mercredi 22 novembre 2017

Samy Rabbat, «Le Réseauteur» par Patrick Lesort de l'Actualité Alimentaire

Par Patrick Lesort


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Qui ne connaît pas Samy Rabbat dans le milieu du vin, de la restauration ou de l’hôtellerie? Présent à chaque événement, il est incontournable quand il est là et regretté quand il n’y est pas. Indispensable pour rester informé ou pour passer un message, Samy Rabbat est surtout un « réseauteur-né » et un passionné de la vie.

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Son léger accent, qu’il conserve précieusement, trahit ses origines méditerranéennes et lui donne un côté attachant qu’il sait mettre de l’avant. Né en Égypte, il déménage plusieurs fois  au Moyen-Orient et en Afrique subsaharienne grâce à son père Directeur commercial à la Middle East Airlines (MEA), une compagnie aérienne libanaise. Il se souvient encore de ses premières années d’école au Liban, chez les Jésuites qui manipulaient autant les bonnes paroles que le martinet. Il garde en mémoire la discipline de l’endroit. Son père ayant été transféré en Afrique, la famille Rabbat séjourne deux ans à Accra, au Ghana, pendant une terrible période de dictature, puis à Abidjan, en Côte d’Ivoire, pendant deux autres années et demie. C’est là qu’il développe sa passion pour les billes, qu’il collectionne toujours, et peut-être aussi son don pour les affaires.


Destination l’Amérique

C’est en Iran, où la famille reste une année, que le vent tourne. Son père rêve d’immigrer en Amérique. Leur voisin, un immigré canadien, l’incite à venir visiter Montréal ainsi que Rio et New York, des destinations qu’il privilégiait. « Mon frère et moi écoutions les histoires de ce voisin avec passion. Nous étions sûrs qu’il y avait des Indiens partout au Canada et que tout le monde mangeait du spaghetti au ketchup comme lui! En fait, du Canada, nous ne connaissions que le Canada Dry », dit-il en riant. L’environnement francophone de la métropole québécoise séduit M. Rabbat père. En 1965, les parents et les deux frères débarquent à Montréal, plus précisément à ville Saint-Laurent. « À 11 ans, j’ai découvert les portes automatiques qui me fascinaient et les pains en tranches dont je me goinfrais!  Après quelques raclées, j’ai dû me défendre très tôt dans la cour de l’école... » Le père de Samy, a ouvert la compagnie MEA pour l’Amérique du Nord et par la suite les bureaux de plusieurs compagnies aériennes arabes à Montréal. Plus tard il a travaillé de concert avec une compagnie américaine spécialisée dans les assurances voyages qu’il a fini par vendre aux Caisses Desjardins…  « J’ai énormément appris de mon père, écouté ses discours, voyagé avec lui, acquis sa discipline et surtout aimé son humour que ma mère partageait avec lui. »


ITHQ Promotion 1976

Après un passage éclair et mouvementé au Collège Stanislas de Montréal, à Outremont, le jeune Samy retrouve l’école publique (mixte) de Saint-Laurent et, comme alternative, s’inscrit au tout nouvel Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ)! « Ça a été mes plus belles années. J’ai développé ma passion pour les cours de bars et de sommellerie. En cuisine, je ne connaissais que la nourriture que l’on me donnait et, comme la plupart des enfants orientaux tenus en dehors de bien des affaires, je n’avais jamais vu comment on préparait les plats... Ça a été un déclic! Pendant deux ans, j’ai été le premier arrivé, le dernier parti. J’étais curieux. Je goûtais à tous les plats : des soles meunières, des châteaubriants… Je reprenais le dernier métro chaque soir avec le ventre plein! Puis, ce fut mon premier stage en service de table au Château Montebello avec ses mémorables fontaines de jus d’orange et ses montagnes de pâtisseries que chacun des stagiaires chapardait… C’est d’ailleurs cet épisode qui a déclenché une réaction de la direction  de l’ITHQ et un retournement de situation pour nous. Pris avec élégance et intelligence, en nous montrant l’importance des choses et la façon de les vérifier, la leçon a porté ses fruits : nous étions devenus tout d’un coup les gestionnaires que nous devions être. » Après un deuxième stage au réputé restaurant Hélène de Champlain, il en fait un troisième en administration au Ritz Carlton tout en faisant des banquets les fins de semaine. « À cette époque, avant l’adoption de la TPS dans l’hôtellerie, j’ai été témoin plusieurs fois de quelques anomalies pour le moins troublantes…  Ça m’a ouvert les yeux. Après coup, ce fut une excellente école, car je peux désormais arriver dans n’importe quel établissement ou cuisine et voir ce qui s’y passe vraiment. Rien ne m’échappe! »


Les JO de Montréal

« 1976, c’est l’année de ma promotion, mais aussi celle des Jeux olympiques de Montréal. Après ma troisième année à l’ITHQ, j’avais postulé pour être gérant aux JO, mais cela n’a pas marché. Par contre, j’ai été engagé comme barman au salon des commanditaires,sous la direction de François Lachapelle (Aujourd'hui Directeur de la Restauration au Confortel de Val d'Or).  Avec un peu de culot et de chance, je passais partout avec mon badge... Ça a été une expérience extraordinaire que j’ai adorée. » Plus tard, c’est en tant que chasseur à l’hôtel Méridien de Montréal qu’il prend le temps d’écrire un livre sur le métier de concierge d’hôtel.  « Très vite, j’ai posé ma candidature pour devenir vendeur afin de promouvoir les services de congrès offerts par l’hôtel. Les négociations n’ont pas été faciles, mais j’ai réussi et cela m’a permis de découvrir mon aptitude à rencontrer les gens et particulièrement… à l’improviste. Tout un art! J’ai ensuite eu l’opportunité de partir aux États-Unis pour remplacer un collègue. Une véritable révélation : j’y ai énormément appris et j’ai adoré la façon d’y travailler. » Suite à quelques déplacements aux États-Unis et en Ontario, Samy Rabbat se retrouve abruptement congédié comme plusieurs autres par le Méridien avec des démêlés juridiques à la clé.


L’odeur du vin

Samy se retourne assez vite et travaille pour l’agence de vins Desautels lui permettant d’entrer dans le milieu vinicole et de rencontrer des personnalités du vin de l’époque comme Philippe Dandurand ou Gaston Godin, aujourd’hui décédé. Pendant huit ans, il travaille dans plusieurs agences de vins, mais c’est en 1989 qu’il ouvre la sienne : Restovin International Inc. « Mon principal client était le Château des Tours à Brouilly. J’ai beaucoup voyagé en Europe. J’ai également été mandaté comme adjoint au responsable de l’équipe de ventes du Groupe Geloso, une des principales entreprises de boissons peu ou non alcoolisées en Amérique du Nord située à Laval et qui représente un catalogue de 50 marques. Ce fut aussi des belles histoires comme avec le Cellier des Dauphins, le fameux côtes-du-rhône générique alors en perte de vitesse au Québec et qui, 9 ans plus tard, vendait 60 000 caisses au Canada. Travailler aussi avec les produits du terroir québécois m’a ouvert des portes. » Pendant tout ce temps (une trentaine d’années), Samy Rabbat tisse des liens, rencontre ses collègues représentants, crée son fameux carnet d’adresses. Après le lancement avorté et difficile de l’Académie vinicole, un site transactionnel de vins d’importation privée qui a fait un petit scandale à l’époque bien qu’approuvé par la SAQ, il commence une série de conférences : Comment lancer une entreprise de représentation de vins? Son expérience et son travail ne passent pas inaperçus ici et jusqu’en France. En 2005, il reçoit la prestigieuse médaille de Chevalier du Mérite agricole de la France.



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Le réseautage

Engagé et présent sur tous les fronts vinicoles au Québec, Samy Rabbat ferme Restovin en septembre 2008 (après 30 années au service du vin) et lance son site Internet samyrabbat.com destiné aux réseaux des alcools, de l’hôtellerie et de la restauration et, plus généralement, de l’agroalimentation. Il fonde Topcom qui lui permet d’avoir une structure pour ses conférences, séminaires et autres organisations qu’il produit ainsi que pour son rôle de consultant. Le site prend très vite son envol aidé en cela par des infolettres ciblées et destinées aux différentes communautés d’affaires : une véritable toile d’araignée de plus de 4 000 contacts et de réseaux devenue indispensable dans le milieu. « Il faut y rajouter nos 2 400 personnes qui suivent notre page Facebook, les 1 750 autres sur LinkedIn et enfin nos 800 abonnés sur Twitter. Nos offres d’emplois, le calendrier des évènements gastronomiques & vinicoles et mes chroniques sur Planète.qc.ca, Cité Boomers ou Radio Métropole sont aussi très populaires. »  Samy Rabbat est un réseauteur professionnel, une sorte de lobbyiste spécialisé dans le monde vinicole, de la restauration et de l’hôtellerie et qui vit de ses contacts et de ses réseaux. Déjà au travail sur un prochain site survolant les tendances agroalimentaires dans leur ensemble, il ne manque pas de projets afin d’étendre sa toile...


Patrick Lesort
Rédacteur en Chef
L'Actualité Alimentaire
Mai 2013


NOTE DE SAMY RABBAT: L'entrevue a eu au restaurant Sinclair, situé au 125, St-Paul Ouest, Vieux-Montréal

À propos de l' auteur

Je suis un «réseauteur dans l’âme» et je suis en charge du développement des affaires dans les réseaux de l'agroalimentaire, des alcools et de l'hospitalité (HRI-HORECA). Mes objectifs sont de vivre en très bonne santé financière, en équilibre et en harmonie.