samedi 18 novembre 2017
DOSSIER BEURRE - La pénurie de beurre, «exemple parfait» du dysfonctionnement de la filière

DOSSIER BEURRE - La pénurie de beurre, «exemple parfait» du dysfonctionnement de la filière

Comme les producteurs de la FNPL, les coopératives laitières rejettent la responsabilité de la pénurie de beurre dans les magasins sur les distributeurs. « Certains ne veulent pas revoir les tarifs à la hausse », selon Dominique Chargé, président de la FNCL. Ce dernier estime par ailleurs que le marché de la poudre de lait ne va pas s’améliorer dans les prochains mois.

En Allemagne, le prix de la plaquette de 250 grammes de beurre a commencé à augmenter en juillet 2016, juste après le début de la hausse du cours du beurre en vrac sur les marchés. « Depuis juillet 2016, le prix a bondi de 112 % dans les magasins outre-Rhin. En France, les prix en rayon n’ont commencé à augmenter qu’en mars 2017. En six mois, les tarifs n’ont progressé que de 6 % », a expliqué Dominique Chargé, président de la Fédération nationale des coopératives laitières.

Tout comme André Bonnard, secrétaire général de la FNPL, Dominique Chargé renvoie la responsabilité de la pénurie de beurre dans les magasins aux distributeurs. « Certes, il y a un déséquilibre entre les fabrications de beurre qui avaient baissé suite au recul de la production et une demande mondiale accrue. Mais certains distributeurs refusent aujourd’hui les hausses proposées » par les industriels au regard de l’envolée des cours du beurre sur le marché mondial. Dominique Chargé en profite pour rappeler que la France est structurellement déficitaire en beurre. « La France importe chaque année autour de 200 000 t de beurre et en exporte deux fois moins. »

Pour lui, « la situation actuelle sur le beurre est l’illustration parfaite des dysfonctionnements de la filière laitière. » « Sans réel changement de comportement des acteurs de la filière et sans rééquilibrage du rapport de force dans les relations industries-commerce, aucune évolution positive ne sera possible », insiste-t-il.

S’exprimant chez nos confrères de Sud Radio, le ministre de l’agriculture n’a pas exclu, pour sa part, de saisir le médiateur des relations commerciales agricoles « pour trouver les moyens de remettre autour de la table les distributeurs et les transformateurs pour trouver un accord ».

La trop faible réactivité des acteurs nationaux à répercuter des hausses de prix jusqu’aux prix payés aux producteurs a d’ailleurs servi d’exemple dans les débats des Etats généraux de l’alimentation. « Les EGA constituent une démarche constructive, a commenté le président de la FNCL. Mais son principal défaut est de rester limitée au périmètre de la France. Or, quatre litres de lait sur dix sont valorisés à l’export. »

Le dialogue et une meilleure contractualisation ne feront pourtant pas tout, selon lui. « Je suis persuadé qu’il y a encore des leviers de compétitivité dans les exploitations laitières. Il y a encore des écarts de charges opérationnelles du simple au double dans des exploitations comparables situées sur un même territoire. »

Des tensions croissantes sur la poudre de lait

Alors que les éleveurs ne profitent pas des hausses de prix à la hauteur de l’envolée du prix spot du beurre, ils pourraient subir de nouvelles pressions à la baisse du prix payé par leur industriel. En cause : le marché très excédentaire de la poudre de lait. « Le stock européen de poudre de lait écrémé avoisine les 380 000 tonnes. C’est l’équivalent de quatre mois de production », rappelle Dominique Chargé. L’excès d’offre de poudre de lait tire les prix à la baisse. « La dernière adjudication s’est faite à 1 440 €/t, donc en dessous du prix d’intervention. »

Le 9 octobre dernier, le commissaire européen à l’agriculture Phil Hogan a proposé de réduire le plafond d’intervention publique pour la poudre de lait écrémé à zéro, au lieu de 109 000 tonnes habituellement à partir du 1er mars 2018. Autrement dit, le dispositif d’intervention ne serait pas supprimé, mais serait ouvert au coup par coup sous forme d’appels d’offres. Certes, cela permettra d’éviter d’augmenter un stock public déjà énorme. « Mais cette mesure engendrera des tensions très fortes sur le prix de la poudre de lait écrémé ». Et alimentera une tendance déflationniste du prix du lait payé aux producteurs.

La proposition de la Commission, qui doit être validée par les 28 Etats-membres, a de quoi inquiéter dans un contexte où la production européenne est repartie à la hausse. « Depuis le mois de mai, la reprise de la production en Europe est bien plus marquée qu’au début de l’année. » La hausse est très soutenue en Pologne (+ 6 % en juillet, + 5 % en août par rapport au même mois un an plus tôt) et en Irlande (+ 9 % en juillet, + 10 % en août).

« A l’échelle mondiale, la hausse de la production s’accentue aussi depuis six mois, notamment aux Etats-Unis, où il n’y a pas vraiment eu de ralentissement de la production, mais aussi en Océanie. »

Source: Agrisalon.com du 24 octobre 2017