mardi 21 novembre 2017
Hommage à Marguerite Aghaby

Hommage à Marguerite Aghaby

Une des personnalités passionnantes et passionnées du monde du vin au Québec est Marguerite Aghaby. Elle est responsable des comptes majeurs et des relations publiques chez LBV International. Je l’ai rencontrée et voici ce qu’elle m’a confié.

- Êtes-vous née au Québec Marguerite ?

- Non, je suis née à Ismaïlia, en Égypte et j’ai grandi à Suez où mon père était mesureur de tonnage de bateaux pour le Canal. J’ai donc grandi dans un monde d’épices et de fleurs et c’est d’ailleurs ainsi que j’ai appris à développer mon odorat. J’avais huit ans lorsque mon père, sentant venir la guerre, a décidé de venir s’installer au Québec où habitait déjà sa sœur. Auparavant mes parents nous ont fait le cadeau, à mes trois grands frères et moi, car je suis la cadette, d’un long voyage au cours duquel nous avons visité l’Italie, la France, l’Espagne et l’Angleterre. À notre arrivée au Québec nous nous sommes d’abord installés à Montréal Nord chez ma tante et par la suite nous avons déménagé à Longueuil.

- Vous êtes-vous adaptée facilement au style de vie québécois ?

- Au début c’était toute une adaptation ! D’abord à l’hiver et à la neige que je n’avais jamais vue, et aussi à une vie sobre qui contrastait avec l’exubérance méditerranéenne que j’avais connue. En Égypte nous parlions déjà le français mais ici j’ai dû m’adapter à l’accent pour éviter les moqueries et m’aider à me faire des amies.

- Avez-vous été très vite attirée par le monde du vin ?

- Pas du tout ! J’ai d’abord étudié en technique de garderie. J’ai terminé mes études en 1979 et j’ai été engagée à la Garderie de l’UQAM sur la rue Jeanne Mance où j’ai travaillé durant 9 ans. Pour me changer un peu les idées, un été j’ai décidé de partir faire les vendanges dans le Mâconnais avec les échanges France-Québec. C’est dans le vignoble de Jean-Jacques Lardet que j’ai découvert ma passion pour le monde du vin.

- Entrez-vous dans l’univers du vin dès votre retour à Montréal ?

- Non, je suis retournée travailler à la garderie où j’ai rencontré mon conjoint de l’époque, le papa d’un des enfants. Mon conjoint faisait alors des études en sciences politiques. Notre rencontre m’a permis de quitter mon emploi et de faire des études dans le domaine du vin. La première fois où j’ai touché au commerce du vin c’est pour Feu Jean-Louis Archat, un monument dans le milieu du vin et du fromage. Par la suite j’ai commencé à travailler dans la restauration et c’est Chez Julien que j’ai eu à collaborer avec des représentants de vins. C’est là que j’ai senti l’appel pour le commerce du vin. La première personne qui a cru en moi dans l’industrie est Monsieur Michel Mercier qui m’a référée à Monsieur Erwan Pors de chez Vins fins, agence qui a par la suite été rachetée par le groupe Pernod Ricard. Ce furent des années heureuses, de formation et de découverte. J’y ai travaillé 4 ans et l’opportunité s’est présentée à moi de me joindre à l’équipe des Vins Phillippe Dandurand. C’est Monsieur Marc Bourgeois qui m’a référée à Monsieur Raymond Nantel, à l’époque vice-président des Vins Phillippe Dandurand. J’y ai débuté le 1er  avril 1997. Les Vins Philippe Dandurand a été une grande école pour moi. J’y ai appris la rigueur. Après 13 ans j’ai eu besoin de relever de nouveaux défis et j’ai donc décidé de plonger dans une autre aventure. Je suis maintenant partenaire chez LBV International, qui est une entreprise plus petite mais en croissance, et de collaborer à son développement apporte une autre dimension à mon travail. Je crois que la vie nous mène là où l’on doit être et elle m’a fait ce beau cadeau pour mes 50 ans.

- Avez-vous eu des mentors à vos débuts ?

- J’en ai eu deux entre autres, à la fois mentors et anges gardiens, Samy Rabbat et Éliane Staziak (qui travaillait à la SAQ à l’époque et que j’avais rencontrée lors de nos dégustations des Échansons de France où j’avais été intronisée). Ces personnes ont toujours été là pour moi et à mon tour je souhaite être disponible pour d’autres.

- Comment est la vie d’un représentant en vins ?

- Être représentant est pour moi le plus beau métier du monde ! On rencontre beaucoup de gens et cette dimension humaine me nourrit. Mes clients sont pour moi comme une dynamo, leur contact me procure de l’énergie.  Il faut comprendre qu’on vit de la vente. C’est important de donner un très bon service à ses clients. Ce n’est pas un métier de 9 à 5, il faut être très disponible. Et c’est là ma force. Pour moi, tous les clients, grands ou petits, méritent d’être traités avec les mêmes égards. Un petit client peut devenir grand et on peut perdre un grand client si on n’en prend pas soin.

- Quels sont vos rapports avec les agents des autres compagnies ?


- Ils sont bons parce que je respecte mes confrères et consœurs qui font le même métier que moi et qu’il y a de la place pour tout le monde, et c’est pour cela que je suis respectée dans l’industrie parce qu’à la base j’aime les gens et j’aime travailler en réseau. J’établis des alliances. Si un client que je visite recherche des vins que je n’ai pas dans mon porte-folio, je n’hésite pas à le mettre en contact avec des agents qui en ont et avec lesquels j’ai tissé des liens d’amitié. Je pense à Esther, Sandrine, Julie, Marie, Caroline, Michel, Jean-François, Marco, Rocco, Jean-Marie, Charles … La liste est longue et je sais qu’ils et elles se reconnaîtront. Le retour d’ascenseur se fait tout aussi naturellement de leur part et c’est ça qui est merveilleux.

- Que pensez-vous des importations privées ?

- De plus en plus d’agences vont du côté des importations privées car il y a une demande. Pour moi les importations privées sont des produits complémentaires à notre porte-folio. Par contre il ne faut jamais oublier que le pain et le beurre pour nous ce sont nos produits réguliers et les spécialités. 

- Ne trouvez-vous pas qu’il y a parfois des abus, et que certains demandent des prix exagérés pour des vins qui ne les valent pas toujours ?


- Il y a encore sur notre marché d’excellents rapports qualité/prix et il y a la beauté de l’euro qui fait fluctuer les prix pas seulement à la hausse mais aussi parfois à la baisse. Par exemple mon Parallèle 45 se vend (c’est un secret !!) au prix d’il y a 10 ans !! Et pour ce qui est des importations privées, j’ai ouïe dire que la SAQ songe à publier les prix de référence de façon à ce que les consommateurs puissent y avoir accès et juger si cela en vaut la peine ou non.

- Est-ce que les buts visés à vos débuts et les buts actuels sont les mêmes ?

- On évolue toujours mais je reste néanmoins une communicatrice et j’aime ce que je fais comme au début.

- Vous impliquez-vous socialement?

- Oui.  Il y a beaucoup de causes qui m’interpellent mais les deux choses qui me tiennent le plus à cœur sont l’éducation et la santé. Je supporte la Fondation du Collège de Maisonneuve et j ai grand plaisir à collaborer avec Madame Brigitte Desjardins. Je supporte également la Fondation de l’Hôpital de Lachine avec la grande complicité de Monsieur Claude Briault.

- Qu’est-ce que vous percevez des producteurs de vins de la nouvelle génération ?

- Le vin est en mouvance. On commence à parler de plus en plus d’agriculture raisonnée et d’agriculture bio. Pour moi l’essentiel ce sont les producteurs, ce sont eux les grands magiciens de la vigne. Une fois que je les rencontre et que je vois dans leurs yeux cette flamme, cette passion qui les habite, je ne peux faire autrement que vendre leur vin avec cœur et passion à mon tour. J’ai même eu l’opportunité de rencontrer la relève pour deux de nos producteurs, Jean Sébastien Marionnet du Domaine la Charmoise et les fils de Michel Escande de Borie de Morel, et je peux vous confirmer qu’ils ont la trempe des grands.
 
- Quelles sont les choses dont vous retirez une satisfaction particulière dans votre métier ?

- Une grande liberté, l’autonomie professionnelle et la fierté du travail bien accompli à chaque jour. Le plaisir de développer des liens de confiance avec les différents acteurs du milieu du vin. C’est le lien de personne à personne qui est le plus important et ça je l’ai compris très rapidement. De plus j’ai l’opportunité  de voyager et d’aller chez nos producteurs et ça c’est très formateur. À chaque retour de voyage je dis toujours : « J’ai vu, j’ai bu et suis doublement convaincue. »  

- Quelle est votre perception de la femme dans le milieu vinicole?


- On voit de plus en plus de femmes dans la profession. Et c’est très bien ainsi.

- Quels sont les projets actuels auxquels vous tenez particulièrement ?


- Il y en a plusieurs ! J’investis beaucoup dans la formation auprès de mes restaurateurs parce que les consommateurs s’intéressent de plus en plus au vin et posent beaucoup de questions. Il est important de bien former les restaurateurs afin qu’ils soient en mesure de répondre à la clientèle adéquatement.

- Des projets futurs ? 

- Oui il y en a toujours, c’est ce qui me maintient en vie. Je collabore à un projet avec un restaurateur de Montréal (encore secret !!) qui fera sans doute boule de neige ! À suivre… Je suis heureuse d’être chez LBV et de continuer à partager ma passion du vin. Une phrase qui décrit bien ma philosophie de vie ? « L’amertume n’est bonne que dans le vin ! »


Entretien avec Roger Huet
Photographe: Julie Archambault

À propos de l' auteur

Roger Huet - Chroniqueur vins et Président du Club des Joyeux
Québécois d’origine sud-américaine, Roger Huet apporte au monde du vin sa grande curiosité et son esprit de fête. Ancien avocat, diplômé en sciences politiques et en sociologie, amoureux d’histoire, auteur de nombreux ouvrages, diplomate, éditeur. Il considère la vie comme un voyage, de la naissance à la mort. Un voyage où chaque jour heureux est un gain, chaque jour malheureux un gâchis. Lire la suite...