mardi 23 janvier 2018
Hospice de Beaune : est-on devenu fou ?

Hospice de Beaune : est-on devenu fou ?

Bacchus, au secours ! Ce dimanche a eu lieu la 157e vente des Vins des Hospices de Beaune. 787 pièces ont été mises en vente sous la présidence de Charles Aznavour, Agnès B., Julie Depardieu et Marc-Olivier Fogiel. Après la vente des deux pièces de charité pour 420 000 €, les enchères, après un démarrage timide, ont entamé une hausse qui a permis d'atteindre le record absolu pour les Hospices de Beaune, à 13 529 millions d’euros de chiffres.

Ludivine Griveau, régisseuse du domaine des Hospices, suite à sa conférence de presse sur cette Vente historique sur le coup de l’émotion et de la fatigue, a fondu en larmes. Sans doute pour elle une récompense pour cette année plutôt bonne en Bourgogne, où le ciel a été parfois menaçant mais s’est montré plutôt clément au final, à l’exception de certains secteurs comme le Chablis. Mais de tels prix sont-ils vraiment de bonnes nouvelles?

Lors de cette 157e vente des Vins des Hospices de Beaune, le domaine a proposé 630 pièces de vin rouge et 157 de vin blanc. Avec la pièce des Présidents et les alcools (15 pièces), l’ensemble de la vente totalise 13 529 301 euros ou, pour nos amis anglais, 12 041 078 de livres, et pour nos amis américains, 15 964 575 dollars, selon les cours de vendredi, soit le meilleur résultat jamais réalisé pour la vente du Domaine des Hospices de Beaune (dernier record: 11,3 millions d’euros en 2015). Un nouveau record mondial a été atteint pour le Bâtard-Montrachet Grand Cru de la Cuvée Dames de Flandres, avec un résultat de 138 650 euros. Seul bémol, l’an dernier les pièces de charité avaient atteint 480 000 euros.

Il n’en reste pas moins que depuis quelque temps, les prix, tant sur les bouteilles que sur le foncier dans des appellations prestigieuses, atteignent des prix totalement hors normes, qui ressemblent plus à une bulle financière qu’à de vrais investissements. Pour preuve, les cuvées villages des hospices se sont maintenues en termes de tarifs et ce sont les cuvées prestigieuses qui se sont envolées.

Si certains médias ne se sont contentés que de souligner la hausse, d’autres, comme ce matin Axel de Tarlé sur Europe 1, s’est fait l’écho d’une partie de la profession en Bourgogne, mais aussi dans d’autres régions, sur le risque de cette envolée des prix, en particulier sur la transmission d’entreprises en famille qui fait la richesse du terroir agricole français. Pas sûr non plus qu'au bout de la chaîne, l’État s’y retrouve sur un plan fiscal, vu la capacité des grandes entreprises à échapper à l’impôt... Quant aux consommateurs, dans 20 ans, au lieu d’aller visiter Vincent Perrin à Meursault, Etienne de Montlivault à Blagny, Philippe Huguenot à Marsannay ou Château Filhot à Sauternes, ils achèteront dans une boutique de « Luxe » du Vin Axa, Artémis ou Crédit Agricole. Le pied !

À méditer...

Source: Info-viti

À propos de l' auteur

Âgé de 45 ans, ingénieur agricole, diplômé de l’IHEDREA (Institut des Hautes Etudes de Droit Rural et d’Economie Agricole en 1995), j’ai poursuivi mes études par un master de Gestion, Droit et Marketing du secteur Vitivinicole et des Eaux de Vie dépendant l’Université de Paris 10 Nanterre et de l’OIV (Organisation Internationale de la Vigne et du Vin - 1997). Lire la suite...