mercredi 22 novembre 2017
On se demande où tout a commencé...?

On se demande où tout a commencé...?

Dans le cadre de la Fête des Vins du Québec, édition 2014, tenue au Marché Bonsecours, quatre invitées spéciales du domaine vinicole & viticole ont été honorées, dont Barbara Jimenez Herrero. Voici son discours intégral - l'éditeur.

Dans mon cas, tout a bel et bien commencé à la naissance! Je suis née dans le vignoble familial et selon ceux qui me connaissent bien, comme Obélix, je suis tombée dans la marmite quand petite. Bon, je devrais dire, dans la cuve! Personnellement, je dis que j’ai du vin dans mes veines au lieu de sang. 

Toute petite, j’accompagnais mon père dans les tâches quotidiennes au vignoble et le fait de participer à tout cela me donnait un très grand plaisir!

Mon passe-temps préféré, au moment de la « siesta » était de faire le design des vignobles au bord du « tanque australiano (réservoir d’eau pour boire et aussi pour irriguer) » et de tester les canaux d’irrigation à la fin de la journée. 

Je suis rentrée à l’école primaire en sachant que je voulais faire le même travail que mon père quand je serais adulte. Toute une histoire commence!!! Pour votre information, les gènes de persévérance, insistance, et force de caractère je les ai hérités de ma mère et ils m’ont grandement aidé dans la vie. Les gènes de la curiosité, de l’amour pour la nature (la vigne, les oliviers, le vin et l’huile d’olive), la patience envers elle et le respect profond pour elle proviennent de mon père. Mon père m’a aussi donné un magnifique cadeau « ma mémoire olfactive » qui a su m’aider à la développer en m’incitant à tout sentir et gouter (terre, feuilles, fleures, fruits, légumes, épices, etc). 

Au courant de ma vie, plusieurs entraves se sont présentées à moi, j’étais une femme dans un monde d’hommes, de machos!!. Ma famille a tout fait pour m’empêcher de faire les études que je voulais. Mes plans étaient d’aller à l’école secondaire reliée à l’université d’agronomie et œnologie « Liceo Agrícola y Enológico » et … tout est tombé dans l’eau. Ils m’ont dit : tu devrais être avocate comme ton grand-père. Pour accomplir cet objectif familial, ils m’ont inscrite dans l’école reliée à comptabilité et droit. Ayoye, j’ai détesté cela, mais j’ai appris des notions utiles même pour aujourd’hui. 

Tête dure comme je suis, ‘le mouton noir de la famille ou bien le garçon manqué’, je me suis inscrite a l’université d’agronomie et œnologie. J’ai beaucoup étudié pour passer les examens, car elle est contingentée et je suis rentrée a la carrière des mes rêves. Difficile, car même certains professeurs nous disaient que les femmes devraient rester à la maison et prendre soin de la famille. Nous avons aussi été malmenés dans certains examens, mais je suis devenue Ingénieure agronome et œnologue pour mon bonheur et celui de mes parents (oui, celui de mes parents aussi, finalement). Le mouton noir a réussi!!!

J’ai commencé à travailler pour Seagrams l’année de ma graduation, 1997. Difficile aussi, des gars partout sauf secrétariat, labo et la personne qui s’occupait du magasin d’étiquettes – capsules – bouchons – etc. Une fois je suis montée sur un banc pour initier une lutte contre celui qui m’obstinait le plus parce que j’étais une femme. Nous n’avons pas lutté, une chance!!! car il m’aurait certainement envoyé à l’hôpital!!!  En 1999 Seagrams a décidé de me transférer à Montréal et de me donner le poste d’administratrice de la qualité et développement des produits pour toutes les Amériques sauf É.-U. et Canada. C’est évidemment à cause ou bien grâce à eux que je suis ici. C’est grâce à mon mari, un québécois, que je suis restée.

J’ai quitté Seagrams et travaillé 7 ans à la SAQ et depuis 2011 au Domaine des Côtes d’Ardoise. Je suis aussi la Présidente de l’Association Canadienne des Œnologues et cela c’est un grand honneur!! Nous faisons tout ce que nous pouvons pour faire connaitre notre profession, pour la promouvoir et surtout nous luttons contre l’usurpation de notre titre que, malheureusement, n’est pas encore reconnu au Canada.

Je suis heureuse et chanceuse!!!!!, il est plus facile ici pour les femmes que dans d’autres pays dans lesquels être une femme veut dire être malmenée ou bien être moins qu’un animal. Je suis née dans un pays de machos mais la femme est quand même respectée. Nous sommes chanceuses, et même si pour certaines il y a encore du chemin à faire, la vie est plus facile ici. J’ai une profonde admiration pour les femmes qui se battent pour avoir accès à l’éducation – base de tout développement -  et contre l’oppression. J’admire aussi les hommes qui aident les femmes à s’accomplir. Au Québec il y en a beaucoup, j’en ai un et je suis fière!!

Il faut dire que le fait de participer et faire une petite contribution, d’une certaine façon, à ouvrir et faciliter les chemins pour d’autres femmes et hommes plus ouverts nous donne une fierté.  

Bárbara Jiménez Herrero
Œnologue
514-831-9441
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Présidente de l’Association Canadienne des Œnologues

À propos de l' auteur

Dans mon cas, tout a bel et bien commencé à la naissance! Je suis née dans le vignoble familial et selon ceux qui me connaissent bien, comme Obélix, je suis tombée dans la marmite quand petite. Bon, je devrais dire, dans la cuve! Personnellement, je dis que j’ai du vin dans mes veines au lieu de sang. Lire la suite...