dimanche 24 juin 2018
Un bar de Beauceville devant la justice…

Un bar de Beauceville devant la justice…

Au Québec, on ne badine pas avec les parasols. Un bar beauceron a été convoqué devant la justice pour répondre de ses actes : avoir déployé «six parasols identiques sur la terrasse».

Selon l'Union des tenanciers de bars du Québec, ce cas illustre bien le «harcèlement» dont est victime l'industrie et qui ne serait absolument pas résolu par la récente réforme mise de l'avant par le ministre Martin Coiteux pour «moderniser» la réglementation sur l'alcool.

Il se trouve, dans le cas des parasols, qu'il est interdit aux débits de boisson de faire de la publicité pour une seule entreprise. Les parasols aux couleurs de Corona Extra ont donc mené le bar La Grande Allée devant la Régie des alcools.

Aux yeux du tribunal, il s'agissait d'une récidive potentielle. Le même bar s'était vu imposer une amende de 275 $ pour les mêmes gestes, un an auparavant.

Dans une décision rendue publique il y a quelques semaines, le bar a finalement été acquitté par la Régie pour la seconde accusation. Son propriétaire a fait valoir que même si ses parasols étaient identiques, des affichettes faisaient la promotion d'autres produits sur la terrasse et assuraient donc une diversité publicitaire.

Réglementation «particulière»

«Honnêtement, je trouve ça très absurde. Il y a plein [de règles] comme ça dans le domaine de l'hôtellerie qui ne font pas nécessairement beaucoup de sens, mais ça fait partie de notre contrat apparemment», a affirmé David Kirsch-Jacques, copropriétaire du bar La Grande Allée de Beauceville. «Ça n'a pas de sens.»

Le tenancier affirme que le seul avantage qu'il a reçu réside dans les parasols, qui lui ont été donnés. Il croit que c'est «probablement un bar compétiteur» qui l'a dénoncé ou encore que des «policiers n'avaient vraiment rien à faire cette journée-là et qu'ils se sont promenés en ville».

«C'est une réglementation assez particulière», a commenté Me Jérôme Poirier, l'avocat de M. Kirsch-Jacques.

Un projet de loi

Peter Sergakis, président de l'Union des tenanciers de bars du Québec, s'est esclaffé lorsque La Presse lui a relaté la mésaventure de David Kirsch-Jacques.

«Ça me fait rire, ces lois-là», a-t-il dit en entrevue. Rire jaune. «Ça n'a pas de bon sens. Ce n'est pas la première fois que la Régie fait ça : ils convoquent du monde à la demande des policiers et les accusations n'ont pas de bon sens [...] Le propriétaire, faut qu'il engage un avocat, faut qu'il aille à l'audience.»

«Quand j'ai entendu le ministre la semaine passée qui disait avoir réglé tous les problèmes avec la Régie... il n'a pas réglé grand-chose!», s'est exclamé M. Sergakis.

Il fait référence au projet de loi du ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, qui annonçait fin février vouloir simplifier la vie aux commerçants et aux consommateurs en assouplissant la réglementation entourant la consommation d'alcool. Les modifications permettraient notamment de prendre un verre sans repas dans un restaurant et de demeurer sur une terrasse avec des enfants jusqu'à 23h.

Source: Michel Loiseleux​ via La Presse du 6 mars 2018