEKENHOUTSKLOOF


afrique du sud 2010 013

GRAHAM BECK À FRANSCHOEK

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Sommelier-conseil
VINS CONSEIL
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À suivre...

À propos de l' auteur

Diplômé sommelier-conseil de l’Université du vin de Suze-La Rousse, en France, j’ai commencé mon apprentissage du monde vinicole en suivant les cours Les Connaisseurs de la SAQ. Aujourd’hui, j’en suis devenu un animateur! Chroniqueur vins et alcools dans diverses publications, dont le magazine Fugues, je parcoure la planète pour mettre images et visages sur ces produits qui me font vivre tant d’émotions.