samedi 6 juin 2020
COLLABORATION SPÉCIALE - Portraits de producteurs d'exception - Les classiques, première partie Textes et photos / H. Chalifoux

COLLABORATION SPÉCIALE - Portraits de producteurs d'exception - Les classiques, première partie

Ces domaines que j’appelle les classiques sont non seulement des figures de proue de la viticulture sud-africaine, mais leurs vins sont bien connus de par le monde. Ils sont classiques parce qu’ils se sont imposés à travers les années comme étant de fiers représentants de cette viticulture. Classiques également parce que leurs vins rappellent la tradition des vins français, tels que les Bordeaux ou les Côtes du Rhône. Enfin, classiques parce que leurs vins sont faits à partir de cépages très répandus aux quatre coins de la planète, tels que le cabernet sauvignon, le sauvignon blanc ou encore le chardonnay.

Plusieurs dont je traiterai ici ont les moyens de leurs ambitions. Ce sont des domaines imposants, ce qui, faut-il préciser, n’enlève rien à leurs vins. Il faut comprendre l’importance de ces domaines en Afrique du Sud. Ils offrent des opportunités d’emplois et la possibilité d’acquérir des connaissances. Certains producteurs ont tout investi pour créer de beaux vins, contribuant ainsi à une industrie motrice au pays. Ils le font tout en innovant et en explorant de nouvelles avenues. Certains ont d’ailleurs été les précurseurs d’une révolution dans la viticulture du pays.

 Réalisée par M-J Gobeil

 

Ken Forrester Wines

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Figure emblématique au Cap, Ken Forrester est considéré comme le père du chenin blanc. Il est non seulement un pionnier de la viticulture en Afrique du Sud, c’est sans doute l’un des vignerons les plus influents du nouveau monde. Il cherche toujours des moyens afin d’innover dans la vigne comme dans le chai.

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Le domaine a été établi en 1689 par Frederik Boot et Ken Forrester a acquis le domaine en 1993. À une époque, où tous arrachaient les vignes de chenin pour planter du sauvignon blanc, il a choisi une autre route. Et c’est alors que la légende du chenin blanc d’Afrique du Sud est née...

J’ai eu le plaisir de rencontrer l’œnologue de la maison, Shawn Mathyse, qui m’a patiemment présenté les vins en détail. Ayant appris à faire le vin de Ken Forrester, son mentor, Mathyse est un jeune homme passionné qui contribue à faire le succès de la maison. Selon lui, l’expression qui selon lui caractérise le mieux le domaine est l’esprit de famille. Il y règne un esprit d’équipe qui permet à la famille étendue de Ken Forrester de créer des vins qui leur ressemblent. C’est certainement l’un des vignobles les plus engagés à améliorer la qualité de vie de ses employés.

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Un jour, Ken a demandé à Shawn Mathyse d’imaginer le vin qu’il rêverait de faire. Puis ils ont acheté du chenin blanc du Swartand, et Mathyse a réalisé la cuvée Terre noire[1]. Un beau vin de tous les jours, 100% chenin blanc, sec et légèrement salin. La cuvée, qui peut accompagner une grande variété de plats, est déjà présente sur nos tablettes à 23,90 $.

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Pour tous leurs vins le vignoble travaille en agriculture raisonnée (sustainable). Chaque catégorie de vin est soignée sans herbicides ou pesticides, et les vendanges sont faites manuellement. La maison produit des vins pour tous les budgets. J’adore le mousseux Sparkle Horse à cause de sa vivacité et ses bulles fines. Cela dit, dans la catégorie des vins plus haut de gamme, The Gypsy (grenache, syrah, mourvèdre. SAQ : 61.25$) et FMC (chenin blanc. SAQ : 61,50 $) sont particulièrement intéressants. J’ai surtout un faible pour FMC, 100% chenin blanc, dont l’acidité est en parfait équilibre avec le fruit. À l’attaque, on y trouve des notes de pommes et de miel. Mais aussi, certains raisins utilisés dans la fabrication de ce vin ont des traces de botrytis, ce qui apporte une grande complexité et longueur en bouche. Agréable en jeunesse, c’est aussi un vin au beau potentiel de garde.

La maison a également créé un grand vin, le Dirty Little Secret, conçu en mini production, soit, environ 1800 bouteilles de leur meilleur chenin, élevage sur lies, légèrement oxydatif, et qui renferme plusieurs millésimes.  

Le No. 2 est fait à partir d’un assemblage de millésimes 2016, 2017 et 2018. Ce vin, d’une fraîcheur qui surprend, est doté d’un beau corps qui apporte une longueur en bouche. Il s’agit d’un vin nature, non filtré, aux arômes de poire et de pêche. Ayant un grand potentiel de garde, ce vin est une belle réussite.

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Malheureusement, il n’est pas disponible au Québec. Il se vend en Afrique du Sud environ 100 $ la bouteille. Néanmoins, beaucoup de leurs cuvées sont disponibles ici je vous recommande de les découvrir afin d’y trouver celles qui vous convient. 

 

Boekenhoutskloof

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Domaine fondé en 1776 à Franschhoek (qui veut dire le : Coin des Français) où se sont établis les premiers huguenots français (protestants du Royaume de France).

Il a été acquis en 1993 par Mark Kent, qui en est l’œnologue en chef. Très concerné par la biodiversité, le domaine a participé à la fondation d’un organisme dédié à la protection des espèces indigènes. On y a retiré les plantes envahissantes pour les remplacer par des plantes de la région afin de réduire les risques de feux comme ceux qui ont détruit beaucoup de vignobles dans la dernière décennie.

L’œnologue du domaine, Gottfried Mocke, est un amoureux de la Bourgogne et de la Vallée du Rhône, ce qui se reflète dans les vins qu’il produit. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié plusieurs d’entre eux. Selon Mocke, le mot qui représente le mieux le domaine est minutie. Cette attention accordée aux détails caractérise la qualité des vins de Boekenhoutskloof.

Parmi les cuvées qui valent le détour : Cap Maritime. Tant le chardonnay que le pinot noir sont de belles réussites. Ce dernier est un peu plus riche que les bourguignons, il est épicé et généreux. Le chardonnay, quant à lui, est vif avec des arômes de citron et de pierre à fusil. D’une acidité mordante, ce vin saura plaire aux amoureux des vins blancs de Bourgogne. Disponible à la SAQ, les vins sont un peu plus chers mais ils le valent (environ 56$ ch).

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Un autre vin de ce domaine à découvrir absolument est le 100% sémillon fait à partir de vielles vignes (1902, 1936 et 1942). Ce vin est sec et légèrement floral, aux arômes de poire et de pêche, est exquis. Un vin très long en bouche avec un excellent potentiel de garde, qui peut accompagner plusieurs plats. J’ai eu le plaisir de boire le 2006 accompagné d’un foie gras et l’accord était très réussi. Assurément un vin qui vaut le détour (39.75$). Plusieurs de leurs vins sont disponibles à la SAQ dont une petite cuvée à surveiller qui pourrait venir sur nos tablettes : Vinologiste (chenin blanc) un beau vin vif et frais agréable pour tous les jours.

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Jordan Wines

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Comme j’aurais aimé avoir le temps de présenter en détail ce vignoble. C’est à mon avis un incontournable. Le domaine respire son patrimoine et ses 300 ans d’histoire. Il a été acheté en 1982 par les parents de Gary Jordan et à partir des années 1990, Gary et sa femme Kathy ont débuté la production viticole.

Le domaine est balayé par la brise de False Bay, ce qui évite la surmaturation des raisins. Les producteurs connaissent très bien leur terroir et ont planté les cépages appropriés à chaque sol. Eux aussi considèrent que le bon vin débute avec une bonne gestion de la vigne.

Plusieurs de leurs vins plairaient aux Québécois, surtout dans la catégorie des vins blancs, qui sont vifs et balancés. Un des chardonnays que j’ai eu le plaisir de goûter ici, le Jordan Barrel Fermented Chardonnay, est frais et minéral. Un vin est doté d’une acidité agréable et rafraîchissante. Nine Yards est un peu plus gras et boisé, mais le tout est bien intégré et serait, à mon avis, très populaire.

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Les vins de Jordan Wines ne s’obtiennent qu’en importation privée au Québec pour l’instant. Souhaitons qu’ils arrivent un jour sur nos tablettes car ils sont d’excellente qualité. Pour ceux qui comptent visiter la région, faites le détour, non seulement vous goûterez à des vins succulents, mais vous y ferez la rencontre d’employés dévoués et passionnés. Et, fait à ne pas négliger,  Kathy Jordan a mis sur pied une initiative pour soutenir les femmes de couleur qui œuvrent dans le domaine du vin. La viticulture et l’œnologie étant des milieux encore très masculins, cette initiative permet à ces femmes d’acquérir de l’expérience pertinente. 

 

Tokara     

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Tokara est l’un des domaines des plus somptueux que j’ai eu la chance de visiter. Les œuvres d’arts présentées ainsi que les jardins sont à couper le souffle.  Le Tokara tire son nom des prénoms des deux enfants des propriétaires : Thomas et Kara. Lové dans les vallées de Simonsberg, ce domaine est de toute beauté, tant par les chais, le restaurant que le vignoble. Il a été fondé par GT Ferreira, un ex-banquier sud-africain qui souhaitait créer des vins haut de gamme de style bordelais. Le domaine produit aussi des huiles d’olives.

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Spectaculaire, la porte du cellier provient d’un ancien galion portugais échoué sur les côtes du pays et dans le restaurant, on trouve un lustre entièrement constitué de  feuilles de plastique recyclé.

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Pour Karl Lambour, directeur général de Tokara, l’expression qui représente le mieux les vins du domaine est sans compromis. En effet, le domaine n’a pas hésité à investir à tous les niveaux, allant des chais aux terroirs de grande qualité, en passant par les programmes d’aide aux employés et l’engagement envers les artistes de la région. Ce domaine se compare aux plus grands domaines du monde. C’est ma deuxième visite et je suis aussi impressionnée qu'à ma première.

Si le lieu lui-même est à couper le souffle, il n’en est pas autrement de ses vins. Tokara propose des produits classiques exquis. Director Reserve White 2017 (sauvignon blanc 69 % et sémillon 31 %) est selon moi un coup de maître. Il révèle de délicates notes de fruit de la passion à l’ouverture, suivi de notes de citronnelle et d’une finale légèrement briochée. Cet assemblage tout en élégance présente une belle acidité et ravit le palais qui en redemande.

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Ces vins ne sont accessibles au Québec qu’en importation privée, ce qui est vraiment dommage. Le marché québécois manque quelque chose, car ils offrent une belle alternative à nos classiques.

En terminant, bien que les domaines ne soient pas tous biologiques, tous sont conscients du rôle déterminant de la terre et de la viticulture durable et tous font des vendanges manuelles. N’hésitez pas à trouver des vins de ces producteurs en fonction de votre budget, vous serez ravis. J’en profite pour remercier tous les domaines de leur accueil chaleureux et pour les belles dégustations. Pour plus d’information, rendez-vous sur leur site : 

Ken Forrester

Boekenhoutskloof

Jordan Wine Estate

Tokara 

[1] Nous avons mentionné au producteur qu’il manque un e à « noir » sur les étiquettes. L’erreur sera corrigée dès la prochaine impression.

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