samedi 18 novembre 2017
Guénaël Revel : De l’Art au Rhum

Guénaël Revel : De l’Art au Rhum

Guénaël Revel, historien, sommelier, journaliste, auteur, les amateurs de vins et spiritueux du Québec vous suivent depuis de nombreuses années.

Revenons au point de départ. Pourquoi avoir choisi le Québec et avoir décidé d'y faire carrière ? Quelles étaient vos motivations il y a 20 ans ?

J’ai connu ma femme en France, lors d’un retour temporaire, car je vivais sur l’île de Saint Martin à l'époque. J’étais à la fois sommelier et artiste-peintre : sommelier le soir au restaurant La Marina à Marigot (il n’existe plus) et artiste-peintre, le jour. Plusieurs galeries s’occupaient de mon travail à Bruxelles, Paris, Lille, New-York et Montréal (la galerie Simon Blais), je vivais confortablement de ma peinture. Le côté public de ma personne, c’était l’artiste-peintre, pas le sommelier. Le vin était mon jardin secret. J’ai suivi des études à l’École du Louvre, puis ensuite à Bordeaux, à la faculté d’œnologie. J’ai deux cordes à mon arc. Ma femme étant Canadienne, Québécoise, après plusieurs allers-retours entre la Guadeloupe et Montréal ou entre Paris et Montréal, on a décidé de s’établir définitivement au Québec. J’avais un bel atelier sur la rue Clark et c’est en vendant des toiles à des amateurs de vins que je me suis mis à côtoyer le milieu du vin et de la sommellerie montréalaise. Petit à petit, le sablier s’est inversé, le vin a pris plus de place que la peinture. Celle-ci est devenue mon jardin secret. J’ai été responsable des achats d’alcools pour un groupe de restaurateurs sur la rue Crescent, le boulot me plaisait, je croisais des personnalités du vin. Je vivais la nuit, j’avais alors l'énergie pour ce que cette dernière vous offre. Quand on a eu notre première fille, j’ai décidé de quitter le service nocturne du vin. La coïncidence a voulu que je prenne la présidence de la sommellerie officielle canadienne et que des éditeurs m’ouvrent leur porte. Je continue de peindre, mais le vin et l’écriture composent 85 % de mon temps professionnel.

Devenu rapidement une référence, on vous associe aux mousseux et au Champagne. Comment êtes-vous devenu Monsieur Bulles ? Est-ce parfois une étiquette limitative ?

J’ai travaillé en tant que sommelier pendant 5 années seulement à Montréal, car j’ai eu rapidement la confiance d’éditeurs. Mes deux premiers livres étaient des commandes (La Bible du Porto et L’essentiel des caves et des celliers), ils ont eu de bons succès marchands et critiques. Ils m’ont permis ensuite d’écrire ce que je voulais. C’est pour cela que j’ai quitté la restauration, pour l’écriture et la consultation. J’avais l’habitude de glisser du champagne ou des bulles, systématiquement, dans les repas, lorsque je travaillais au restaurant de l'hôtel Germain, aujourd’hui le Laurie Raphaël. Les amis sommeliers, les représentants en vin, l’entourage professionnel m’ont surnommé amicalement Monsieur Bulles. On a gardé ce patronyme lorsque j’ai lancé le site Monsieurbulles.com en 2010. J’ai toujours eu la passion pour les vins particuliers, ceux où l’homme doit intervenir davantage que pour les vins traditionnels : les vins effervescents, les vins mutés ou les vins vinés. C’est vrai qu’aujourd’hui certains amateurs me croisent en m’appelant Monsieur Bulles sans, peut-être, connaître mon nom. C’est la force d’internet, c’est incontournable. Refuser ce nouveau support de communication aurait été une faute professionnelle, même si je ne représente pas la génération du net. Quand j’ai décidé de m’impliquer sur la toile, je savais qu’il y aurait des avantages et des inconvénients. Ce n’est pas si réducteur que cela d’être MonsieurBulles.com ! C’est une carte de visite contemporaine… et internationale. Ce qui n’est pas négligeable puisqu’on fait des bulles partout dans le monde. On me reconnaît une expertise dans un domaine précis du vin ; c’est flatteur parce que ce n’était pas calculé et puis cela me pousse à toujours en savoir davantage, à goûter régulièrement toute sorte de vins effervescents. Le jour où la passion s’estompera, j’arrêterai. Je retournerai le sablier et la peinture reprendra sa place.

annie art au rhum guenael

Vous étiez  impliqué cet automne dans l'évènement la Martinique Gourmande qui met en valeur l'esprit, la gastronomie et les rhums de l'AOC Martinique. Comment le rhum s'est imposé à vous et quelle est la place qu'il occupe.

En travaillant dans les Antilles Françaises il y a plus de 20 ans, j’ai eu la piqûre du rhum agricole parce qu’en tant qu’historien, l’histoire de cet alcool m’a fasciné. La canne à sucre est indissociable de l’histoire de la Martinique et de la Guadeloupe. J’ai eu la chance de faire le tour de toutes les rhumeries françaises, de discuter à la fois avec les propriétaires et les distillateurs, de partager avec eux leur passion, leurs connaissances, leurs opinions. Le rhum fait partie du quotidien ; à vous de savoir le consommer. Ma collection de rhums s’est ainsi faite petit à petit. J’ai encore des bouteilles achetées dans les années 1990 - des millésimes des années 1970 - qui sont toujours fermées. J’ai pu les rapporter à Montréal quand je m’y suis installé. Par contre, je tiens à le souligner, c’est le marché du Québec qui m’a fait découvrir le rhum des autres pays, même si l’offre dans le domaine est minime. Il ne se passe pas une semaine sans que je déguste du champagne, du porto et du rhum dont les trois histoires sont liées d’ailleurs, vous le découvrirez dans mon prochain ouvrage.

Malgré l'engouement réel des consommateurs, il est difficile d'élargir la sélection disponible à la SAQ en raison des exigences de Santé Canada au niveau du taux de Carbamate d'Éthyle. Selon vous ces exigences de conformité sont-elles justifiées ? Comment voyez-vous l'avenir du rhum au Québec et en particulier des rhums agricoles en regard de ces impératifs ?

Le rhum redevient « tendance », il suffit de fréquenter les bars et les mixologues pour s’en rendre compte. Et pourtant, il est méconnu du grand public. Je vous parle du rhum agricole, celui issu du jus de la canne à sucre  fraiche et non de la mélasse. Il fait peur parce qu’il offre une grande échelle de degrés d’alcool comparativement au brandy, au whisky, à la vodka ou au gin qui tournent le plus souvent autour de 42 degrés. La force du rhum, c’est sa diversité et sa polyvalence dans la consommation. Il y a un rhum pour les cocktails, il y a un rhum pour l’apéro, il y a un rhum pour le dessert, il y a un rhum pour la fin de soirée. Vous pouvez l’adapter à vos goûts, aux moments partagés, à votre humeur. Malheureusement, le Canada n’a pas la chance de connaître, actuellement, les meilleurs d’entre eux. Trop de rhums sur notre marché se ressemblent quelles que soient leurs origines. Ils sont caramélisés ou épicés, car mélassés. Si la loi puritaine en matière de carbamate ne bouge pas, le consommateur canadien n’aura d’autre choix que d’aller à Fort-de-France ou à Pointe-à-Pitre pour découvrir le vrai rhum ; même s’il y’a aussi d’excellents rhums agricoles (issus seulement de jus de canne) ailleurs que dans ces îles. Par ailleurs, vous savez, la production de rhum agricole guadeloupéen ou AOC Martinique est tellement modeste sur l’échiquier rhumier de la planète que je ne suis pas sûr que les producteurs Antillais aient intérêt, finalement, à lutter pour pénétrer notre marché. Après tout, la confidentialité de leur production fait leur succès : elle nous incite à visiter ces îles et à constater sur place qu’effectivement, elle est meilleure parce qu’authentique. Pour terminer au sujet de notre marché québécois, je suis bien sûr heureux d'y voir quelques marques antillaises dont certaines cuves ont passé le test du monopole. Ces marques donnent envie de voyager vers leur source. Cependant, je sais aussi que certaines bouteilles ont été corrigées pour rester sur nos tablettes et que d’autres ne reviendront plus parce que c’est la nature, donc le hasard, qui a fait qu’une cuve a présenté un taux inférieur à 150 ug/L pour être embouteillée avec le taux que le Canada tolère. Et puis, il y a sans doute une histoire de lobbying là-dessous, aussi…

Annie Des Groseilliers
Consultante Stratégique V&S 
W&S Strategic Consultant
EVolo-Consulting

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À propos de l' auteur

Née au cœur de Montréal, Annie a grandi dans un environnement multiethnique qui allait développer naturellement une ouverture et un intérêt spontané aux diverses cultures. Après avoir fait des études de journalisme à l’Université de Montréal, celle-ci travaille comme journaliste culturelle pour le Magazine Québec Rock. Lire la suite...