vendredi 15 décembre 2017
Cauchemar à Napa et Sonoma, les vignobles durement touchés par les incendies Photo: AFP

Cauchemar à Napa et Sonoma, les vignobles durement touchés par les incendies

Au milieu des ruines encore fumantes, des tonneaux carbonisés gisent et une odeur mêlée de brûlé et d'alcool s'élève près d'une dizaine de cuves encore debout. Un peu plus loin, la salle de dégustation dite «Le Chateau», n'est plus qu'un amas de gravats noircis.

Paradise Ridge, perchée sur une colline de Santa Rosa, est l'une des exploitations viticoles du nord de la Californie dévorées par les violents incendies qui ravagent la région depuis dimanche. Nombre de vignobles, parfois centenaires, ont été endommagés et une partie des vendanges est menacée.

«Je travaille dans la région depuis 25 ans, mais je n'ai jamais rien vu de la sorte», affirme Christian Butzke, professeur d'oenologie à l'école agricole de Purdue.

«Les gens sont sous le choc de la vitesse à laquelle le feu a progressé», ajoute-t-il, se désolant pour les «personnes qui ont perdu la vie». Elles sont au moins quinze à ce stade, mais 200 personnes sont encore portées disparues.

Ray Johnson, directeur de l'Institut du commerce viticole à l'université de Sonoma, parle d'«impact majeur des feux sur l'industrie du vin de la Côte nord» de Californie, dans un courriel à l'AFP. 

La célèbre propriété Stag's Leap Cellars, qui avait acquis une renommée mondiale en 1976 en surclassant de grands crus français dans un concours, le fameux «Jugement de Paris», a dû être évacuée. L'ampleur des dégâts n'avait pas été précisée mardi soir, mais le site compte rouvrir samedi.

En revanche, le vignoble Signorello Estate a été réduit en cendres. Ray Signorello Jr, son directeur a indiqué sur Facebook que le personnel avait tenté dans la nuit de dimanche à lundi de lutter contre le brasier, mais «a dû battre en retraite quand le bâtiment a été atteint».

L'exploitation de vins biologiques Frey a aussi été dévorée par les flammes.

«On dirait le site d'un bombardement», a constaté, amer, le vigneron Joe Nielsen de l'exploitation Donelan, dans le San Francisco Chronicle à propos des environs. «Il n'y a que des cheminées et des carcasses de voitures brûlées et des arbres carbonisés».

Cushing Donelan, dont la famille gère ce vignoble, a indiqué à l'AFP que leurs «vignes sont épargnées pour le moment, mais nous sommes au milieu de la zone d'évacuation, le feu n'est pas du tout maîtrisé et le vent se lève, il n'y a aucune manière de savoir si nous sommes hors de danger».

«Des gens ont tout perdu, des vignobles avec une histoire ont été balayés par les flammes. (...) En face de chez nous, des quartiers où vivent nos amis et voisins ont été réduits en cendres», a-t-il décrit, impuissant à protéger le domaine, car eau et électricité ont été coupées.

Le Beltane Ranch, auberge et vignoble datant de 1900, a également été évacué à la hâte --y compris vaches et chevaux--, mais les bâtiments historiques ont été préservés grâce à «des efforts incroyables», ont écrit ses dirigeants sur les réseaux sociaux.

Le cauchemar n'était pas terminé mardi soir pour les habitants ou exploitants de cette région bucolique aux collines tapissées de vignes, parmi les plus touristiques du pays. Les incendies faisaient encore rage, les évacuations se poursuivaient.

Plus de 2000 habitations et structures ont déjà été détruites.

«Il y aura clairement des pertes» et il faudra des années pour replanter les arpents détruits, souligne M. Butzke.

À cette époque de l'année, la grande majorité des vendanges sont faites, mais, explique-t-il, les meilleurs cépages de Cabernet et de Merlot --ceux qui donnent les vins les plus réputés et chers-- sont traditionnellement récoltés tardivement et ne le sont à ce stade qu'à 50%.

«Ils pourraient avoir été endommagés par la fumée» qui peut pénétrer le raisin et le rendre inutilisable, ce qui diminuerait la production et peut-être engendrer une hausse des prix pendant deux ou trois ans, ajoute le professeur de Purdue.

Il anticipe toutefois un impact globalement réduit sur l'ensemble des 60 000 hectares de vignobles de la Côte nord californienne.

La viticulture génère 46 000 emplois locaux, plus de 13 milliards de dollars de revenus dans le seul comté de Napa --50 milliards aux États-Unis-- et attire 3,5 millions de touristes dans la région chaque année.

«La Californie est si innovante et si rapide à rebâtir» que, d'après M. Butzke, le tourisme devrait bien résister.

Source: TVA Nouvelles du 10 octobre 2017