mercredi 22 novembre 2017

Le Conseil d'État permet de vinifier du Pomerol en dehors de l'AOC

Vendredi 27 janvier, le Conseil d’État a donné gain de cause aux producteurs détenteur de vignes en appellation Pomerol et possédant des chais hors appellation.

Ils peuvent désormais vinifier leurs vins à l’extérieur de cette aire géographique.

Voilà plusieurs années que le syndicat viticole de Pomerol (33) et les producteurs vinifiant dans des régions périphériques (Saint-EmilionLalande-de-PomerolMontagne-Saint-Emilion, …) s’affrontaient. En 2014, un décret, pris par le Premier Ministre, homologue un changement du cahier des charges de l’Appellation d’Origine Contrôlée (AOC) "Pomerol". La modification complète seulement la liste des acteurs autorisés à vinifier leurs raisins et à élever leurs vins en dehors de l’aire géographique où se trouvent les vignes.

En fournissant une liste de cas particuliers, la modification passe outre le principe de "zone de proximité immédiate", qui permet aux espaces voisins de vinifier et d’élever leurs produits hors de la zone d’appellation. Le décret impose aux exploitants de vignes en Pomerol - héritiers d’une production parfois vieille d’une centaine d’année - la construction de chais dans l’AOC Pomerol sous peine de se voir priver de la précieuse dénomination.

Le syndicat viticole de Pomerol avait souhaité en finir avec les propriétés bénéficiant de l’appellation prestigieuse et dont les chais se situaient à l’extérieur de l’aire géographique. Pour Paul Goldschmidt, propriétaire du Château Siaurac en Lalande-de-Pomerol (et plaignant devant le Conseil d’Etat), un tel affrontement est superflu : "Notre propriété est à 2km de Pomerol, il n’y a aucun impact qualitatif lié à la localisation du chai. De plus, construire une installation nous ferait recourir inutilement à des subventions européennes". Il regrette qu’un tel sujet prenne le pas sur des thèmes comme la viticulture biologique au sein de l’appellation.

La volonté déployée par le syndicat viticole local pour protéger l’authenticité de l’AOC est louable, mais c’était sans tenir compte des liens étroits tissés au cours des siècles entre les vignes de Pomerol et les chais implantés en périphérie.

Un processus en débat

Le Conseil d’Etat a relevé que "le cahier des charges de l’AOC "Pomerol" ne mentionne, dans ses développements consacrés au "lien à l’origine", que les facteurs naturels et techniques de conduite de la vigne". La cour a requis un dédommagement symbolique de 3.000€ à partager entre les sept plaignants. Le jugement donne ainsi une bouffé d’oxygène aux vinificateurs extérieurs et décrédibilise l’installation de chais, obligatoire, au cœur de l’AOC Pomerol avant 2021.

Les producteurs de Pomerol situés hors de l’aire géographique stricte sont soulagés par le verdict mais le cœur du problème reste entier. Le syndicat local tient à conserver la particularité de ses vins et doit faire un pas vers l’INAO pour soumettre de nouvelles propositions. De plus, des exploitants ont d’ores et déjà investi dans de nouveaux chais au sein de l’appellation Pomerol pour se mettre aux normes, sans attendre la date butoir de 2021. Le jugement du 27 janvier remet en cause la légitimité de tels investissements et envoie un message positif aux retardataires qui laisse espérer une possible conservation de leurs installations en l'état.

Les propositions du syndicat devront, après concertation avec l’INAO, être validées par le Ministre de l’Agriculture et par l’Union Européenne. Le combat pour l’unicité des vins de Pomerol est donc loin d’être terminé.

Source: Le Figaro

À propos de l' auteur

Âgé de 45 ans, ingénieur agricole, diplômé de l’IHEDREA (Institut des Hautes Etudes de Droit Rural et d’Economie Agricole en 1995), j’ai poursuivi mes études par un master de Gestion, Droit et Marketing du secteur Vitivinicole et des Eaux de Vie dépendant l’Université de Paris 10 Nanterre et de l’OIV (Organisation Internationale de la Vigne et du Vin - 1997). Lire la suite...