jeudi 23 novembre 2017
Un homme de Toronto vise à inscrire sa collection d’étiquettes de vin au Livre Guinness des records Photo: Chris Young

Un homme de Toronto vise à inscrire sa collection d’étiquettes de vin au Livre Guinness des records

Quatre jours sans interruption ne suffiraient pas à compter ce qui pourrait être la plus grande collection d'étiquettes de vin au monde.

Alain Laliberté, qui réside à Toronto (il habite maintenant à Québec), possède environ 160 000 étiquettes de vin, soigneusement rangées dans 123 boîtes à chaussures. Il a contacté le Livre Guinness des records car il est convaincu qu'il en possède suffisamment briser le record actuel de 16 349 étiquettes.

Sa passion l'a conduit en fin de semaine dernière à présider le jury du premier concours d'étiquettes organisé en marge de la Sélection mondiale des vins à Québec. Le prix a été attribué, parmi 81 candidats du monde entier, au vin de glace de l'Ontario, Coldhearted Riesling 2007.

Certains producteurs de vin mettent beaucoup de soin dans la conception de leurs étiquettes et ce concours vise à leur rendre hommage.

«C'est intéressant que certaines personnes trouvent un intérêt à ces petits bouts de papier, dit M. Laliberté, qui a une formation de sommelier. Certaines sont de petites oeuvres d'art.»

Le précurseur en matière d'étiquette est le baron Philippe de Rothschild.

Depuis 1924, l'étiquette de son fameux Mouton Rothschild est confiée à un artiste renommé, et cette tradition continue de nos jours. Miro, Chagall et Picasso y ont pris part. Le prix d'une bouteille peut aller de quelques centaines à plusieurs milliers de dollars.

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Originaire de Québec, M. Laliberté vit maintenant à Toronto. Il a étudié à l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec avant d'entreprendre, en 1995, un programme dédié à la dégustation à Bordeaux, en France.

À ce moment, il commence à relever les étiquettes sur les bouteilles de vin, puis à écrire aux producteurs pour leur demander de lui envoyer de nouveaux exemplaires.

Désormais un spécialiste du vin, il accumule les bouteilles dans son four pour en retirer les étiquettes.

Mais c'est il y a quelques années seulement que sa collection prend de l'ampleur quand il hérite de 125 000 étiquettes au décès d'un de ses amis collectionneur.

Il contacte alors le Guinness des records.

Cependant sa collection n'a pas encore été enregistrée parce qu'il doit fournir le nombre exact d'étiquettes qu'il possède. Il a bien l'intention de les compter bientôt, mais cela lui prendra plus d'une centaine d'heures.

«Je pourrais en compter 20 000 et m'asseoir sur le record», dit-il, mais ce n'est pas son intention.

Pour le Guinness des records, M. Laliberté a extrait tous les doublons qu'il pouvait avoir. Il a classé les étiquettes par pays et parfois par thème. La classification est faite de telle sorte qu'il puisse retrouver n'importe quelle étiquette dans les piles de boîtes à chaussures réparties dans son condo.

Certes, il n'a pas goûté à tous ces vins, mais avec une moyenne de 5 000 dégustations par année, Laliberté n'est pas loin du compte.

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Parmi ses pièces maîtresses, on trouve des ébauches de l'étiquette du Château Rauzan-Ségla, un vin de Bordeaux, des étiquettes jamais commercialisées dont il n'existe qu'un exemplaire de chaque.

La plus vieille étiquette de sa collection est allemande et date de 1859.

Certaines font référence à des pays qui n'existent plus comme la Yougoslavie, d'autres encore proviennent de pays que l'on ne soupçonne pas de produire du vin comme l'Éthiopie ou l'Égypte.

Certaines étiquettes représentent des animaux, des fleurs, des sports, certaines sont des oeuvres d'art alors que d'autres sont grivoises.

Cette collection ne sera jamais terminée: actuellement, M. Laliberté est à la recherche d'étiquettes de vin de Suède.

«C'est fascinant, dit-il. Ça m'a permis d'apprendre le vin: sa culture, sa géographie, son histoire.»

Mais les étiquettes ont également un rôle à jouer dans la commercialisation du vin.

Un professeur de marketing de l'Université polytechnique des Marches, à Ancône, en Italie, écrit que de simples changements sur les bouteilles peuvent avoir de grandes conséquences sur les ventes.

Dans l'article L'importanza dell'etichetta (L'importance de l'étiquette) de son blogue Officinamarketing, Gabriele Micozzi dit que dans certains cas, il y a une augmentation pouvant aller jusqu'à 169 % du chiffre d'affaires quand le l'apparence est modifiée.

«C'est du marketing, dit M. Laliberté. L'étiquette d'un vin ne dit rien sur le contenu de la bouteille, de même que le prix du vin n'a aucun rapport avec sa qualité.» Cependant, il admet que de plus en plus le choix du consommateur se fait par l'étiquette.

Un autre sommelier mentionne que pour lui, il est évident que l'étiquette joue un rôle important dans le commerce de détail.

«Les compagnies, par leurs étiquettes, se positionnent sur le marché», dit Martin Lefebvre, sommelier au restaurant XO dans le Vieux-Montréal.

«Les appellations classiques ont tendance à être très conservatrices alors que les nouveaux producteurs vont faire des étiquettes plus «flyées» pour leur premier vin.»

L'étiquette joue aussi un rôle lors de l'importation de vin, notamment au Québec, où, selon M. Lefebvre, la Société des alcools du Québec a récemment refusé des vins de plusieurs domaines français parce qu'il y avait de la nudité sur l'étiquette.

L'une des étiquettes, portant le nom « Montre Cul », a apporté une référence ludique au mot français grossier désignant les fesses. Ainsi fut le rôle joué par l'aspect artistique de l'étiquette, bien sûr.

Source: Global News du 6 juin 2013

Version française: La Presse Canadienne

NOTE DE L’ÉDITEUR

Alain Laliberté est notre correspondant chroniqueur, basé à Québec.

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À propos de l' auteur